Dissonance cognitive : le lien avec la dépendance émotionnelle

2 juillet 2019
Nous abordons ici la fameuse théorie de la dissonance cognitive de Leon Festinger et la mettons en relation avec la dépendance émotionnelle. Lorsqu'une personne souffre de dépendance émotionnelle, la dissonance cognitive a une plus grande portée.

La dissonance cognitive est un concept classique en psychologie qui nous vient du psychologue Leon Festinger et date de 1957. L’idée est la suivante : nous, êtres humains, avons tendance à nous efforcer de maintenir une cohérence interne entre nos croyances, nos valeurs et nos comportements.

Lorsque cet équilibre est menacé, la personne se sent très mal à l’aise. Elle ressentira alors le besoin de rétablir l’équilibre.

Bien souvent, nous n’avons pas conscience de cette dissonance. Lorsque nous la détectons, nous mettons en marche, de façon inconsciente, différentes stratégies pour l’affronter :

  • soit nous banalisons notre comportement (« Cela n’a pas d’importance » « Il faut bien mourir de quelque chose »)
  • soit nous nous mentons à nous-même (« Je suis certaine qu’il changera »)

Il se peut également que nous changions d’avis, ou bien que nous fassions tout pour que l’autre change d’avis, quitte à avoir recours à des stratégies pour cesser les comparaisons (« Oui, c’est vrai, il est mort d’un cancer du poumon parce qu’il fumait, mais il avait des antécédents familiaux et moi non »).

La dissonance cognitive est un effet psychologique très courant. Nous avons tous, dans une plus ou moins grande mesure, ressenti cet effet. Nous nous intéresserons ici à l’effet de la dissonance cognitive sur l’état de dépendance émotionnelle.

Dissonance cognitive et dépendance émotionnelle : lorsque le devoir se heurte au besoin

femme en proie à la dissonance cognitive

 

Le lien entre dissonance cognitive et dépendance émotionnelle est un thème assez courant. Lorsque quelqu’un se retrouve coincé dans une relation toxique, au fond de lui-même il sait qu’il serait préférable pour lui qu’il sorte de cette relation. Pourtant, quelque chose l’empêche d’en sortir.

La peur de la solitude et du deuil se retrouve nez à nez face au mal-être que la personne ressent de façon quotidienne parce qu’elle vit une relation destructrice.

Chez une personne qui souffre de dépendance émotionnelle, la dissonance cognitive entre en action lorsque la personne considère que chaque journée qui passe au côté d’une personne est une condamnation.

Ce ressenti peut être dû au fait que son partenaire l’humilie, la rabaisse, est agressif, est infidèle… Ces attitudes destructrices affectent progressivement l’estime de soi de la personne dépendante.

Lorsque la personne dépendante a un élan de lucidité, elle ouvre finalement les yeux et est alors capable de contempler cette réalité. Elle prend enfin conscience de la douleur qu’elle ressent. À ce moment-là, la personne dépendante réalise qu’elle doit sortir de cette relation toxique qui lui fait du mal.

 

Un élan de lucidité fragile

Malheureusement, la dépendance émotionnelle abrite dans ses entrailles quelque chose d’encore plus puissant : la peur du rejet ou de la solitude. La peur de se retrouver seule avec soi-même est un frein pour une personne qui souffre de dépendance émotionnelle. Conséquence de cela : l’élan de lucidité dont on parlait s’évanouit rapidement.

Au lieu d’agir en accord avec son ressenti et donc de vivre en cohérence, la personne dépendante se réfugie dans le « j’ai besoin de cette personne pour ne pas me retrouver sans personne ». Elle maintient donc son comportement habituel.

L’individu dépendant persiste dans une relation toxique, ce qui génère une dissonance cognitive très inconfortable (« Cette situation me fait du mal, je devrais m’échapper, mais l’idée de solitude me terrorise »).

La dissonance cognitive chez quelqu’un qui souffre de dépendance émotionnelle est encore plus désagréable lorsque l’entourage de cette personne considère qu’elle devrait mettre fin à la relation.

Son entourage bienveillant l’incitera très probablement à agir autrement et surtout à réagir (« Ne vois-tu pas qu’il est infidèle ? » « Tu ne devrais pas accepter qu’il te crie dessus comme ça » « Laisse-le avant que ce soit trop tard »).

Pour le dépendant émotionnel, la dissonance cognitive sera encore plus forte si des personnes importantes pour elles estiment que sa façon de se comporter est incorrecte.

Bien entendu, cela génère un conflit interne encore plus important. Il se peut même que la personne dépendante coupe les ponts avec son entourage afin de refouler la dissonance cognitive.

 

Dissonance cognitive et dépendance émotionnelle : excuses et aveuglement

coeur piégé

 

Au sein d’une relation toxique, les excuses pour ne pas affronter la réalité sont monnaie courante. La personne qui souffre de dépendance émotionnelle aura tendance à tout faire pour atténuer la sensation de mal-être liée à la dissonance cognitive.

Le dépendant émotionnel finit alors par croire ce qu’il pense dans sa tête afin de maintenir une cohérence.

La dissonance cognitive nous donne des clés qui nous permettent de détecter cet aveuglement. La clé la plus flagrante est la piste émotionnelle. L’individu fait l’expérience d’une relation toxique, et pourtant son comportement est dissonant.

Il est probable que le dépendant émotionnel souffre d’un épisode de dépression. Les symptômes suivants feront alors leur apparition : insomnie, manque d’appétit, apathie…

Quelques indices

Si vous ressentez une forte sensation d’inconfort, un mal-être continu ou avez l’impression que vous n’êtes toujours pas à votre place, il serait peut-être bon que vous analysiez vos pensées. Vous comprendrez ainsi pourquoi vous continuez au même point. Après cela, modifier son dialogue interne sera la deuxième étape essentielle.

Une autre clé pour comprendre que vous vous mentez à vous-même consiste à imaginer une rupture éventuelle et à la ressentir comme si vous étiez au fond du gouffre.

Vous ressentirez sans doute une peur intense face au futur incertain que ce changement impliquerait. Cela peut se traduire par le fort besoin d’être au côté de votre partenaire. Si c’est le cas, il n’est alors pas question d’amour mais de peur (« Je n’ai pas confiance en moi » « Je n’ai pas de ressources » « Je n’ai pas de compétences »).

La thérapie comme solution

Suivre une thérapie est essentiel. Vous découvrirez au fur et à mesure tous ces subterfuges mentaux avec lesquels vous tentez de vous assurer un futur connu, pas tellement désiré.

Une thérapie psychologique peut vous aider à atténuer la dissonance cognitive. Le spécialiste aura recours à certaines stratégies qui ne vous feront pas de mal. L’idée sera de vous amener progressivement à affronter la réalité.

 

  • Morales, F.(1994). Psicología Social. Madrid: McGraw-Hill.