Il peut arriver à tout le monde de se rendre, même aux héros

26 octobre 2016 dans Psychologie 1 Partagés

Nous avons tous des héros autour de nous. Nos héros sont ces personnes qui ont lutté inlassablement contre le cancer ou toute autre malade de longue durée, dégénérative et/ou mortelle.

Ce sont ces personnes qui, grâce à leur sens de l’humour et leur courage, n’ont eu de cesse de sourire malgré les difficultés.

Ce sont nos héros qui nous ont appris tout ce pour quoi il vaut la peine de lutter.

Grâce à eux, nous savons que le monde peut changer de couleur en fonction du point de vue qu’on adopte et du prisme par lequel on le regarde.

Nous savons que les vrais amis sont toujours là dans les mauvais moments, et que ce qui en vaut la peine coûte toujours un peu plus cher.

D’autre part, ils nous ont aussi appris qu’il vaut mieux abandonner certaines batailles une fois qu’elles sont terminées.

Ils nous ont appris qu’être honnête avec soi-même et avec ses sentiments, ce n’est pas être lâche.

Mais surtout, ils nous ont appris que se rendre, généralement, ce n’est pas un comportement bien reçu par les autres, même si bien souvent, c’est le plus naturel de tous.

La souffrance de vouloir partir

Quand le diagnostic est tombé, toi, mon héros, tu n’as pas pu y croire, tu étais sous le choc.

D’abord, tu es passé par une phase de déni ; l’annonce a été lourde et difficile à gérer, et par conséquent, tu t’es protégé de la souffrance, au moins pendant un temps.

Les tests médicaux se sont enchaînés, et tu as commencé à prendre conscience de ton état. Tu as senti que tu perdais le contrôle, et tu ne ressentais rien d’autre que de la souffrance.

Ce manque de contrôle et cette souffrance t’ont alors mené à la deuxième phase : la colère.

Tu es devenu une personne inaccessible, dure et intransigeante. Pendant un moment, il nous semblait à moi et au reste de tes proches que nous étions coupables de ta maladie…mais je sais, j’ai bien conscience du fait que c’était là ta façon de l’affronter.

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La troisième phase, celle de l’expression, est passée rapidement car ton état s’est détérioré.

Tu connaissais parfois de bons jours, mais tu ne savais jamais combien de temps cela pouvait durer, ni si tu aurais la chance d’en connaître d’autres.

Même si tout était mis en oeuvre pour que tu puisses surmonter la maladie, il n’y avait aucun changement.

Est ensuite arrivée la phase de la dépression ; le « si je meurs » est alors devenu un « quand je mourrai ».

Tu n’as malgré tout pas laissé les griffes de la dépression t’attraper, car pour la première fois, tu as cessé de penser à toi pour penser aux autres, à ceux et celles que tu allais laisser derrière toi en quittant ce monde.

C’est ainsi et dans ce contexte qu’arriva la phase d’acceptation, la dernière, l’inévitable. Tu as accepté la mort comme un processus supplémentaire de la vie, car tout a une fin.

Le problème, c’est que ceux et celles qui t’aimaient avaient du mal à l’accepter, car ils/elles ne pensaient alors pas à toi en premier lieu, mais bien à leur propre bien-être.

Tu nous as dit que tu voulais cesser de lutter, que tu préférais nous dire au revoir car tu n’avais pas envie que l’on voit ton état empirer davantage. Selon toi, lutter ne servait plus à rien.

Ton destin était écrit, et tu as décidé d’attendre la mort, en nous demandant de respecter ton choix.

Tu nous as dit que cela te faisait mal de partir et de nous abandonner, mais que cela te faisait encore plus mal de devoir vivre avec cette souffrance.


« La mort n’existe pas, les gens meurent seulement quand il l’oublient ; si tu peux me rappeler, je serai toujours avec toi »

-Isabel Allende-


L’égoïsme de ne pas te laisser partir

On dit que grandir, c’est apprendre à dire au revoir.

Je dois alors être une enfant capricieuse pleine de peurs qui s’accroche à toi de toutes ses forces, car je ne veux pas te dire au revoir si tôt, je veux t’accompagner dans tes derniers jours, je veux que tu luttes de toutes tes forces pour gagner quelques heures de plus loin de la mort.

Mais je sais aussi que ta douleur est insupportable et qu’en t’empêchant de partir, en refusant ton souhait de te rendre comme si c’était quelque chose de mauvais, je fais preuve d’égoïsme.

J’agis ainsi car te perdre serait pour moi une de mes plus grandes souffrances, mais tu m’as appris qu’il est possible de vivre avec la souffrance.

Ne t’inquiète pas, aujourd’hui j’ai décidé d’entrer moi aussi dans la phase d’acceptation ; j’ai accepté de te laisser partir et de te perdre.

Ne t’inquiète pas, même si je dis que quand tu partiras, je n’aurai plus de vie car tu étais toute ma vie, je parle sans vraiment savoir et fais alors preuve d’égoïsme car je ne veux pas vivre dans un monde auquel tu n’appartiens pas, ou plus.

Je ne me perdrai pas dans la tristesse, je ne t’oublierai jamais et je ferai tout pour mener une vie emplie de bonheur dans le but de te rendre hommage à toi, mais aussi à toutes ces choses que tu n’as pas eu le temps de vivre.

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Vous serez toujours mes héros

A tous ceux qui décident de se rendre, je voudrais vous rappeler que les héros ne portent pas toujours une cape ou n’ont pas toujours de super pouvoirs.

Parfois, il portent sur leur dos un sac chargé d’histoires, de rêves, d’amis et d’une famille qu’ils doivent laisser à mi-chemin, mais qu’ils n’oublieront jamais pour autant.

Toutes les histoires ne se terminent pas forcément bien après un long parcours, mais parfois elles s’achèvent alors même qu’il reste encore la moitié à raconter.

Et même si l’histoire n’est pas complète, même si elle finit mal, c’est une histoire qui laisse une trace malgré tout.

C’est un bon cliché de film hollywoodien que de dire que les malades luttent jusqu’à la fin, que leur courage ne flanche pas, car ce n’est pas tout à fait ce qu’il se passe dans la réalité dans la plupart des cas.

Les héros aussi se rendent, et ils n’en sont pas moins des héros pour autant.

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