Edvard Munch, peintures d'amour et de mort

11 mai, 2020
Qui était Edvard Munch ?

Edvard Munch était un peintre et graveur norvégien dont l’œuvre évoque intensément les thèmes psychologiques. Il est associé, en tant que peintre, au mouvement symboliste de la fin du XIXe siècle.

Munch a grandement influencé l’expressionnisme allemand au début du 20e siècle. Son célèbre tableau Le Cri (1893) est, en outre, considéré comme un symbole de l’angoisse spirituelle moderne.

Edvard Munch

Enfance et jeunesse

Edvard Munch est né le 12 décembre 1863 à Löten, en Norvège. Sa famille bourgeoise ne disposait pas d’une bonne santé. Sa mère et sa sœur sont mortes des suites de la tuberculose, la première lorsqu’il avait cinq ans, la seconde lorsqu’il en avait 14.

Munch est parvenu à recréer ce thème dans son premier chef-d’œuvre, The Sick Child, en 1885. Le père et le frère de Munch sont également morts lors qu’il était encore jeune. La seule sœur restée en vie a développé une maladie mentale peu de temps après.

Munch a montré un talent pour le dessin très jeune malgré la faiblesse de l’enseignement qu’il pouvait recevoir. Un facteur important dans son développement artistique a été la Kristiania Bohème, un cercle d’écrivains et d’artistes de Kristiania, aujourd’hui connue comme Oslo.

Les membres de ce cercle croyaient en l’amour libre et s’opposaient généralement à l’étroitesse d’esprit de la bourgeoisie. Christian Krohg, l’un des plus anciens peintres du cercle Kristiania Bohème, a transmis des instructions et des encouragements à Edvard Munch.

Munch est néanmoins parvenu très tôt à surmonter l’esthétique naturaliste qui prévalait à KristianiaCela résultait en grande partie de son assimilation de l’impressionnisme français suite à un voyage à Paris à l’âge de 26 ans.

Il a par ailleurs influencé le travail des peintres post-impressionnistes Paul Gauguin et Henri de Toulouse-Lautrec. Il a embrassé lui-même l’ambition des artistes synthétiques d’aller au-delà de la description de la nature extérieure et de façonner une vision intérieure.

La maturité artistique de Edvard Munch

Le style profondément original de Munch s’est cristallisé vers 1892. L’usage fluide et tortueux de la ligne dans ses nouveaux tableaux était similaire à celui de l’Art nouveau contemporain.

Munch utilisait toutefois la ligne non pas comme décoration mais comme moyen de révéler la psychologique profonde. L’émotion violente et les images peu conventionnelles dans ses peintures, en particulier ses représentations audacieuses de la sexualité, ont donné lieu à une vive controverse.

L’indigne incompréhension de son travail par les critiques norvégiens a fait écho chez ses homologues de Berlin. Cela s’est produit lorsque Munch, invité à l’Union des artistes de Berlin en 1892, y a exposé nombre de ses tableaux.

Les critiques se sont également sentis offensés par sa technique innovante, qui pour la plupart d’entre eux semblait inachevée. Le scandale a cependant contribué à faire connaître son nom dans toute l’Allemagne. Sa réputation s’est propagée davantage à partir de ce moment.

Munch a principalement vécu à Berlin, de 1892 à 1895, puis à Paris, de 1896 à 1897. Il a continué à se déplacer souvent jusqu’à son installation en Norvège en 1910.

Peintures d’amour et de mort et Le Cri

Au cœur de l’héritage transmis par Munch se trouve sa série de peintures sur l’amour et la mort.

Son noyau d’origine se composait de six images exposées en 1893. La série était ensuite passée à 22 œuvres au moment de son expositionFrieze of Life était le titre de la première exposition de la série à la Section de Berlin en 1902.

Munch réarrangeait par ailleurs constamment ces tableaux. Et s’il devait en vendre un, il en élaborait alors une nouvelle version. Il existe donc souvent plusieurs versions peintes et impressions basées sur la même image.

Bien que la Frise de la vie repose profondément sur l’expérience personnelle, les thèmes de Edvard Munch sont universels. Son travail ne concerne pas des hommes ou des femmes en particulier mais des hommes et des femmes en général. Son travail a en effet trait à l’expérience humaine et aux grandes forces élémentaires de la nature.

Vu en séquence, cette série d’œuvres met en exergue un récit implicite de l’éveil, de l’épanouissement et du flétrissement de l’amour, suivi du désespoir et de la mort.

