C’est parfois quand les opportunités sont épuisées que la meilleure option possible apparaît

· 20 juillet 2017

On dit qu’il y a des trains qui ne passent qu’une fois dans la vie, mais… Comment ne pas les rater si l’on nous incite à descendre à chaque arrêt que nous voyons ? Beaucoup de personnes s’efforcent d’acquérir une formation puis cherchent et trouvent un travail en rapport avec ce qui leur plaît mais, malgré tout, finissent par concentrer leur attention sur ce qui leur manque, en ressentant une insatisfaction perpétuelle et en se répétant qu’elles auraient pu avoir quelque chose de beaucoup mieux.

Elles se trouvent au beau milieu de l’éternel dilemme qui consiste à choisir de lutter pour la vie qu’elles souhaitent, mais elles oublient que les gens trouvent rarement un moyen idéal pour y parvenir. La plainte sans fin se répète alors : « ce n’est pas pour moi », « ce n’est pas ce dont j’avais rêvé ». Ces personnes débutent leur journée en pressant le pas et en portant une immense charge de frustration mentale.

Le philosophe José Ortega y Gasset nous avertit à propos de la catastrophe de la spécialisation dans son livre La rébellion des massesDes hommes et des femmes hautement qualifié-e-s dans un domaine concret mais incapables d’acquérir une vision générale du monde qui les aide à se débrouiller dans leur réalité propre, et non pas celle qu’iels souhaiteraient.

C’est ce qui arrive à ces personnes, et c’est ce qui nous arrive également. Combien de fois avons-nous été paralysé-e-s par le fait d’avoir un grand nombre d’opportunités devant nous, à cause de cette peur d’avoir à faire des sacrifices ? Il est vrai que, parfois, il faut se placer à un point précis, saisir fermement la seule opportunité qui se présente et éviter les options potentielles. Dans ce monde actuel, c’est parfois quand les opportunités s’épuisent que la meilleure option surgit : vivre la vie comme elle vient.

La différence entre acceptation et résignation

Une question apparaît sur la ligne d’horizon que nous sommes en train de tracer : quelle est la différence entre accepter et se résigner ? Au fond, ces termes sont aussi incompatibles que l’eau et l’huile, mais nous nous entêtons à les secouer et à les mélanger. L’acceptation est le premier pas vers le changement. Cela signifie situer sur une carte le point où nous nous trouvons, que cet endroit nous plaise ou non.

L’acceptation est aussi le premier pas vers l’adaptation, dans le cas où il n’existe pas de possibilité de changement. Cela revient à intégrer dans notre histoire ce à quoi nous résistons tellement. Par exemple, pour quelqu’un qui a eu un accident et qui a perdu une jambe, l’acceptation implique de faire un énorme pas vers la réadaptation et vers les changements qui vont devoir être faits dans sa vie. Cela suppose aussi de faire de gros efforts pour intégrer dans son histoire ce qui vient de lui arriver.

La résignation, cependant, renferme de la frustration et une bonne dose d’inhabilité, au-delà de l’acceptation. Cette frustration est importante car elle dégénère souvent en immobilisme ou en insistance beaucoup plus sporadique qu’avant, au travers de moyens et de solutions qui se ressemblent toujours.

Ainsi, nous faisons parfois face à des milliers d’opportunités pour sortir d’une mauvaise situation, mais aucune de ces alternatives ne nous semble parfaite. Bien souvent, nous pouvons essayer d’en créer mais, d’autres fois, ce n’est que lorsque nous atteignons les limites de la souffrance que nous acceptons de choisir parmi les options possibles, même si aucune d’elles n’est idéale. Evidemment, pour la personne qui a perdu sa jambe, l’alternative idéale serait de la récupérer, mais la médecine n’offre malheureusement pas souvent cette option.

Quand toutes les opportunités idéales s’épuisent, la meilleure option surgit : un changement d’attitude qui passe par la revalorisation d’une option qui n’est sans doute pas parfaite. Ainsi, toute alternative récupère sa dignité et nous rend en même temps la nôtre si elle nous sort d’une situation de douleur, de routine et de résignation.

Si nous sommes épuisé-e-s et démotivé-e-s au quotidien, il n’y aura aucun chemin possible. Chaque pas doit être effectué dans l’ici et maintenant, petit à petit, en tirant profit de petits moments de la journée. Les efforts mènent souvent à une récompense ; un « prix » qui nécessite que nous soyons motivé-e-s et que nous ayons envie de trouver une trace de ce que nous désirons dans notre quotidien.

Si nous réduisons nos aspirations et suivons un plan plus simple et honnête, le voyage sera peut-être plus plaisant. Les conditions imposées par la réalité ne concordent peut-être pas avec ce que notre imagination avait prévu, mais cela ne nous empêche pas de nous sentir bien.

L’ombre de ce qui n’existe pas ne devrait pas venir ternir notre présent

Je connais beaucoup de personnes qui ont un travail qu’elles n’auraient jamais pensé avoir et qui sont heureuses. Elles profitent de leur situation, elles acceptent les changements temporaires et ne font pas attention aux commentaires abusifs sur leur supposé « échec ». Des remarques qui proviennent souvent de personnes qui n’ont pas la moindre aspiration et qui aiment seulement juger ce que font les autres.

Ces personnes qui savent savourer le fruit de l’opportunité qu’elles ont saisie sont des personnes responsables, qui prennent les commandes de leur vie sans prétendre avancer au galop et qui profitent des petits plaisirs quotidiens.


Un automate n’est pas quelqu’un qui travaille beaucoup mais quelqu’un qui travaille et dépense trop d’énergie en maudissant sa situation.


La ligne qui sépare la lutte pour une vie digne et la critique éternelle de ce que l’on vit est parfois très fine. Cependant, sa finesse ne l’empêche pas d’être importante : elle révèle en effet les personnes qui sont fatiguées de souhaiter de grandes choses et qui luttent pour obtenir maintenant des petits plaisirs occasionnels, gagnés au combat et en s’activant. Il n’existe pas de travail, de logement ou de relation indignes. Il existe seulement des attitudes et des actions qui les rendent tels quels. Dans notre désir d’idéal, tout ce qui est conventionnel finit par devenir amer si l’on en fait une obsession. 

Par chance, certain-e-s ont appris que la différence réside dans le fait de prendre son temps chaque jour afin de boire tranquillement un café ou de regarder se dérouler l’éternité que leur apporte cette vie dans le présent. Les opportunités idéales se sont épuisées, c’est vrai, mais ils ont fait un choix parmi toutes les options qui étaient encore là. Face à leurs désirs et à leur impossibilité de les vivre, ils ont choisi de vivre et non pas de survivre.