Alabama Monroe, amour, douleur et tatouages

· 19 octobre 2018

Alabama Monroe est une histoire d’amour entre un passionné du Bluegrass (la musique country la plus pure) et une femme couverte de tatouages, amoureuse et dotée d’une sensibilité spirituelle particulière. Ce sont deux personnages opposés qui s’aiment dès le premier regard, deux personnes éloignées de l’esthétique traditionnelle. Ils créent la connexion avec les spectateurs en expérimentant le drame de la maladie et la perte.

Alabama Monroe raconte l’histoire d’un couple plein de charme et d’une beauté intense. Un couple qui doit faire face à une tragédie subite à un moment déterminé : la maladie grave de leur fille. Une expérience qui détruit n’importe qui en morceaux et qui d’une certaine manière, provoque petit à petit l’extinction de la flamme de la passion ressentie par chacun envers l’autre.

Henrik Ibsen annonça que tout amour qui s’analyse est mort. Dans ce film, la meilleure manière d’en connaître plus sur cet amour est de se fier à la musique. Et aux sauts de chronologie dans l’histoire. De cette façon, le spectateur comprend le pourquoi des sentiments ressentis par les protagonistes.

L’amour, la musique et l’esthétique dans Alabama Monroe

Elise et Didier se rencontre dans le studio de tatouages tenus par la jeune femme. L’alchimie qui a lieu entre les deux est unique, c’est une connexion qui ne s’effectue que très rarement dans la vie des individus.

Cependant, ce n’est pas la première scène du film. Le film joue sur les sauts dans le temps afin de nous montrer le contraste entre leur romance qui commence et le vécu postérieur de la maladie de leur fille.

La musique et l’esthétique des personnages d’Alabama Monroe englobent le développement de l’histoire qui se déroule à Gante en Belgique. Didier est un passionné de bluegrass, un type de country basé sur l’acoustique et la voix. Toute la musique du film est interprétée par le groupe dans lequel il chante en se basant brillamment sur les standards de cette musique d’origine américaine.

la musique dans alabama monroe

Elise est une femme qui exprime sa passion au travers de l’art qu’elle grave sur sa peau et celle des autres. Dès le début, elle apparaît comme quelqu’un de sensible, de passionné qui s’implique en amour sans aucun type de complexe. Charmée par la personnalité et le charisme de Didier, elle se laisse aller dans les bras de son partenaire. Ensemble, ils commencent à chanter pour le groupe et composent l’une des bandes sonores les plus merveilleuses de l’histoire du cinéma.

L’encre et la musique se fondent dès le début dans leur histoire passionnelle, en apparaissant des de scènes de sexe, de désespoir et de tendresse tout au long du film. C’est une métaphore sur la façon dont les passions fusionnent afin de raconter de manière visuelle et auditive l’histoire d’un amour frais, passionnel et courageux.

Alabama Monroe : la passion se brise avant le drame

La métaphore sur l’amour et sur le déroulement des événements pouvant changer le cours de la vie est évoquée à plusieurs moments du film grâce à l’usage de flasbacks et flashforwards.

Elise est une personne rêveuse qui est radicale dans sa prise de décisions. Elle est persuadée que n’importe quelle histoire peut être cachée ou transformée. Pour elle, on peut comparer une relation à un tatouage qui ne nous plaît plus. C’est une femme très ouverte à la rêverie. Elle est spirituelle et elle croit que tout moyen de supporter la douleur est valide tant qu’il nous console, et ce même si c’est une technique irrationnelle.

Pour sa part, Didier est apparemment plus pragmatique. Il est plus sujet à mettre un terme aux situations car il l’a décidé. Il s’efforce de lutter et de faire face à tout ce qui représente un obstacle dans sa vie ou celle des siens. Comme par exemple le fanatisme religieux qui imprègne certains secteurs de son pays natal : les Etats-Unis.

Sa manière de gérer la douleur est plus rationnelle et combattante. Le film ne semble pour autant pas admettre qu’une approche réaliste est meilleure. Cela prive l’individu d’une quelconque recherche de soulagement, même de la part de son imagination.

Ainsi, Alabama Monroe nous présente deux manières de réagir aux événements de vie d’un couple comme le peuvent être une grossesse non désirée, la douleur ressentie par la perte d’un enfant ou l’affrontement de la rupture.

Que nous enseigne Alabama Monroe

Le film montre qu’il n’existe pas une manière unique de comprendre ce qu’il se passe. Tout dépend des nuances et des circonstances. Face à certaines décisions, Elise est courageuse tandis que face à d’autres, elle s’empresse d’effacer pour oublier son incapacité à lutter.

D’autre part, Didier souffre de son obstination et de son scepticisme. En revanche, il est courageux dans sa manière d’affronter la douleur de la perte aux côtés de sa partenaire, sans fuir.

Dans Alabama Monroe, on n’exprime pas explicitement ce qui est mieux ou ce qui est pire pour la relation.

« Je le savais, je l’ai toujours su. C’était trop beau pour être vrai et cela ne pouvait pas durer. La vie n’est pas généreuse. Nous n’avons pas le droit d’aimer, nous ne pouvons pas nous attendrir car la vie ne fait pas de cadeaux. Elle emporte tout en riant sous vos yeux, elle vous trahit ».

-Alabama Monroe-

le film alabama monroe

Dans cette histoire, on prouve que tout ne peut pas être surmonté grâce à l’amour lorsque celui-ci se mélange à la douleur. Il y a des événements qui marquent la vie des individus. Qui peuvent mettre un terme à une histoire romantique parfaite. Comme le dit Elise, la vie peut être capricieuse et emporter avec elle tout ce que vous possédez. Parfois, elle joue avec vous sans que vous ne puissiez réagir. Et parfois, c’est quelque chose que même un couple amoureux ne peut pas affronter.

La leçon d’Alabama Monroe

Ce qui est merveilleux dans ce film est sans doute l’honnêteté transmise à tout instant. Le message est le suivant : l’amour est merveilleux et il s’apprécie au maximum lorsqu’il est ressenti. Mais il n’est pas toujours possible de le conserver lorsque quelque chose de douloureux se produit. La force d’une relation ou des individus ne se trouve pas toujours dans le temps qui résiste. Mais dans la décision de s’arrêter là lorsque l’on n’en peut plus.