J’aimerais hurler et faire sortir tout ce que j’ai en moi

20 mai 2017 dans Psychologie 789 Partagés

Nous voudrions parfois courir comme des loups et atteindre le sommet le plus haut pour pouvoir hurler et raconter à la lune tout ce que nous taisons, tout ce que nous cachons et tout ce que nous n’avons jamais dit à voix haute. Nous pourrons peut-être bientôt le faire, quand l’indécision, les apparences et la peur des opinions des autres ne seront plus qu’une légère brume à faire disparaître.

Nous vivons dans une culture qui résiste à l’émotion, nous le savons tou-te-s. C’est tellement vrai que, quand un enfant fête ses cinq ans, il commence déjà à développer certains mécanismes de répression : il retiendra ses larmes, taira certaines choses et baissera la tête, respectant ainsi une partie des mandats si habituels dans le monde des adultes, à savoir : « ne pleure pas, ne dis rien, n’exprime rien ».


« La moitié du monde a quelque chose à dire mais garde le silence. L’autre moitié n’a rien à dire mais ne se tait pas. »

-Robert Lee Frost


S’initier dès le plus jeune âge à « la culture des émotions emprisonnées » n’a pas qu’une seule conséquence. Cela ne suppose pas seulement arriver à l’âge adulte en étant esclave des silences et des vérités englouties. Très souvent, l’enfant à qui l’on apprend à enfouir ses émotions finit par trouver de nombreux moyens à travers lesquels exprimer ce qu’il cache, des canaux par lesquels émergent souvent l’agressivité, la rage ou un défi constant.

Sigmund Freud disait que l’esprit est comme un iceberg. On n’en voit qu’un septième qui émerge de l’eau et le reste est submergé dans un univers congelé où vit tout ce que l’on tait, tout ce que l’on réprime et tous les mots que nous avons choisi de remettre au silence par peur des conséquences dans nos sphères publiques complexes.

Nous vous proposons d’y réfléchir.

Nous sommes des funambules sur une corde raide

Plus d’une fois, quand une connaissance nous a posé cette fameuse question « Quelque chose ne va pas ? Tu n’as pas bonne mine« , nous avons rapidement répondu un « Non, non, je vais bien, tout va bien ». Par cette phrase, nous scellons une retraite anticipée en utilisant un formalisme banal que tout le monde met en pratique : celui des fausses apparences. Car personne ne s’intéresse au fait que des morceaux brisés de notre être tiennent à un fil, nous pensons que la douleur émotionnelle est réservée aux recoins privés et presque décharnés de chacun.

Malgré tout, le véritable problème naît très souvent de notre incapacité à nous confier à des personnes qui ne sont pas réellement significatives. Nous ne le faisons pas parce que nous pensons « qu’exhiber » notre douleur, notre gêne ou notre inquiétude suppose perdre notre pouvoir personnel.

D’une certaine façon, révéler à notre conjoint ou à notre famille que nous ne sommes pas heureux-ses, en raison de circonstances déterminées ou de faits très concrets, fait que nous développions une certaine « co-dépendance » ; c’est-à-dire que nous nous sentons davantage responsables de la façon dont réagissent les autres face à ce fait concret que de nos propres circonstances.

Attribuer plus de valeur à la possible réaction des autres qu’au problème de base fait que nous laissons les choses telles qu’elles étaient. Nous nous sommes tu-e-s pendant si longtemps que garder un peu plus les choses au fond de nous n’est, selon nous, pas si important. Nous normalisons la souffrance comme quelqu’un qui prendrait un simple analgésique pour soigner une blessure traumatique ou une personne qui offre de l’eau à un-e noyé-e.

Ce n’est pas judicieux. Personne n’est un funambule éternel sur sa propre corde raide car, tôt ou tard, cette corde se brisera et nous finirons par tomber. Et très logiquement, plus nous avons suivi cette dynamique, plus la chute et les conséquences seront dures.

Vous êtes tout ce que vous avez gardé en vous mais vous méritez d’être libre

Ce fait est curieux mais mérite de rester dans nos esprits : quand quelque chose nous déplaît, nous fait du mal ou nous dérange, comme un mot plein de mépris, notre cerveau tarde à peine 100 millièmes de secondes avant de réagir émotionnellement. Plus tard, il enregistrera cette émotion dans notre cortex cérébral en à peine 600 millièmes de secondes.


« Parfois, dire la vérité n’est pas suffisant : il convient aussi de montrer la cause du mensonge »

-Aristote-


Quand nous nous dirons à nous-mêmes « ce que je viens d’entendre ne m’affecte pas, je vais faire comme si cela n’était pas important », il sera déjà trop tard car nos mécanismes cérébraux auront déjà codifié cet impact émotionnel. Essayer de l’enregistrer d’une autre manière signifie nous tromper nous-mêmes car nous consommons une énergie inutile et des ressources que nous devrions investir dans d’autres stratégies.

On nous a longtemps appris que montrer nos véritables émotions est une mauvaise chose, que celui qui dit la vérité blesse et qu’il vaut mieux mentir subtilement que de révéler à voix haute une vérité amère. Ce n’est pas vrai. On peut être assertif-ve sans être agressif-ve. Qui plus est, il serait bon de commencer à changer l’idée classique selon laquelle l’émotion est l’opposé de la raison, parce que ce n’est pas non plus vrai.

S’autoriser à faire pleinement l’expérience des sentiments nous aide très souvent à comprendre nos besoins. Cela éclaire beaucoup de vides de pensées que nous remplissons souvent de fausses idées : « si je supporte encore un peu cela, les choses pourront s’améliorer », « iel ne pensait pas ce qu’iel a dit, je vais faire comme si de rien n’était ». Comprendre, écouter et ressentir pleinement nos émotions est un besoin vital à pratiquer chaque jour.

Nous devons apprendre l’art de l’assertivité à travers l’exercice du « je ressens-je mérite ». Nous devons hurler, les soirs de pleine lune, la nuit et le jour, tout ce que nous sommes, tout ce dont nous avons besoin et ce que nous valons. Il ne faut plus prioriser à chaque instant et à chaque seconde les émotions des autres. Il est temps de vivre sans peur.

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