La vie d’Adèle : les deux visages de l’amour

· 4 mai 2017

 

Adèle est une adolescente qui cherche sa place. En pleine effervescence juvénile, elle rencontre Emma et ressent pour elle une fascination jusque là inconnue. Elle découvre ainsi son premier amour. Les premiers baisers, la passion, les premières caresses. L’engagement, la cohabitation. Mais avec le temps, apparaissent aussi les premières disputes, les premiers ennuis de la routine et les premières complications. Jusqu’au dénouement irrémédiable : la première perte amoureuse.

Le film nous parle de manière égale des deux visages de l’amour. D’une manière extrêmement réelle, tout comme lorsqu’Adèle mange des spaghettis. C’est un film sur la conscientisation autour de la diversité sexuelle mais c’est également un hymne à l’amour dans toutes ses versions. À l’amour universel, capable du meilleur comme du pire.

À l’amour comme moteur de vie, comme énergie, comme pulsion, comme source inépuisable d’émotions et d’actes. Lorsqu’on voit le film, l’amour se palpe, se ressent dans l’estomac, se sent presque par le nez. Les émotions sortent de l’écran et explosent sur notre rétine, nous faisant ressentir notre premier amour. En revivant, pour le bien et pour le mal, des émotions endormies, presque oubliées.

Les personnages principaux

Les deux actrices sont majestueuses, crédibles à chaque scène. Leurs cheveux, leur manière de se regarder, leurs gestes. Les deux personnages sont si bien interprétés que par moment, on assiste à une sorte d’espionnage réel, comme celui que l’on verrait à travers un judas.

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D’un côté, la jeune Adèle, avec sa queue de cheval toujours improvisée et mal coiffée, est inexperte dans la vie, émotive, passionnée, rude, sensuelle, pas sûre d’elle et forte en même temps. De l’autre côté, Emma, avec ses cheveux bleus et courts qui semble nous parler de la créativité, de l’originalité, de la vie intellectuelle et culturelle, la froideur, l’analyse, la tranquillité et la cohérence.

Ces deux moitiés s’entrechoquent, fusionnent un moment, teignant tout ce qui les entoure de bleu, jusqu’à ce qu’elles se séparent à nouveau. Une séparation qui laisse en chacun d’elles une conséquence, une empreinte, une marque.

Qu’est-ce que l’amour ?

Il existe une théorie psychologique puissante qui explique l’amour, sa genèse, ses composants et ses diverses formes : la théorie triangulaire de l’amour. Dans sont livre Le triangle de l’amour : Intimité, Passion et Engagement, Robert Sternberg affirme que pour que le véritable amour existe, il faut trois composants :

  • L’intimité : le besoin de se retrouver près de l’autre, aussi bien au niveau physique qu’au niveau émotionnel.
  • La passion : le désir sexuel et romantique accentué.
  • L’engagement : la volonté de conserver le lien établi avec l’autre personne et des actes de responsabilité concernant cela.

Les trois éléments apparaissent dans le film. D’abord, Adèle ressent le besoin de retrouver Emma, de la revoir, de mieux la connaître. Le désir d’intimité commence à s’activer. Ensuite, une fois que les frontières sont dépassées, nous voyons la passion, le désir sexuel.

Cet angle est forte et notable dans la relation qu’elles ont ensemble et jouera un rôle important dans la décision de former une relation de couple. Nous voyons qu’avec l’engagement, apparaissent les vraies complications et ce sera l’angle qui mettra en jeu la propre instabilité de la relation qu’elles ont.

Selon l’auteur de cette théorie, il est plus probable que la relation qui associe les trois éléments perdure plus longtemps que celle qui combine seulement un ou deux éléments isolés. Il existe 7 combinaisons possibles qui déterminent 7 types d’amour, selon Sternberg:

  • La tendresse : l’intimité.
  • L’amour romantique : l’intimité + la passion
  • L’attachement : la passion
  • Le coup de foudre : la passion + l’engagement
  • L’amour vide : l’engagement
  • L’amour social : l’intimité + l’engagement
  • L’amour consommé : l’intimité + la passion + l’engagement

 

Le premier amour

Selon cette même logique, nous pouvons dire que le premier amour que l’on ressent est totalement différent de ce que l’on a précédemment ressenti. Il est courant, comme dans le cas d’Adèle, que cela arrive pendant l’adolescence : c’est pour cela que lorsque l’on parle de premier amour, nous le situons à cette époque. Même s’il est évident qu’il n’arrive jamais pendant cette phase de la vie : il y a des personnes qui vivent des amours très tôt et d’autres plus tard.

D’un point de vue de la psychologie, il semblerait que le premier amour sera très déterminé par le type de lien que l’on aura développé pendant notre plus tendre enfance avec notre première figure d’attachement (en général la mère).

Le première sera aussi déterminante pour les futures relations que nous aurons. Il sera toujours une source inépuisable de nouvelles expériences dont nous apprendrons beaucoup. Ce que nous voulons mais également ce que nous ne voulons pas.

Le premier désamour

Dans la partie finale, nous voyons une Adèle brisée de douleur et de désolation car elle a souffert de la perte de son premier grand amour. Leur rencontre, après la rupture, est magnifique et déchirante car Emma lui assure qu’elle ne l’aime plus, mais qu’elle ressent une tendresse infinie pour elle.

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Si nous revenons au triangle de Sternberg, nous pouvons identifier cette tendresse comme le désir d’intimité dans l’absence de la passion et du compromis. Pourtant, malgré les mots d’Emma, nous voyons que la passion est là et reste des deux côtés. C’est ce qui arrive dans de nombreuses relations qui se brisent, où la passion et le désir sexuel envers l’autre personne continuent à être présents.

Lorsque nous parlons du premier désamour, nous faisons référence à la première grande perte amoureuse, celle dont on souffre, dont on apprend, dont on grandit. Si on parle de processus psychologiques, la première perte amoureuse pourrait se définir aussi comme un processus de deuil et il existe donc une série d’étapes par lesquelles il faut passer pour accepter la perte.

Curiosités et fin

Le film est l’adaptation de la bande dessinée Blue is the warmest color, un roman graphique de Julie Maroh, élaborée dans la gamme chromatique des bleus. C’est pour cela que dans le film, tout est imprégné de bleu, des cheveux d’Emma à la robe d’Adèle. Ce traitement de la couleur rappelle un peu la trilogie Trois Couleurs, notamment le film Bleu avec Juliette Binoche, où le bleue ne signifie pas l’amour mais la liberté.

Le véritable titre de ce film est La Vie d’Adèle, chapitres 1 et 2, ce qui laisse la porte ouverte à d’autres chapitres sur le devenir de cette jeune fille. Des chapitres que nous attendons, pas seulement pour savoir ce qui arrive dans la vie d’Adèle, mais également dans l’évolution artistique d’Adèle Exarchopoulos, la merveilleuse actrice qui l’interprète.