Décodons le sentiment d'inquiétude

20 août, 2020
L’inquiétude s'installe en nous lorsque nous ne parvenons pas à déchiffrer, ou à décoder, une menace. Cela est souvent un phénomène envahissant et incompréhensible pour nous. Il est donc important de travailler sur ce sentiment d'impuissance qui en découle et d'adopter une position plus ferme et plus précise face à la peur.

La pandémie de coronavirus qui touche le monde entier a fait renaître un sentiment d’inquiétude chez nombre d’entre nous. Ainsi, au cours de cette période, beaucoup de personnes revivent des angoisses d’enfance qui leur paraissaient pourtant oubliées.

Il s’agit d’un sentiment de vulnérabilité, et même d’impuissance, face à une force supérieure. Sigmund Freud a lui même étudié le sentiment d’inquiétude.

L’angoisse enfantine est directement associée au sentiment d’inquiétude. L’angoisse est une peur qui explose dans toutes les directions. Ce n’est pas seulement une peur qui se manifeste face à une menace identifiée et limitée. Il s’agit plutôt d’une réaction face à une menace imprévisible caractérisée par de nombreuses zones d’ombres.

Soudainement, nos possibilités d’action deviennent très limitées. Un peu comme lorsque nous étions enfants.

Dans le cas de la pandémie que nous connaissons, cette situation nous a fait nous sentir profondément dépendants de ceux qui nous dirigent, de ceux qui prennent les décisions, et même du hasard. Nous nous sommes retrouvés comme des enfants aux pieds nus, livrés à eux-mêmes dans une forêt sombre.

“L’inquiétude constitue la condition et la limite du Beau. Elle est présente sous forme d’absence, elle doit être voilée. Elle ne peut être dévoilée”.

-Eugenio Trias.

Un homme anxieux au téléphone.

Le fonctionnement de l’inquiétude

Avant Freud, on associait toujours l’inquiétude à des éléments nouveaux et menaçant. Ces phénomènes suscitaient un sentiment d’horreur précisément parce qu’ils étaient inconnus. Le père de la psychanalyse a alors bouleversé cette perspective. Il a abordé le sujet à travers deux concepts. Celui du familier et celui de l’étrange.

Le familier est ce qui nous est proche et face auquel nous éprouvons un sentiment de sécurité parce qu’il fait partie de nos habitudes. Les personnes, les situations, les espaces, les idées, les sentiments, etc. font partie de cet environnement que nous pouvons qualifier de “familier” ou d’habituel.

Ce qui est étrange, cependant, c’est ce qui se trouve en dehors des dimensions dans lesquelles nous évoluons. Cela ne correspond pas tant à ce que nous ne savons pas, mais plutôt à ce que nous ne reconnaissons pas.

Nous n’en savons donc rien ou presque. L’étrange ne fait pas partie de notre vie quotidienne. Nous ne comprenons pas sa logique et nous n’avons donc aucune idée de la façon de le voir ou de le gérer.

La dynamique entre le familier et l’étrange

Pour Freud, l’inquiétude prend place lorsque le familier devient étrange ou que l’étrange devient familier. Ce n’est donc pas tant la nouveauté qui provoque la peur. Cette dernière provient de la transformation d’un élément que nous considérions comme familier en quelque chose d’étrange et vice versa. C’est ainsi ce passage de l’un à l’autre qui suscite de l’angoisse.

Tous les films d’horreur sont basés sur ce concept. Par exemple, le comte Dracula est terrifiant parce qu’il est comme tous les autres êtres humains, mais en même temps il est complètement différent. L’inquiétude naît de cette terrible transformation dans laquelle un comte élégant finit par devenir un monstre abominable.

Si Dracula était en permanence un vampire, certes on le craindrait aussi, mais d’une manière différente. Il ne serait pas un sujet d’inquiétude. Nous pourrions nous détourner de lui, le mettre à l’écart ou le sortir de notre champ de vision.

Mais, comme il est un vampire mais ne l’est pas à la fois, nous finissons par être victimes de l’ambiguïté de son état. On entre alors dans le domaine de l’inquiétude.

Cela se produit aussi dans l’autre sens. C’est à dire lorsque l’étrange devient familier. Cela est également illustré dans certains films d’horreur lorsque le protagoniste découvre soudain qu’il se trouve entouré de créatures étranges, alors qu’il les percevait auparavant comme des égaux.

Dans Rosemary’s Baby de Polanski, par exemple, il y a cette métamorphose qui mène à un fort sentiment d’inquiétude.

Une femme adossée au mur.

La pandémie et l’inquiétude

La pandémie de coronavirus possède toutes les caractéristiques pour être source d’inquiétude. En effet, soudain, tout autour de nous s’est retrouvé envahi par le doute.

Le monde que nous connaissions autrefois révèle à présent des dangers qui semblent être présents quasiment partout. Les personnes que nous recevions autrefois sont maintenant une source de danger. Le virus peut, en quelque sorte, être partout et nulle part puisque nous ne le voyons pas.

En outre, aucune des personnes en qui nous avons confiance n’est capable de limiter les risques liés à ce virus dans la mesure de nos moyens. Ce que nous savons tous cependant, c’est que ses effets peuvent être totalement dévastateurs et que notre unique option est de s’en protéger.

Ce qui nous était familier est ainsi devenu étrange. Et le virus, cet étranger, semble maintenant être partout. Il envahit tous nos espaces y compris nos discussions.

Comment pouvons-nous résister à cet état d’inquiétude ? La première chose à faire est de prendre la mesure objective de la menace. S’en remettre aux données scientifiques.

Notamment en ce qui concerne les moyens de contagion. Ce sont les contacts étroits avec les autres et avec les objets qui sont risqués. Si nous sommes vigilants dans ce sens, le nombre de cas diminuera. Protégeons-nous donc dans ces moments-là.

Il convient également de rappeler que nous sommes des adultes. Et ce, même si l’inquiétude nous pousse à nous sentir comme des enfants. Nous disposons donc d’une marge d’autonomie et d’action. Et aussi limitée soit-elle, nous devons en tirer parti.

Nous pouvons décider de la manière dont nous gérons nos émotions et notre nouvelle routine. A force de courage et de confiance en soi et dans les êtres humains, il est possible de se protéger soi-même et de protéger les autres.

Freud, S. (1973). CIX. Lo Siniestro. Obras completas, 3.