Dire « non » de manière positive

· 9 avril 2018

Avec les nouvelles idées sur l’éducation et la discipline positive, le « non » si souvent utilisé par nos parents et grands-parents a fini par être vu comme quelque chose de presque démoniaque. Ceci a pour conséquence que de nombreux parents se sentent perdus, ne sachant à quelles formules recourir pour établir des normes. Ils cherchent dès lors un moyen d’imposer leurs critères, mais sans donner l’impression d’être des parents autoritaires et excessivement restrictifs. C’est pourquoi nous essayerons à travers cet article d’apprendre à dire « non » de manière positive.

Il est préférable que le « non » que méritent nos enfants, lorsque nous croyons que nous devons nous opposer à l’un de leurs désirs, soit un non raisonné, reposant sur de  bonnes motifs. Il existe par ailleurs des degrés intermédiaires entre le non et le oui. Nous pouvons leur proposer, par exemple, qu’ils fassent ce qu’ils veulent faire plus tard, lorsque les circonstances seront plus propices. Nous pouvons également leur proposer d’autres alternatives que nous pensons appropriées et qui pourraient leur convenir.

La question de fond est d’aider nos enfants à ce que se soit eux qui, petit à petit, s’auto-régulent et apprennent à fonctionner selon certaines règles. Bien qu’il s’agisse d’un processus long et constant, nous ne pouvons pas oublier que se sont des enfants et que nous sommes responsables de leur éducation. Patience, car il peut s’agir d’un chemin aussi beau que long.

La curiosité de nos enfants nous cause de l’anxiété

Les enfants sont curieux par nature, l’inconvénient est qu’une partie de cette préoccupation semble se perdre lorsque nous devenons des adultes. Peut-être que les « non » restreignent cette curiosité parce que, d’une certaine manière, cela dérangent les adultes, tandis que la manière d’enseigner à l’école, basée sur la répétition et la répétition, n’est pas non plus d’une grande aide.

Il est très difficile par ailleurs de trouver l’équilibre entre permettre à notre enfant d’explorer et de libérer sa curiosité tout en maintenant à distance la crainte que quelque chose ne lui arrive. Si nous sommes très nerveux et nous laissons dominer par notre anxiété, il est probable que dire « non » constitue notre principal recours et que nous lui crions « ne fais pas ça… », « ne monte pas là… », « ne touche pas à ça… ». Nous ne disons alors pas « non » de manière positive.

Nous pouvons en outre essayer de faire un effort, mais cet effort nous fait également accumuler de l’anxiété. Une anxiété dont nous nous libérons souvent en criant : à travers ce « non! » qui effraie et désoriente nos enfants. Ils pensent : « Pourquoi tu me cries si je t’ai demandé la permission avant et que te me l’avais donnée ? »

En ce sens, il est préférable que nous accompagnions nos enfants dans leurs « bêtises » et leur exploration. Que nous fassions une évaluation réaliste de ce qui est un réel danger : ce n’est pas grave s’il tombe sur l’herbe, ce qui serait différent s’il tombait dans un escalier. Suivons-les, mais accordons-leur une distance. Augmentons lentement la liberté que nous leur octroyons et progressons dans la confiance que nous avons dans leur jugement à mesure qu’ils grandissent.

Dire « non » moins souvent et expliquer davantage pourquoi

Dire « non » est souvent de trop. Si nous ne voulons pas qu’ils touchent quelque chose, nous pouvons dire : « ça coupe », « c’est sale », « c’est à moi, à ton père ou à ton frère ». Nous pouvons également expliquer la fonction des choses : « les chaises servent à s’asseoir », ou « les choses, les animaux et les plantes doivent être traitées avec respect et attention », et expliquer les raisons de nos actions : « je parle ou je fais quelque chose, lorsque j’aurai fini, je m’occuperai de toi ». Nos enfants comprendront mieux de cette façon ce qui se passe, pour le moins beaucoup mieux qu’avec un « non » émoussé et sans explication.

