Your name : tradition, modernité et mythologies

· 26 avril 2019
Your name est un film d'animation intéressant.

Your name est un film d’animation japonais qui est sorti en 2016. Makoto Shinkai est l’auteur du roman dont s’inspire le film, qu’il a aussi réalisé.

Your name est, jusqu’à aujourd’hui, le film d’animation japonais qui a fait le plus d’entrées. Il a par ailleurs reçu de nombreux éloges de la part des critiques spécialisés. Mais à quoi est dû son énorme succès?

Il est vrai que Your name est un film qui peut captiver presque tous les types de spectateurs. Même ceux qui n’apprécient pas forcément les films d’animation peuvent apprécier l’expérience de son visionnage.

Le message qu’il transmet est universel. Il fait appel aux sentiments, à l’amour, et renvoie aussi aux traditions japonaises.

En fait, si nous voyons le film avec un point de vue occidental, nous ne pourrons pas capter tout son sens. Au-delà de l’histoire d’amour ou de connexion entre deux jeunes, Your name est un échantillon d’éléments qui configurent la mythologie du Japon. C’est pour cela que le film acquiert une plus grande transcendance pour le public du pays.

Cependant, même si nous ne comprenons pas toute la magnitude du message qui se cache au fond du film, une histoire universelle nous rattrapera et nous enveloppera. Il est important de ne pas tomber dans le scepticisme avant de voir le film. En effet, bien souvent, nous nous laissons trop guider par les apparences et rejetons un contenu audiovisuel sans même lui donner une chance.

Oui, les protagonistes de Your name sont deux adolescents, mais le film ne cherche pas à faire un portrait de cette étape ou à se plonger dans les problèmes de cette période de la vie. Ce n’est pas non plus un film d’animation réservé aux enfants ou aux jeunes. Il s’appuie sur un bon scénario et, bien évidemment, sur des images exceptionnelles. L’animation ressemble à de la photographie et se fond dans l’histoire.

Your name, entre tradition et modernité

Le film commence par la présentation de Mitsuha, une jeune adolescente qui vit dans un petit village du nom d’Itomori. Lasse de la vie ennuyeuse du village et de ses traditions, Mitsuha aimerait être un garçon qui habite à Tokyo.

Les désirs, même s’ils semblent totalement farfelus, peuvent parfois devenir réalité. Mitsuha va commencer à faire des rêves étranges dans lesquels elle abandonne son corps et la vie rurale pour s’incarner en Taki, un jeune garçon qui vit à Tokyo.

Nous découvrons rapidement que Taki existe réellement et que ces rêves sont en fait un échange entre les deux. En d’autres termes, Taki se réveille parfois dans le corps de Mitsuha et vice-versa.

Les échanges se font de plus en plus fréquemment et les jeunes adolescents commencent à se laisser des messages sur leurs téléphones avec des indications pour leur quotidien. Il y a encore de la place pour le fantastique dans le monde réel.

Le fait que des éléments comme les nouvelles technologies apparaissent ne fait que renforcer cette vision. Le réel et le fantastique se fondent devant nos yeux. Cette série d’échanges suppose, à son tour, une connexion avec le monde onirique, le monde de la nuit. Tout est possible dans l’univers des rêves et les moments les plus magiques se déroulent la nuit.

 

Traditions

Dans de nombreuses traditions, on associe le moment du crépuscule à des événements magiques ou surnaturels. Cette fine lumière qui sépare le jour de la nuit est vue comme une ligne ou une porte entre plusieurs mondes. Un moment où le réel peut se combiner à la fiction, ou la vie se joindre à la mort. En fait, dans le film, nous voyons que l’idée du crépuscule est souvent mentionnée.

À Itimori, les traditions ancestrales sont encore très enracinées. Nous voyons Mitsuha préparer le saké comme le faisaient ses ancêtres, c’est-à-dire en mastiquant les grains de riz pour ensuite les cracher et les laisser reposer. Dans la tradition japonaise, cette boisson était préparée pour les jeunes femmes vierges et avait certaines connotations magiques. Dans le film d’animation, il s’associe à l’idée des dieux.

