« Comment vas-tu ? » : cette phrase que tout le monde aime entendre

26 août 2017 dans Emotions 448 Partagés

Un « Comment vas-tu ? » accompagné d’un sourire sincère et d’un regard qui accueille dans l’attente d’une réponse est thérapeutique et réconfortant. Parfois, nul besoin de plus, car il suffit de deux mots magiques pour sentir que l’on est sain-e et sauf-ve, relié-e à quelqu’un qui compte et accueilli-e avec les cinq sens du cœur pour se rendre compte que tout ira bien, quoi qu’il arrive.

La psychologie évolutive, aussi curieuse semble-t-elle, a beaucoup à dire dans ce sujet. Dans ce courant, on défend l’idée selon laquelle l’être humain a développé son intelligence sociale en favorisant le soin et la protection des membres du groupe et en rejetant le/la chasseur-se ou le/la cueilleur-se qui était « libre », l’individu qui ne coopérait pas, qui ne voyait que son propre profit en refusant ou ne soutenant pas ses semblables.

« Le principe le plus profond du caractère humain est le désir d’être estimé, reconnu et valorisé. »

-William James-

Les multiples recherches archéologiques et ethnographiques nous démontrent aussi qu’aux débuts de notre agriculture, la coopération pacifique et l’altruisme étaient habituels. Que grâce à eux, on a pu sans aucun doute avancer en tant qu’espèce. De même, il est évident que les Néandertaliens prenaient soin de leurs anciens avec une attention délicate. Ils les honoraient sans rien attendre en échange, et ensuite, ils faisaient des cérémonies d’enterrement pleines de symboles émotionnels et religieux.

Tout cela nous démontre clairement que prendre soin des autres, les écouter, les soigner… est sûrement ce qui rend le plus digne une espèce déterminée, un groupe social. Tout comportement destiné à apporter du soulagement, du soutien ou de l’attention a un impact positif sur notre bien-être physique et psychologique, nous aide à survivre, à se connecter les un-e-s aux autres de manière transcendante et significative.

C’est pour cela qu’un « Comment vas-tu ? » énoncé de manière sincère ou écrite, même dans un message, peut faire beaucoup plus que ce que l’on croit…

Je suis là pour t’aider, je suis là pour toi et je ne vais rien de demander en échange

David Graeber est un célèbre anthropologue qui a acquis sa notoriété grâce à son activisme social. L’une de ses théories les plus récurrentes est celle où il focalise sa vision critique sur la manière dont l’argent et l’économie détruisent complètement notre altruisme primitif, notre « gène » de la cohésion, de cette union essentielle entre les groupes humains qui préserve notre survie, notre bien-être et notre harmonie.

Pour justifier cette idée, Graeber nous parle des Inuits du Groenland ou Iroquois. Il explique que dans ces communautés, il a toujours existé non seulement une préoccupation sincère des uns pour les autres, mais également que l’idée de payer pour un service ou même l’obligation de rendre la pareille n’est pas concevable. Comme le disent les Inuits : « dans notre pays, nous sommes humains et nous nous préoccupons les un-e-s des autres. » Si quelqu’un a besoin de chaussures, il n’a qu’à demander. Si un-e chasseur-se n’a pas passé une bonne journée, ses voisin-e-s partageront leur repas avec lui/elle.

Comme nous le voyons, dans le passé et dans certaines sociétés actuelles, il y a des groupes de personnes qui basent toutes leurs interactions sur l’altruisme et un intérêt intrinsèque, authentique et constant envers cet être humain qui, tout comme soi-même, traverse des difficultés, des besoins, des peurs, des faims, des solitudes etc. Il y a donc une volonté sincère de porter le regard au-delà de la petite île de l’ego pour résoudre les frontières individuelles et apprécier ainsi l’autre comme une partie de soi-même.

Quelque chose que, sans aucun doute, nous devrions mettre plus en pratique dans nos sociétés avancées et en apparence « avantagées ».

Un « Comment vas-tu ? » thérapeutique, qui va au-delà des formalités

Admettez-le, aujourd’hui, l’expression la plus fréquente dans le langage poli est le classique « Comment vas-tu ? » Nous le « lâchons « sans attendre de réponse, comme pour débuter un dialogue où nous attendons rarement que la personne nous réponde sincèrement, car nous ne laissons quasiment pas de temps à sa réponse ou parce que, tout simplement, nous préférons les formalités à la sincérité, l’apparence à l’authenticité émotionnelle.

Dans cette société de l’incommunication, comme dirait Eduardo Galeano, il semblerait que nous avons oublié ce principe d’humanité des Inuits ou de nos ancêtres les plus primitifs. Plus que des chaussures, plus qu’un dîner ou un vêtement, ce dont nous avons besoin, c’est du soutien, de la considération, de la proximité, de l’intérêt et de l’attention.

Nous avons besoin de mots sincères et de personnes intéressées par nous, qui nous écoutent. Nous voulons que derrière un « comment vas-tu ? », il y ait un silence, une attente et un regard qui transmettent la confiance nécessaire pour s’épancher, et confier ses trous noirs les plus cachés.

Il faut savoir qu’il n’est pas nécessaire que quelque chose en particulier survienne pour avoir besoin de ce dialogue thérapeutique capable de favoriser la libération émotionnelle. La plupart des fois, ce « comment vas-tu ? » embellit notre journée, nous fait du bien, comme si nous participions à un tout, qui réunirait des pièces lumineuses d’un grand engrenage grâce auquel la vie acquiert plus de sens, plus d’authenticité.

Ne négligeons pas les nôtres, ne tombons pas dans de simples formalismes et pratiquons l’art de la considération, de la reconnaissance et de la réciprocité. Pratiquons le « comment vas-tu ? » au quotidien en nous préoccupant vraiment du bien-être des personnes qui comptent pour nous.

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Images de Clare Elssaeser

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