Analphabétisme émotionnel : quand il manque du cœur à notre cerveau

· 9 avril 2018

Beaucoup de personnes souffrent d’analphabétisme émotionnel. Elles sont habiles dans de nombreux domaines, disposent d’une infinité de titres et de diplômes mais ont la même gestion émotionnelle qu’un enfant de trois ans. Cet apprentissage ne se fait pas automatiquement et constitue, que nous le voulions ou non, une matière essentielle à laquelle nous devrions consacrer plus de ressources…

Nous savons majoritairement quels sont les principes d’une bonne santé physique, c’est-à-dire: une alimentation équilibrée et qui soit la plus naturelle possible, un peu de sport, dormir entre 7 et 9 heures chaque nuit et effectuer des examens médicaux réguliers pour nous assurer que tout va bien.

« Quand vous écoutez une autre personne avec empathie, vous lui donnez de l’oxygène émotionnel. »

-Stephen R. Covey-

Cependant, s’il y a bien quelque chose que nous négligeons presque de façon alarmante, c’est ce qui se trouve entre nos deux oreilles: notre cerveau. Nous ne faisons pas ici référence à cet ensemble de cellules nerveuses, de structures et de circonvolutions. Il faut concentrer notre attention sur les indicateurs de notre santé émotionnelle, c’est-à-dire sur cette capacité à ressentir des émotions dans la vie et dans nos relations, sur cette faculté de comprendre, contrôler et modifier nos humeurs ainsi que celles des autres…

L’être humain est beaucoup plus qu’une série de compétences linguistiques, mathématiques ou technologiques. Nous sommes, par-dessus tout, des êtres sociaux et émotionnels ; or, ces dimensions sont souvent négligées, voire sous-estimées dans les institutions éducatives. Car, admettons-le, savoir résoudre une équation de second degré ne va pas beaucoup nous servir si nous sommes incapables, par exemple, de communiquer efficacement et d’empathiser avec ceux qui nous entourent.

analphabétisme

Qu’est-ce que l’analphabétisme émotionnel ?

Nous savons que le terme « analphabétisme » a une connotation négative. Cependant, nous ne pouvons pas appeler d’une autre façon une réalité psychosociale plus qu’évidente. Prenons un exemple: dans l’actualité, on entend beaucoup parler de la figure des leaders transformateurs. De personnes capables de dynamiser une organisation grâce à leur bonne gestion de l’intelligence émotionnelle, de la motivation, et grâce à leur don de produire un impact chez les autres et de créer des environnements au sein desquels les personnes peuvent faire usage de leur créativité.

Parfois, on vend des idées qui, dans la réalité, brillent par leur absence. Ainsi, il est assez commun de nous retrouver face à des directeurs ou des leaders d’entreprise incapables d’inspirer les autres et encore moins de contrôler leurs émotions, leur frustration, leur colère… Ces leaders sont comme des enfants de 3 ans qui se fâchent parce qu’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent et qui se situent complètement dans cette pensée égocentrique définie par Piaget en son temps.

Voyons malgré tout les dimensions qui caractérisent l’analphabétisme émotionnel.

  • Incapacité à comprendre et à gérer ses propres émotions.
  • Difficultés à comprendre celles des autres.
  • Ce manque d’auto-conscience émotionnelle situe très souvent ces personnes sur des terrains très sensibles. Elles réagissent de façon démesurée face à n’importe quel problème, se sentent complètement étouffées et vaincues face à n’importe quelle difficulté, qu’elle soit grande ou petite.
  • Elles ne font pas preuve d’empathie, sont incapables d’imaginer les points de vue des autres, de comprendre des réalités différentes de la leur.
  • Leurs habiletés sociales sont extrêmement rigides et, même si elles peuvent parfois se débrouiller correctement, il leur manque une sensibilité, une assertivité et cette proximité authentique qui permet de créer des liens significatifs et pas uniquement des relations motivées par un intérêt personnel.
  • Par ailleurs, les coûts de l’analphabétisme émotionnel peuvent être énormes : pensée polarisée, répression, racisme ou sexisme, narcissisme, besoin obsessionnel d’avoir raison…
hibou en colère

En outre, il existe une donnée très importante qu’il ne faut pas oublier. L’analphabétisme émotionnel, c’est-à-dire ce manque de ressources psychologiques et de mécanismes émotionnels qui nous permettraient de mieux gérer des dimensions comme la tristesse, la colère, la peur ou la déception, nous rend beaucoup plus vulnérables à une série de troubles mentaux.

Ainsi, des troubles comme la dépression ou les états d’anxiété chronique sont très habituels chez des personnes qui ont une habileté inexistante ou faible pour mieux gérer ces états internes.

L’importance de l’éducation en Intelligence Emotionnelle

Nous savons que c’est presque comme un slogan: « il faut éduquer en Intelligence Émotionnelle », nous devons nous entraîner au niveau de ces capacités, être plus aptes en matière d’émotions. Nous l’avons entendu jusqu’à ne plus pouvoir, nous avons lu des livres, suivi des cours et nous acquiesçons chaque fois que l’on nous rappelle l’importance d’avoir de meilleurs compétences en la matière.

Cependant, les lacunes existent toujours. Ainsi, et même si cet objectif apparaît déjà sur le curriculum éducatif de certaines écoles, nous ne pouvons pas ignorer un fait tout aussi important, voire plus. Avant que des maîtres et des professeurs apprennent aux enfants à dominer leurs pensées et leurs émotions, ceux-ci devraient déjà avoir été préparés au préalable.

« Votre intellect peut se tromper mais vos émotions ne vous mentiront jamais. »

-Roger Ebert-

Souvent, nous atteignons nous-mêmes notre étape adulte avec un monde d’insécurités. Nous nous levons aussi chaque jour en étant conscients qu’il nous manque des outils pour dominer nos émotions, ainsi que certaines habiletés pour mieux faire face aux adversités. Par conséquent, si nous ne commençons pas dans un premier temps à prendre conscience de notre propre analphabétisme émotionnel, nous pourrons difficilement avoir ce talent pour motiver les plus petits, pour leur inculquer des notions d’empathie, d’assertivité ou d’habiletés sociales…

enfants qui jouent

Une bonne « alphabétisation émotionnelle » nous fournit de grands bénéfices. Ainsi, une chose que nous apprendrons dans un premier temps est que chaque émotion a son espace et son utilité, que séparer les émotions « négatives » des « positives » n’est pas toujours juste car, en réalité, ces états que nous évitons tellement de sentir comme la tristesse ou la déception ont leurs espaces de connaissance, leur utilité et un sens précieux.

Il ne faut donc pas fuir nos émotions: il faut leur faire face pour savoir ce qu’elles veulent nous dire. C’est une forme sensationnelle d’auto-connaissance qui nous dote de grandes forces, qui offre un prisme plus large et plus flexible à notre regard… Par conséquent, n’écartons pas ou ne méprisons pas le besoin d’être « à jour » en matière d’émotions. Prêtons attention à ces mondes internes qui nous permettent de savoir reconnaître, exprimer, gérer et transformer ces sentiments pour qu’ils jouent toujours en notre faveur et pas contre…