Vivre pour les autres sans cesser de penser à soi

· 13 février 2016

Si nous voulions compter toutes les pensées qui traversent notre esprit au cours d’une journée, cela serait extrêmement difficile.

Parmi les 70 000 pensées générées par notre esprit au quotidien, en moyenne, il est logique de se dire qu’elles concernent majoritairement nos besoins primaires, et non pas les autres.

Nos propres allergies, nos goûts, nos problèmes (ne les oublions pas) sont au centre de notre esprit. Nous pensons bien plus à nous-mêmes qu’aux autres. C’est tout à fait logique.

Mais il est également possible qu’une grande partie de nos réflexions tourne autour des personnes qui nous sont chères.

Notre partenaire, notre famille, nos enfants et nos amis, pour ne citer qu’eux. Qu’il s’agisse de tâches que nous avons à faire avec eux, de conflits en cours ou d’inquiétudes, nous avons de nombreux sujets pour occuper notre esprit lorsqu’il s’agit des autres.

Il nous reste également un peu de place pour réfléchir autour de sujets bien plus superficiels et quotidiens : nous pensons à la coupe de cheveux de notre voisin dans le métro, ou nous réagissons à un programme de télévision que nous avons l’habitude de regarder. Des choses sans importance, mais qui occupent notre quotidien.

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Lorsque nous consacrons plus de temps aux autres qu’à nous-mêmes

Il a été prouvé que le temps que notre esprit consacre au reste du monde est parfois trop important, au vu du temps qu’il nous reste alors pour nous consacrer à nos propres problèmes.

Notre cerveau, notre esprit et notre volonté propre n’ont parfois plus assez de place pour se consacrer à nous-mêmes, car ils sont occupés par des pensées annexes, qui échappent à notre contrôle.

« A-t-il mal pris ce que je lui ai dit ? », « C’est de ma faute, j’aurais dû agir d’une autre manière », ou encore « Je suis un égoïste, pour une fois qu’il me demande de l’aide ».

Des phrases négatives qui nous font nous sentir mal, qui nous donnent une image désastreuse de nous-mêmes ou qui nous font penser que nous ne pas suffisamment bons avec les autres. Des pensées qui ne sont pas tournées vers nous-mêmes, pour notre défense, mais totalement vers les autres.

La capacité des humains à former dans leur esprit des phrases comme celles que nous venons de donner en exemple est incroyable. Et elles ont de fortes répercussions dans notre vie émotionnelle.

Penser excessivement aux autres se répercute sur nos émotions.

Nous pourrions penser que, de toute façon, ces pensées sont inévitables. Des millions d’arguments peuvent valider le fait que nous nous sentions ainsi. Mais, combien de nos réflexions sont tournées vers notre défense ?

Les messages éducatifs de notre enfance

La réalité est que, tout au long de notre vie, nous sommes exposés à des messages éducatifs comme : « il faut savoir partager », « il faut être bon envers les autres », ou bien « fais tout ton possible pour que les autres soient heureux ».

Nous parlons de messages éducatifs car nous y sommes principalement exposés durant notre enfance.

Nous avons besoin, en partie, de ces messages pour mûrir et définir nos propres valeurs. Mais ils ont un impact limité et parfois dangereux sur la personne adulte.

  • En premier lieu, il s’agit d’ordres. Ce sont toujours des phrases de ce type : « il faut que », « tu dois », etc. Ce ne sont pas des suggestions.
    Nous sommes donc contraints d’agir d’une manière déterminée par la société. Lorsque nous sommes adultes, nous n’avons plus besoin de ces injonctions pour savoir comment nous comporter.
    Nous sommes les seuls à pouvoir décider de notre conception du bien et du mal, de notre envie de partager ou non.
  • Dans un second temps, ces ordres sont dichotomiques. Ils ont un premier sens clair, celui de l’ordre, celui du « tu dois faire quelque chose ».
    Mais ils impliquent aussi le contraire : « Tu dois faire quelque chose, car sinon tu agiras mal ». Ils ne laissent absolument pas la place à une dose d’égoïsme nécessaire.
    Cette vision manichéenne rejette toute zone grise et dépeint une réalité en noir et blanc.
  • Enfin, ces ordres sont totalement subjectifs. Personne n’est capable de donner une définition exacte de ce qu’on entend par être bon, égoïste ou altruiste.
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Où est écrite la règle qui nous permet de considérer que nous sommes égoïstes ou non ? Combien de fois pouvons-nous ne regarder que nous-mêmes, en oubliant les autres ? Est-ce mal de le faire ?

Il ne faut pas oublier que les romains entendaient l’égoïsme comme « la pratique du moi ».

Pensez à vous-même, soyez votre priorité

Dans tous les cas, nous avons tous une vision personnelle des phrases que l’on nous impose, et nous essayons tous d’interpréter la réalité en nous plaçant du côté des « bonnes personnes ».

Nous rationalisons, nous argumentons dans ce sens, ou nous assumons le rôle du « méchant », dans lequel nous nous auto-punissons et nous nous astreignons à faire pénitence, pour nous repentir du mal que nous avons fait.

Quelle que soit la situation, nous sommes les protagonistes de notre histoire.

Sans que nous le voulions, nous sommes parfois entraînés dans une logique qui nous fait du mal.

Et nous consacrons notre temps, notre énergie et notre force à des personnes qui sont pourtant mal intentionnées à notre égard.

Et il est très difficile d’arrêter cela, même si nous en subissons les conséquences négatives. Nous sommes terrorisés par le fait de nous écarter du chemin qui a été tracé pour nous.

Réfléchir et rationaliser ces pensées avec calme et clairvoyance est la chose la plus difficile à réaliser, mais il s’agit pourtant d’un acte nécessaire et salvateur.

Il s’agit de ce petit moment où nous nous disons : « Ce que j’ai fait n’est peut-être pas si mal, j’ai sûrement besoin de temps pour moi, je ne peux plus consacrer autant aux autres, je dois être égoïste ».

Peut-être qu’être égoïste est parfois justifié. Peut-être qu’être égoïste signifie que nous nous aimons au moins un peu.