À l’écran, les deux lieux principaux, Tokyo et Itomori, sont extrêmement révélateurs. Tokyo est l’une des villes les plus modernes et technologiques au monde mais se trouve dans un pays attaché à ses traditions et à sa culture ancestrale.

Nous oublions fréquemment cette culture et associons l’idée du Japon à la ville de Tokyo. Or, le Japon est beaucoup plus qu’une seule grande ville. Mitsuha elle-même a une image totalement idéalisée de la grande ville et rejette ses origines.

Your name mêle tradition et modernité; il les pousse à se croiser à travers ses personnages et l’histoire particulière qu’il nous raconte. Au-delà de l’échange de corps, la trame prend une nouvelle direction au moment où les deux protagonistes disent vouloir se connaître. À ce point de l’histoire, les aventures prendront un nouveau sens et nous conduiront à une quête d’impossible.

your name

 

La légende du fil rouge

Dans le domaine du fantastique, l’impossible peut se produire. Cependant, il est important de garder une vraisemblance. Your name présente quelques éléments qui ne sont malgré tout pas vraisemblables et peuvent créer une confusion chez le spectateur. Les sauts d’une scène à une autre créent un effet d’étrangeté et nous pouvons trouver plusieurs vides dans la trame.

Le film comble ces « trous » en s’appuyant sur la mythologie japonaise, sur l’élément magique et fantastique. Your name vaut la peine d’être vu pour la grande qualité de son animation et pour ces scènes si détaillées qui nous font parfois penser à des photographies. L’histoire n’est ni logique, ni rationnelle, mais elle fait appel aux sentiments, à la magie et à l’amour.

Dans la tradition orientale, il existe une légende ancestrale qui connecte les personnes à travers un fil rouge. Un fil imperceptible, qui ne peut être brisé: on peut l’enrouler, l’étirer… Il ne se rompra jamais. Il accompagne les personnes à partir de leur naissance et les connecte pour l’éternité. Peu importe ce qu’il se passe, et peu importe la distance: les personnes à chaque extrémité sont destinées à se rencontrer.

On ne parle pas directement de cette légende dans le film mais elle apparaît dès le début. L’une des traditions les plus ancestrales d’Itomori est le tissage de cordes. Mitsuha a toujours une corde rouge sur elle et la lancera à Taki à un moment donné. Grâce à la corde, la réminiscence se produira; il s’agit de cette idée de se retrouver face à quelque chose que l’on connaît à un autre moment ou endroit.

En Occident, l’idée des âmes sœurs nous est peut-être plus familière. Cependant, même si nous ne connaissons pas bien les légendes orientales, la présence du fil rouge dans le film est très visuelle. Elle nous fait penser à une connexion entre les protagonistes. Une connexion qui peut surmonter les barrières spatiales et temporelles et créer un nouveau destin qui semblait impossible.

 

Your name, l’universalité de l’amour

Une histoire d’une telle magnitude, racontée à travers les yeux de deux adolescents, aurait facilement pu tomber dans un registre mièvre. Or, le film nous narre une histoire universelle pour démontrer que, même dans le monde le plus artificiel et technologique qui soit, il y aura toujours une place pour l’amour et les sentiments.

La beauté des images accompagne cette idée pour créer une ambiance poétique. Elle nous fait oublier la confusion initiale pour approfondir certains sentiments. La magie des étoiles, de la nature, de l’univers et le contact avec le monde spirituel se manifestent en nous faisant oublier, pendant quelques instants, notre scepticisme habituel.

Nous pouvons rajouter à cela le point de vue initial très intéressant, le fait de se mettre dans la peau d’une autre personne et de « voir le monde à travers les yeux d’un autre ». Mitsuha veut fuir Itomori alors que Taki tombe amoureux de la beauté du lieu. Et, de la même façon, le jeune homme est à peine conscient des possibilités d’une ville comme Tokyo, alors que Mitsuha y voir des opportunités à chaque coin de rue. Car le monde change en fonction de notre perspective.

Your name laisse aussi de la place à quelques moments d’humour qui brisent un peu la douceur du film. Il apporte ainsi un certain réalisme pour ne pas trop édulcorer la trame. Les rêves, les sentiments, l’imagination et la jeunesse donnent forme à un film qui, même s’il est empli de mythologie et de traditions, nous transmet un message universel.