Haute intelligence et héritage génétique : y a-t-il un lien ?

· 21 septembre 2018

Qu’est-ce qui détermine l’intelligence d’une personne ? De nombreuses études et voix défendent l’idée selon laquelle notre quotient intellectuel est déterminé ou conditionné par le code génétique. Cependant, contrairement à ce que nous pouvons imaginer, cette relation n’est pas toujours directe et claire. En réalité, beaucoup de facteurs doivent apparaître pour que cette prédisposition intellectuelle se manifeste. Lisez donc cet article sur la haute intelligence.

Lorsque nous parlons de capacités élevées, nous devons obligatoirement citer un nom en particulier: William James SidisCe jeune homme à la trajectoire fugace qui est décédé dans les années 40 aux Etats-Unis est considéré, jusqu’à présent, comme l’homme ayant eu les habilités intellectuelles les plus surprenantes. Son quotient intellectuel dépassait les 250 points.

« Ce que nous savons est une goutte d’eau; ce que nous ignorons est un océan ».

-Isaac Newton-

Le plus frappant chez Sidis a été son éducation. S’il a pu entrer à l’Université d’Harvard à 9 ans, ce n’est pas seulement grâce à son héritage génétique. Sa mère, Sara, était médecin et son père, Boris, psychiatre et expert en psychologie du développement. S’il y a bien une chose que ces deux scientifiques ukrainiens savaient, c’est que développer un coefficient intellectuel élevé ne dépendait pas exclusivement de nos 23 paires de chromosomes.

Une haute intelligence est le résultat d’un environnement stimulant et d’un cerveau réceptif. Les Sidis ont orienté la vie de leur fils vers un seul objectif: renforcer au maximum ses capacités cognitives. Et le résultat a largement dépassé leurs attentes. Cependant, ce jeune a été beaucoup plus qu’un simple enfant prodige: il a clairement été malheureux.

William james sidis et la haute intelligence

Haute intelligence et génétique: parents intelligents et enfants brillants?

L’intelligence, tout comme le comportement humain, est un trait complexe. La définir n’est cependant pas difficile. Elle inclut toutes ces expériences au cours desquelles une personne montre une habileté claire pour apprendre, raisonner, planifier, résoudre des problèmes, penser de façon abstraite, comprendre des idées complexes et donner des réponses hautement créatives.

Malgré tout, savoir avec exactitude ce qui produit des différences individuelles avec chacune de ces compétences a toujours été un défi. Nous pourrions dire que c’est bien l’héritage génétique qui donne forme à toutes ces habilités. L’Université de Glasgow a réalisé, en 2016, une étude à travers laquelle il a été démontré que ces gènes associés aux fonctions cognitives s’héritent principalement des mères. Le chromosome X déterminerait en grande partie notre potentiel intellectuel.

Nous parlons au conditionnel car tout n’est pas si évident. Une étude récemment publiée dans la revue “Genetic Reference” nous a démontré une chose pressentie par les experts depuis presque un siècle. Les environnements sociaux sont ceux qui nous façonnent, qui réunissent les conditions pour que nous puissions atteindre ou non notre potentiel cognitif. L’héritage génétique, de son côté, ne nous déterminerait qu’à 40%.

L’intelligence (et la haute intelligence) est fortement influencée par l’environnement. Des facteurs comme l’éducation, la disponibilité des ressources dans l’apprentissage et l’alimentation créent et solidifient notre potentiel intellectuel.

la haute intelligence chez les enfants

L’intelligence, une dimension sensible à une infinité de facteurs

Les neurologues affirment souvent la chose suivante: nous surestimons l’idée de haute intelligence. Lorsqu’une chirurgie cérébrale est effectuée, il n’y a pas d’aire concrète qui la distingue. Ni de structure spécialisée qui se chargerait de faire de nous des personnes plus brillantes. En réalité, il s’agit d’une infinité de processus qui agissent en harmonie. D’un monde synaptique hyperconnecté qui crée un cerveau plus ouvert, plus sensible, plus efficace que d’habitude.

La haute intelligence peut dépendre de nos gènes mais nous devons rajouter un grand nombre de facteurs à cette idée:

  • Un attachement sécure avec la mère. Un échange émotionnel constant doit avoir lieu
  • Une éducation positive
  • Une alimentation adéquate
  • De l’aide à l’école et l’opportunité de profiter d’une éducation avec de bonnes ressources
  • Un environnement social favorable et stimulant (une bonne famille, des professeurs qualifiés, une communauté adéquate et sûre…)

Education défavorable et plasticité cérébrale

Maintenant que nous sommes arrivés à ce point, certains parmi vous se posent peut-être une question. Que se passe-t-il si mon héritage génétique s’associe à une haute intelligence et si je n’ai pas eu une enfance favorable pour son développement? Que se passe-t-il si mon environnement n’a pas été stimulant et si mes résultats à l’école ont été mauvais? Cela veut-il dire que je ne pourrai jamais améliorer mon coefficient intellectuel ?

Kurt Lewin et la théorie des champs

N’importe quel psychologue ou passionné de psychologie pense immédiatement à une figure clé dans cette discipline. Nous parlons de Kurt Lewin. Le père de la psychologie sociale moderne nous a apporté un terme qui a fixé les bases de nombreuses théories et études postérieures: la théorie des champs ou le pouvoir du contexte. Pour le résumer rapidement, Lewin nous a démontré que l’être humain est le résultat de l’interaction de toutes ses expériences, passées et surtout présentes. Nous sommes notre attitude, ce que nous choisissons de faire avec tout ce que nous avons vécu.

Ainsi, en étudiant la trajectoire des jumeaux séparés à la naissance et élevés dans différents contextes, il a été prouvé qu’un environnement défavorable, avec de faibles ressources économiques, influe fortement sur le développement de l’intelligence. Cependant, ces conditions stériles n’éteignent pas complètement notre potentiel. Du moins, pas si la personne a la chance de construire un environnement lui permettant de retrouver son « espace perdu ».

 

Pour conclure, Lewin a découvert que lorsque le jumeau élevé dans un environnement défavorable s’éloignait des ordres de ses parents adoptifs, il permettait à ses génotypes de s’exprimer. Ses capacités cognitives s’amélioraient en trouvant une motivation. Un objectif en accord avec ses intérêts. Un environnement qui facilitait ses buts. Le cerveau, en fin de compte, n’est pas une entité fixe et stable. La plasticité, notre curiosité et notre volonté sont capables de créer de véritables miracles.