Donald Winnicott et sa théorie du faux moi

· 5 mars 2018

Donald Winnicott était un célèbre psychiatre, psychanalyste et pédiatre anglais qui a développé une approche intéressante de la personnalité. De par sa formation de pédiatre, il a centré ses réflexions sur les enfants, et plus particulièrement sur la relation entre la mère et le nourrisson, ainsi que sur les conséquences qui en découlent.

Il a travaillé avec la célèbre psychanalyste Melanie Klein, et ce même dans le cadre du traitement d’un de ses propres enfants. Il a aussi été président de la Société Psychanalytique Britannique, ainsi qu’un très célèbre penseur du XXe siècle.

« Dans le jeu, et seulement dans le jeu, l’enfant et l’adulte peuvent créer et user de toute la personnalité, et l’individu découvre sa personne uniquement lorsqu’il se montre créatif. »

-Donald Winnicott-

Un de ses apports les plus intéressants est celui du faux-self et du faux moi. Ses concepts de « mère suffisamment bonne » et de « mère banalement dévouée » sont également très connus. De la même manière, son concept « d’objet transitionnel » a été adopté par plusieurs écoles de psychologie.

La relation entre la mère et le bébé selon Winnicott

En consonance avec d’autres psychanalystes, Winnicott considère que pendant la première année de vie, la mère et l’enfant constituent une unité. On ne peut pas parler du bébé comme d’une entité séparée de sa mère. Les deux forment une unité psychique indivisible.

mère et son bébé

Selon Winnicott, la mère est le premier être sur lequel chacun de nous puisse compter. La base totale de notre développement futur. Par conséquent, et surtout lors des premiers mois de la vie, la mère est l’univers du bébé. Pour lui, le monde est pratiquement un synonyme de la mère.

Apparaît ensuite le concept de la « mère suffisamment bonne », celle qui s’occupe du bébé, de manière spontanée et sincère. Elle est disposée à être cette base et cet être dont a besoin l’enfant. Sans être parfaite, sans être excessive dans les attentions apportées au bébé, et sans l’ignorer. Cette mère donne naissance à un self véritable, ou à un moi authentique.

D’autre part, la « mère banalement dévouée » et celle qui développe un attachement excessif ou une surprotection envers son enfant. C’est aussi celle qui n’est pas capable de répondre aux manifestations spontanées de ce dernier. Elle donne lieu à ce que Winnicott appelle faux-self ou « faux moi ».

Winnicott et le faux moi

La mère est comme un miroir pour l’enfant ; ce dernier se voit lui-même comme elle le regarde. Il apprend à s’identifier à la race humaine au travers d’elle. Peu à peu, le bébé se séparera de sa mère et elle devra s’adapter à cela. L’enfant a des gestes spontanés qui font partie de son individuation. Si la mère les accueille, il aura le sentiment d’être réel. Si elle ne le fait pas, se forgera alors en lui un sentiment d’irréalité.

enfant pensif

Lorsque cette interaction entre la mère et son bébé échoue, se produit ce que Winnicott appelle une « coupe transversale de la continuité existentielle ». En d’autres termes, cela se traduit par une interruption radicale du développement spontané du bébé. C’est ce qui donne naissance au faux-self ou au faux moi.

Winnicott signale que dans ces circonstances, le bébé devient « sa propre mère ». Cela veut dire qu’il commence à occulter son propre moi dans le but de se protéger. Il apprend à montrer uniquement ce que, pour ainsi dire, sa mère veut voir. Il devient quelqu’un qu’il n’est pas vraiment.

Les effets du faux-self

Il existe différents niveaux de fausseté dans le moi. Selon Winnicott, dans le niveau le plus basique résident ceux qui adoptent une attitude courtoise et pleinement adaptée aux normes en place et aux ordres reçus. Dans l’autre extrême se trouve la schizophrénie, une condition mentale dans le cadre de laquelle la personne est dissociée, jusqu’au point où elle disparaît virtuellement de son moi réel.

Pour Winnicott, dans toutes les pathologies mentales graves prédomine un faux moi. Dans ce cas, la personne emploie les recours dont elle dispose pour structurer ce faux moi et le maintenir, et ce dans le but de réussir à faire face à un monde qu’il perçoit comme imprévisible ou peu digne de confiance.

Winnicott indique qu’une bonne partie des efforts fournis par une personne avec un faux moi très fort s’orientent vers l’intellectualisation de la réalité. Autrement dit, elle transforme la réalité en un objet de la raison, mais pas des émotions, des affects ou des actes créatifs. Lorsqu’une telle intellectualisation est mise en place avec succès, l’individu est perçu comme normal. Cependant, il n’expérimente pas ce qu’il vit comme quelque chose qui lui appartient, mais comme quelque chose qui lui est étranger.

personne ayant un appareil photo à la place de la tête

Il ne parvient pas à se sentir heureux du fait de ses victoires, ni à se sentir valorisé même s’il l’est. Pour lui, c’est son faux moi qui a réussi ou qui a été valorisé. Par conséquent, il marque une rupture avec lui-même, mais aussi avec le monde. Son vrai moi reste confiné, rêvassant et expérimentant un mal-être qu’il n’arrivera jamais à comprendre par lui-même.