Derrière le diagnostic, il y a une personne à part entière

· 17 novembre 2016

Les personnes qui reçoivent un diagnostic ont instantanément l’impression que tout change, que rien ne sera jamais plus pareil, et que le passé n’a plus rien à voir avec le présent.

Il n’aura suffi que d’un mot pour faire basculer leur vie. A partir de ce moment-là, et ce pour un certain temps, elles seront associées à un mot, ce qui générera en elles de la souffrance.

 


« Chez les animaux, c’est manger ou être mangé. Chez les êtres humains, c’est définir ou être défini. »

-Thomas Szasz-


D’autre part, elles auront également l’impression qu’en leur diagnostiquant une maladie, on leur met un sac rempli de pierres sur le dos.

Ces personnes n’ont pas seulement à gérer leurs problèmes personnels, mais doivent aussi s’adapter à cette nouvelle situation.

Ce poids ainsi que cette réadaptation impliquent de gros efforts de leur part.

Elles ont parfois l’impression que le diagnostic les dépasse, qu’il est une entité propre, un monstre qui dévore tout sur son passage, et qui les a dévorées elles aussi.

Elles peuvent même en arriver à se sentir étrangères dans leur propre corps, dans leur propre personnalité, et dans tout leur être. 

Vivre avec le diagnostic

Assumer cette nouvelle réalité et tous les changements qu’elle suppose n’est pas une tâche facile.

Au départ, le mot se superpose à la personne en créant une réalité qui, bien qu’établie d’une façon ou d’une autre avant qu’on lui donne un nom, prend maintenant une entité propre et entre dans leur vie sans même avoir été invitée.

Quand vous vous trouvez face à ce monstre, vous êtes le seul à décider si vous voulez le prendre dans vos bras et apprendre à vivre avec, ou si vous préférez lui livrer une bataille qui laissera des séquelles.

Cette responsabilité ultime de faire face à cette nouvelle situation n’appartient qu’à vous.

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Vivre avec le mot et être totalement conscient de son sens est difficile et prend du temps.

De façon nécessaire (ou non), à ce moment-là, l’étiquette est présente, elle vous accompagne à cette période de votre vie, et il vous faut apprendre à cohabiter avec elle.

 


« L’expérience, ce n’est pas ce qu’il vous arrive, mais ce que vous faîtes de ce qu’il vous arrive. »

-Aldous Huxley-


Tout change et rien ne change en même temps

Les saisons sont à la végétation ce que le diagnostic est à la personne, telle une forêt qui expérimente le changement des saisons à mesure que les mois passent.

Même si les fleurs et les arbres changent de couleur, la terre qui les accueille est toujours la même.

Parfois, la personne peut avoir l’impression que la terre et les arbres sont les mêmes.

Cependant, à mesure que le temps passe, les feuilles des arbres changent de couleur et tombent, d’autres naissent à leur place, et ce même arbre peut même rester là ou être coupé et disparaître pour toujours.

Or, malgré tous ces changements, quelque chose qui demeure : le fait qu’il y a toujours cette superficie où la végétation peut prendre racine.

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Il en va de même avec les personnes qui reçoivent un diagnostic ; le mot les change et ne les change pas en même temps. Une part, une période de leur vie reste la même ou presque, et sera toujours là.

Un diagnostic n’est PAS un adjectif

Parfois, le diagnostic peut obscurcir la personne, et mener son entourage ainsi qu’elle-même à se définir exclusivement avec cette étiquette.

Par exemple, il est fréquent d’entendre des phrases comme « il est bipolaire », « il est dépressif » ou « il est schizophrène ».

Non seulement ces phrases sont incorrectement employées, mais en plus, elles fomentent et perpétuent un des plus grands problèmes de la maladie mentale : le symptôme.

Souvent, on utilise les diagnostics comme des adjectifs, comme s’ils étaient un trait immuable de la personne.

Or, un diagnostic n’est PAS un adjectif, une personne n’est pas bipolaire, dépressive ou anorexique. Les gens ne sont pas des diagnostics, des étiquettes ou des mots.

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Une personne est celle qu’elle est, avec ses caractéristiques propres et uniques.

Il est possible qu’à un moment déterminé, elle présente un trouble, mais cela ne veut pas dire que la personne ne se résume plus qu’à ce trouble, ou qu’elle ne cesse d’être elle-même.

Il y a un visage unique derrière le mot

Le diagnostic sera toujours uni à un visage. Il ne faut pas perdre de vue qu’un diagnostic n’est qu’un ensemble de symptômes qui nous parlent de la maladie, mais pas de la personne qui en souffre.

Il nous donne des informations générales sur ce qui peut arriver aux personnes malades, mais il ne nous dit rien de plus sur ces dernières.

Chaque personne est unique, et ce malgré les ressemblances que l’on peut observer parfois. Nous avons tous un nom, une personnalité, une famille, des goûts, des manies et des caractéristiques particulières qui nous distinguent des autres.

Un diagnostic ne nous donnera jamais d’informations sur ces particularités, qu’il nous faut découvrir peu à peu.

Il est important de bien gérer le diagnostic ; il dit quelque chose sur la personne qui le reçoit et il transmet une information très utile au niveau professionnel, mais ne délivre pas non plus toutes les informations nécessaires.

N’oubliez jamais que derrière une étiquette se cache un visage unique, une personne qui ressent des choses et qui ne se résume pas seulement à un mot.