La routine et les règles aident également à dire « non » moins souvent, par exemple: « c’est l’heure du bain et ensuite au lit parce que demain il y a école », « il est temps de rentrer à la maison car il est tard et je dois préparer dîner », « après avoir mangé , tu pourras prendre un dessert, parce que ton corps te remerciera de l’avoir alimenté auparavant avec des aliments qui le rendront vraiment fort ».

Et nous pourrions donner de nombreux exemples permettant aux enfants d’acquérir un critère. Il est également utile d’expliquer les conséquences de ce qu’ils font, par exemple, « si tu frappes ton frère ou ton copain, il est probable qu’il ne veuille plus jouer avec toi ensuite » ou « étudier va t’aider à réussir ton examen » ou « dans une chambre ordonnée et rangée il sera plus facile de trouver ce que tu cherches ».

mère et son fils

Alternatives, une façon de dire « non » de manière positive

Alors que le « non » est un déni clair, les alternatives sont des options qui aideront également nos enfants à prendre leurs propres décisions à l’avenir. Ils nous affronteront parfois dans une sorte de lutte, et même si nous sommes les adultes et avons toujours le dernier mot, forcer nos enfants à subir un système, sans laisser le moindre petit espace pour qu’ils puissent défendre leurs idées et changer nos points de vue est une attitude qui n’apportera rien de positif à leur croissance. Il est évident que se mettre à leur place sera parfois fatiguant, qu’ils épuiseront notre patience avec leur énergie, mais nous les aiderons davantage avec une attitude différente, même si cela nous demande davantage d’efforts.

Il est utile d’offrir des alternatives telles que : « Le couteau est très aiguisé, mais tu peux m’aider à assaisonner la salade » ou « il pleut, il fait froid pour sortir, mais nous pouvons jouer, cuisiner quelque chose ou faire un puzzle à l’intérieur », « tu peux jouer 5 minutes de plus et lorsque nous rentrerons à la maison, je te raconterai une histoire ». Par exemple, offrir une option peut nous aider à ce que l’enfant aille plus facilement au lit : « il est l’heure de se coucher, mais tu peux amener au lit tout ce que tu souhaite, un animal en peluche, une poupée, un livre, etc ».

Et lorsque nous devons dire « non »

Mettons-nous à leur place, parlons d’un ton ferme, mais sans crier, et utilisons son nom pour nous adresser à lui. Il n’existe aucune raison pour que nous soyons brusques ou impolis, pour insulter ou pour dire des choses dont nous pouvons nous repentir. Changeons notre discours. Par exemple, « je suis en colère parce que tu as cassé ceci ou as fait cela, NON, je n’ai pas aimé ce que tu as fait ».

Parlons des actions et ne disons pas à l’enfant que ce qu’il a fait à un moment donné le définit. Par exemple : « tu as fait quelque chose de stupide » et non  » tu es stupide » ou « tu mets souvent trop de temps pour faire des choses » plutôt que « tu es un fainéant ». Prêchons par l’exemple et soyons cohérents. Par exemple, si nous avons promis quelque chose, comme jouer un certain temps après le brossage des dents : « tu n’as pas voulu te brosser les dents, il n’y aura donc pas d’histoire » ou « nous ne ferons pas le puzzle parce que nous ne sommes pas revenu du parc suffisamment tôt ».

Trouver des moyens alternatifs pour mettre des limites à nos enfants, sans tomber sans cesse dans le « non » ou sans le bannir complètement, fait de nous des éducateurs intelligents, parce que nous sommes intelligents lorsque nous disons « non » de manière positive.  Cela signifie renouveler les modèles éducatifs sur la base de critères, de raisons et de significations.

Cette nouvelle approche nécessite probablement un effort et peut s’avérer fatigante au début, mais lorsque nous aurons acquis la dynamique, l’effort deviendra beaucoup moindre vu que nous aurons préparé nos enfants pour qu’ils comprennent nos points de vue par eux-mêmes et nous aurons contribué à ce qu’ils intériorisent un critère approprié pour décider quels souhaits satisfaire ou non, et comment.