Le deuil : oxygéner la blessure provoquée par la perte

10 juin 2017 dans Emotions 1461 Partagés

La vie est une succession de deuils. Nous ne faisons que nous détacher d’entourages, de collègues, de proches, d’ami-e-s et de conjoints… Les relations se terminent, les étapes se referment. Le deuil apparaît.

Certaines de ces expériences peuvent être douloureuses, mais la mort d’un être cher est sans aucun doute la plus dure. Ce sont des moments très difficiles, à tel point que l’on ne sait pas comment faire pour sortir de cette spirale de douleur. Ne vous exigez rien, ne vous hâtez pas pour trouver des solutions et des réponses. Il n’y a pas de règles toutes faites sur ce qui est correct à faire lorsqu’on perd un lien important et intime. En tant qu’êtres humains, nous avons besoin de temps pour nous guérir émotionnellement. C’est précisément l’une des fonctions principales du processus de deuil.

“Si vous voulez pouvoir supporter la vie, vous devez être disposé à accepter la mort.”

-Sigmund Freud-

Il y a deuil là où il y a souffrance

Certaines personnes de votre entourage essaieront de définir ce qui peut vous aider le plus. Et vous-même pouvez vous mettre la pression et vous sentir très perturbé-e. “Ne rentre pas dans sa maison”. “Mieux vaut éviter de retourner dans cet endroit”. “Ce que tu dois faire, c’est offrir ses affaires”. “Ne te torture pas en regardant ses photos.”

Décidez par vous-même, n’évitez pas les moments ou les situations que vous sentez que vous devez vivre, car à la longue, cela provoquera plus de souffrance. Faites et dites tout ce que vous voulez et devez. Se tromper en disant quelque chose ne fait pas autant mal que le fait de ne pas avoir dit les choses. Même si cela vous envahit de douleur : décidez par vous-même.

Il y a des décès qui ont plus d’impact que d’autres. Si vous pensez que la mort aurait pu être évitée, si vous pensez que la personne a souffert, s’il vous manque des informations, si elle est morte à la suite d’une longue maladie ou selon la manière dont vous avez reçu la nouvelle. Beaucoup de gens affirment se sentir mieux au bout de quelques jours qu’au bout de quelques mois. C’est une réaction absolument normale et dont la fonction est protectrice. L’état de choc initial est une défense mentale qui nous protège face à la douleur qui déborde de partout.

“Comme une mer, autour de la vie ensoleillée, la mort chante jour et nuit sa chanson sans fin.”

-Rabindranath Tagore-

Faire face à la perte

Parfois, le choc initial, dans le processus de deuil, est accompagné de la peur, de l’angoisse, de la panique, de l’agitation, de la colère et de la confusion. La pensée est chaotique, on ne peut se concentrer sur rien, on n’assimile pas encore ce qui s’est passé et on imagine même que tout cela n’est qu’un cauchemar.

L’esprit ne fonctionne pas comme d’habitude, c’est sûr, mais tout ce que l’on vit est complètement normal, c’est ce que l’on appelle la déréalisation (le fait de se déconnecter de l’entourage) et la dépersonnalisation (le fait de se déconnecter de soi-même). C’est la manière qu’a le corps de gérer la souffrance en la dosant petit à petit.

Se retrouver dans cet état ne signifie pas être fou ou malade. L’étourdissement et la confusion font partie de l’expérience de la perte, le deuil est naturel, aussi nocif paraisse-t-il. Quand une personne aimée n’est plus avec nous, la réaction humaine est la souffrance.

Si cette personne si importante n’est plus avec vous, vous n’avez sûrement pas de sentiments d’euphorie et de joie, et vous ne devez pas vous forcer. Donnez-vous du temps et de l’espace pour ressentir cette tristesse. C’est le moment d’entrer en contact avec vous-même et votre entourage a besoin de sensibilité, de soin et de respect.

Et les objets de souvenirs, mieux vaut-il les garder ou les jeter ? Le problème n’est pas de savoir si on les garde ou pas mais surtout de savoir ce qu’on en fait. Les objets ont pour fonction d’aider à conserver un lien qui a été très important pour vous. Ils permettent de se connecter aux souvenirs et de sentir qu’il existe encore une relation.

Si les objets font que vous exprimez vos sentiments, ils vous aident donc à continuer sur le chemin du deuil. Le bon chemin. Mais si les conserver est une manière de ne pas accepter ce qui s’est passé ou de refuser la réalité, ils ne vous permettront pas d’avancer. Il n’est pas question de se défaire de tous ces objets rapidement. Ne vous précipitez pas. Accordez-vous un moment pour décider ce que vous aimeriez faire avec. De plus, ne permettez à personne de faire ce travail pour vous, faites-le vous-même même si c’est douloureux. Cela vous aidera.

«La mort ne nous vole pas les gens qu’on aime. Au contraire, elle nous les garde et nous les immortalise dans le souvenir. C’est au contraire la vie qui nous les vole souvent, et définitivement».

-François Mauriac-

Jusqu’à quand ?

Ne vous punissez pas vous-même, ne vous accusez pas car vous “devriez” vous sentir mieux. Ces moments sont les vôtres, et le pire ennemi du deuil est de ne pas se permettre de ressentir les choses. À partir de chaque perte, nous apprenons ce qui est vraiment profond et important pour nous. Nous ordonnons nos émotions et nos priorités, et nous grandissons intérieurement. Si rien ne sera plus jamais comme avant, nous développons de nouvelles manières de surmonter les difficultés et de nous confronter à nos conflits.

Le deuil est une blessure provoquée par le manque. Ce manque nous conduit à nous questionner sur le sens de la vie. Les crises existentielles nous amènent donc à beaucoup de questions. En tant qu’êtres humains, nous sommes des chercheur-se-s de sens, et plus nous le cherchons, plus il nous fuit.

Le sens n’est pas un arrêt sur le chemin, ce n’est pas une réponse ponctuelle, c’est une manière de marcher dans la vie. Et précisément à travers la perte et le deuil, nous trouvons notre manière de continuer. Ne vous précipitez pas, le seul endroit auquel vous devez arriver, c’est vous-même.

“Si les humains ne peuvent pas obtenir de l’histoire qu’elle ait du sens, ils peuvent au moins agir de manière à ce que leur propre histoire en ait.”

-Albert Camus-

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