Un tableau d'Edvard Munch

La puissance de l’image est par ailleurs renforcée dans nombre de ses tableaux par l’espace clos claustrophobe et par la perspective brusquement précipitée. Un exemple de ce type de perspective dramatique se retrouve dans Le Cri, œuvre la plus célèbre de Munch.

Le Cri a été inspiré par une expérience époustouflante dans laquelle Munch a ressenti et entendu un «cri dans toute la nature». Le tableau représente une créature paniquée, qui ressemble en même temps à un spermatozoide ou à un fœtus, dont les contours font écho dans les lignes tourbillonnantes du ciel rouge sang.

L’angoisse atteint un niveau cosmique dans cette peinture. L’angoisse de la peinture est finalement liée aux réflexions sur la mort et à l’absence de signification qui devinrent essentiels pour l’existentialisme.

Les deux premières versions de Le Cri datent de 1893. Munch a créé une autre version en 1895 et en a terminé une quatrième en 1910.

Le travail graphique de Munch

Son art avait également des affinités évidentes avec la poésie et le théâtre de son temps. D’intéressantes comparaisons peuvent en outre être faites avec le travail des dramaturges Henrik Ibsen et August Strindberg, dont il peint les portraits.

La production de masse de l’art graphique de Munch a commencé en 1894. Son travail graphique consistait en gravures, lithographies et gravures sur bois.

L’attraction principale pour lui dans la gravure était qu’elle lui permettait de communiquer son message à un plus grand nombre de personnes. La gravure lui a permis également d’élargir les possibilités d’expérimentation.

Son manque de formation formelle dans tout support graphique a été incontestablement un facteur qui l’a amené vers des techniques extrêmement innovantes.

A l’instar de nombre de ses contemporains, la tradition japonaise dans son utilisation de la gravure sur bois a influencé Munch. Il a néanmoins simplifié radicalement le processus, par exemple, en imprimant à partir d’un seul bloc de bois scié sur plusieurs pièces de petite taille.

L’utilisation par Munch du véritable grain du bois à des fins expressives s’est avéré une expérience particulièrement réussie. Elle a par ailleurs eu une grande influence sur les artistes ultérieurs.

Les dernières années de Edvard Munch

Le peintre a été hospitalisé plusieurs fois entre 1905 et 1909 pour alcoolisme associé à la dépression et à un état suicidaire.

Il était constamment impliqué dans des actes de violence, des querelles, des combats et des agressions. Une dispute avec un autre peintre l’a forcé à s’abstenir de retourner dans son pays natal pendant 4 ans. Plusieurs de ses tableaux rappellent ce différend.

Une commission particulièrement importante, qui a marqué l’acceptation tardive de son importance en Norvège, a eu lieu lors des Peintures Murales de l’Université d’Oslo (1909-1916). La pièce maîtresse de cette série était une vaste peinture du soleil, flanquée d’images allégoriques.

Nous pouvons affirmer que c’est principalement à travers son travail des années 1890 qu’il a façonné les forces psychiques mystérieuses et dangereuses qu’il léguerait à l’art moderne.

Munch, juif tout au long de sa vie, était un artiste rejeté par le nazisme européen croissant. Son travail a été inclus en 1937 dans l’exposition nazie de « l’art dégénéré », comme exemple de perversion artistique juive.

Munch est mort le 23 janvier 1944 à Ekely, près d’Oslo. Le peintre a légué sa succession et toutes les peintures, gravures et dessins à la ville d’Oslo.

La ville a érigé le Musée Munch, en 1963, à l’occasion du centenaire de sa naissance. Nombre de ses meilleures œuvres se trouvent à la Galerie nationale d’Oslo.

L’héritage de Munch

La concentration de Munch sur «l’essence émotionnelle» a parfois conduit à des simplifications radicales de la forme et à une utilisation expressive plutôt que descriptive de la couleur. Toutes ces tendances ont par ailleurs été reprises par de nombreux artistes plus jeunes, notamment les principaux défenseurs de l’expressionnisme allemand.

Son influence formelle la plus directe sur l’art ultérieur se trouve peut-être dans le domaine de la gravure sur bois.

Son héritage le plus important pour l’art moderne réside néanmoins dans le fait que son art à pour but d’aborder les aspects universels de l’expérience humaine. Le travail de Munch ne cesse par ailleurs d’évoquer la situation typiquement moderne de l’individu face à l’incertitude d’un monde contemporain en évolution rapide.

 

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  • Gómez, C. P. (2016) Edvard Munch. La pintura y la voz. VIII Congreso Internacional de Investigación y Práctica Profesional en Psicología.