La fougère et le bambou, la fable de l’espoir

19, mai 2017 dans Psychologie 123 Partagés

Nous pourrions dire que le conte de la fougère et du bambou est la fable de l’espoir. Pourquoi ? Parce qu’il transmet la véritable essence de la résilience et de la persévérance, c’est-à-dire cette histoire qui reflète l’importance de ne pas nous avouer vaincu-e-s quand nous faisons face à un obstacle, à un défi ou à un mauvais moment.

Peut-être que nous ne voyons pas les changements et que nous avons du mal à gérer le fait de rester à un point où nous ne voyons pas de progrès, mais plutôt une stagnation ou même un retour en arrière. Évidemment, cela fait partie de la vie et de nombreux facteurs entrent sans doute en ligne de compte quand nous nous demandons s’il faut ou non rester sur ce chemin qui, nous le croyons, mène vers nos aspirations.

Mais que se passe-t-il si nous arrêtons de gratter et si notre objectif n’est en fait pas si loin de nous ? C’est là qu’entre en jeu un phénomène qui a beaucoup été étudié en psychologie et en économie : l’aversion à la perte.

La méfiance émotionnelle et cognitive face aux risques

Nous préférons ne pas perdre plutôt que gagner et c’est pourquoi nous avons l’habitude de nous retirer assez vite pour “guérir sainement” et ne pas prendre de risques. Ainsi, quand nous considérons un gain possible, nous préférons nous éloigner et éviter la perte plutôt qu’arriver au bénéfice.

Cette perte peut être émotionnelle, économique ou de n’importe quel type. Ce qui est clair, c’est que si nous prenons en compte ce phénomène, nous arriverons à multiplier nos possibilités de succès lors d’une circonstance concrète.

Comme l’ont démontré Amos Tversky et Daniel Kahneman, notre attitude face aux problèmes dépend de comment nous présentons les choix. De ce fait, si nous pensons à une personne, que nous appellerons Rose, qui entretient une relation monotone et ennuyeuse durant 15 ans, nous pouvons percevoir qu’il y a une certaine attache qui tend vers l’immobilité de cette personne ou encore vers son aversion à mettre un terme à sa relation.

Le fait que Rose prenne la décision de mettre un terme à sa relation ou non dépend surtout de comment elle considère le temps qu’elle y a consacré. Cette femme a deux options que nous allons exposer, tout d’abord en des termes abstraits et ensuite de manière plus spécifique par rapport au cas que nous avons présenté :

  • Si nous envisageons la situation en termes de gains, notre réponse sera en général d’aversion ou de méfiance envers le risque ou le changement d’alternative. C’est-à-dire si Rose considère que la stabilité émotionnelle est plus précieuse que le besoin de connaître des choses nouvelles, elle continuera cette relation.
  • Si nous envisageons la situation en termes de pertes, alors nous préférerons prendre des risques et aller de l’avant. C’est-à-dire que si Rose croit qu’elle a besoin de ce virage dans sa vie et que connaître le monde lui est plus nécessaire que le fait d’avoir quelqu’un à qui faire appel 24 heures sur 24, alors sa prédisposition est plus qu’évidente.

Il se produit la même chose quand nous devrons affronter une mauvaise journée ou un mauvais moment. Si nous croyons que tout va mal, nous resterons probablement avec l’idée que tout ce que nous ferons ne fera qu’aggraver la situation. Cela nous conduira à un degré élevé d’immobilisme et, comme nous le savons, L’IMMOBILISME EST INCOMPATIBLE AVEC LA VIE.

Souligner cela mérite la peine quand nous devons nous demander à quoi nous sommes accroché-e-s et ce que nous devons mettre en jeu pour atteindre nos objectifs. Ainsi, il faut que nous recourions à ces détails pour prendre des décisions. C’est pourquoi il est si important de lister les avantages et les inconvénients des différentes options que nous considérons plausibles lorsqu’il faut décider quelque chose.

La fable de la fougère et du bambou

Un jour, j’ai décidé de m’avouer vaincu : j’ai démissionné de mon travail, j’ai quitté ma compagne et ma vie. Je me suis rendu dans la forêt pour parler avec un vieil homme qui, paraît-il, était un sage.

Pourriez-vous me donner une bonne raison de ne pas m’avouer vaincu ? – lui ai-je demandé.

– Regarde autour de toi, m’a-t-il répondu. Tu vois la fougère et le bambou ?

– Oui, ai-je répondu.

– Quand j’ai semé les graines de la fougère et du bambou, j’ai fait très attention. La fougère a grandi très vite. Son vert brillant a recouvert le sol. Mais la graine de bambou n’a rien donné. Je n’ai pourtant pas renoncé au bambou.

La deuxième année, la fougère est devenue encore plus brillante et abondante, mais de nouveau, la graine de bambou n’a rien donné. Mais je n’ai pas renoncé au bambou.

La troisième année, la graine de bambou n’a toujours rien donné. Mais je n’ai pas renoncé au bambou.

La quatrième année, de nouveau, la graine de bambou n’a rien donné. Mais je n’ai pas renoncé au bambou.

La quatrième année, une petite pousse de bambou est sortie du sol. En comparaison avec la fougère, elle était bien sûr très petite et insignifiante.

La sixième année, le bambou a grandi de plus de 20 mètres de haut. Il avait passé cinq ans à faire des racines pour le soutenir. Ces racines l’ont rendu fort et lui ont donné ce dont il avait besoin pour survivre.

Sais-tu que tout ce temps où tu t’es battu, en réalité, tu as formé des racines ? 

Le bambou a un rôle différent de celui de la fougère, et pourtant, tous les deux sont nécessaires et embellissent la forêt.

Ne regrette pas un jour de ta vie. Les bons jours t’apportent du bonheur. Les mauvais jours t’apportent de l’expérience. Tous deux sont essentiels à la vie. Le bonheur te rend doux. Les tentatives te rendent fort. Les peines te rendent humain. Les chutes te rendent humble. La réussite te rend brillant…

Si tu ne réussis pas ce que tu veux faire, ne perds pas espoir, car peut-être que tu es seulement en train de fabriquer des racines…

Revoyez vos priorités chaque jour

Au moment de rester plongé-e-s (ou non) dans un projet vital, quelle qu’en soit la nature, nous devons envisager ce qui mérite que l’on y consacre du temps ou des efforts, comme le bambou. Les objectifs auxquels on attache le plus d’importance ou les plus fructueux sur le long terme sont ceux qui nous donnent le plus de mal.

Cette fable n’est pas la démonstration de l’habituel “si on veut, on peut”. Ce message est aussi faux que désespérant et il nous prive d’un dialogue intérieur vrai et salutaire. Ce qui veut dire que si vous croyez vraiment cela possible et si vous avez la force de vous battre pour ça, cela vaut la peine de travailler pour y parvenir.

Que nous réussissions ou non, le voyage en mérite la peine. D’où l’importance de remettre nos possibilités en perspective et que nous mettions tout en œuvre pour faire grandir chaque jour la graine de notre bambou. Tout s’additionne en fin de compte et c’est pourquoi l’investissement émotionnel dans ce que nous voulons mérite autant de considération et de soins de notre part.

Souvenez-nous le message que nous transmet la fable d’aujourd’hui : ce sont les tentatives qui vont vous rendre fort-e-s. Les peines vous rendent humain-e-s. Les chutes vous rendent humble-e-s. La réussite vous rend brillant-e-s… Alors si vous ne réussissez pas ce que vous voulez faire, ne perdez pas espoir, car peut-être que vous êtes seulement en train de fabriquer des racines…