Troubles d'intériorisation : l'origine de la souffrance infantile

Prenons soin de l'enfant triste, irritable ou renfermé. Derrière ce visage peut se cacher l'ombre d'une dépression, d'un problème psychologique qui se manifestera via des symptômes internalisés tels que l'isolement ou la perte de motivation.
Troubles d'intériorisation : l'origine de la souffrance infantile

Dernière mise à jour : 24 novembre, 2020

Timidité extrême, préoccupation, peurs, phobies, changements d’humeur… Les enfants peuvent parfois montrer des comportements qui n’ont pas grand-chose à voir avec leur caractère. Dès lors, comprendre, connaître et détecter les premiers indicateurs de troubles d’intériorisation peut nous aider, par exemple, à traiter et prévenir la dépression infantile.

Il y a un fait qui ne manque presque jamais lorsque nous parlons du comportement des plus jeunes. Les plus turbulents et indisciplinés retiennent toujours notre attention. Tant à la maison comme en classe, il est impossible de ne pas faire attention à un enfant qui est violent, qui provoque, qui répond et qui reste rarement immobile.

Ce type de profil s’inscrit dans les troubles d’extériorisation. En d’autres terme , ils réagissent à leur environnement en se faisant remarquer de manière évidente.

À l’inverse, il y a des enfants qui, loin d’être problématiques, se font à peine remarquer. Il s’agit de ceux qui vivent au fond de la classe, en silence, dans leur propre monde. Ces enfants fuient le monde et évitent à tout prix d’attirer l’attention.

Ils suscitent rarement l’inquiétude des enseignants ou des professeurs. Cette docilité et cette sérénité sont d’une certaine manière appréciées dans la mesure où les salles de classe sont si diverses et les besoins si différents.

Négliger ces enfants ou adolescents peut toutefois être très grave. Bien qu’ils se cachent derrière leur apparence insaisissable et sereine, ils appellent en réalité à l’aide. Approfondissons le sujet.

Troubles d'intériorisation : un enfant triste peut cacher un problème psychologique.

Troubles d’intériorisation : définition, symptômes et traitement

“Oui, dernièrement il est toujours collé à moi, il ne se sépare jamais de moi.” “Il est timide, il fait partie de ces enfants qui ont peur de tout.” “Il faut constamment que je lui donne des médicaments, quand ce n’est pas un mal de ventre, c’est une allergie de la peau…”

Ces types de commentaires sont fréquents chez les parents d’enfants souffrant de troubles d’intériorisation. Il est généralement difficile de voir que ce comportement cache en réalité un problème psychologique. Le problème apparaît notamment lorsque cet enfant qui n’a pas reçu l’attention nécessaire pendant son enfance atteint l’adolescence.

A ce stade de changements, et donc de plus grande vulnérabilité, apparaît une manifestation plus évidente de cette psychopathologie interne. C’est à ce moment que des idées d’automutilation et même suicidaires peuvent apparaître.

Des recherches, comme celle menée à l’Université de Pennsylvanie, mettent en évidence l’importance de développer des programmes de traitement et de prévention précoces des troubles d’intériorisation. Les auteurs notent que les enfants souffrant de troubles psychologiques non détectés sont plus susceptibles de souffrir de problèmes scolaires et d’exclusion sociale.

Le plus grave est toutefois le risque de suicide. Le taux de suicide a en effet augmenté ces dernières années pour devenir, selon les données de l’OMS, la troisième cause de décès chez les jeunes entre 15 et 19 ans.

Que sont les troubles d’intériorisation ?

Selon Achenbach, Edelbrock et Howell (1987), les troubles mentaux qui affectent les enfants peuvent être divisés en deux typologies : les comportements d’extériorisation (agressivité, problèmes de comportement, désobéissance…) et d’intériorisation, qui renvoient aux manifestations somatiques dues à l’anxiété, au stress ou à la dépression.

Les troubles d’intériorisation sont très fréquents pendant l’enfance. Ils se manifestent comme suit :

Symptômes émotionnels

  • Peur excessive (obscurité, animaux, nouvelles situations …).
  • Abattement, attitude triste et apathique.
  • Sentiment d’infériorité.
  • Problèmes de concentration.
  • Négativité, sentiment que de mauvaises choses arriveront toujours.

Symptômes comportementaux

  • Attachement excessif et dépendance à l’égard des adultes.
  • Manque de motivation.
  • Rien n’attire l’intérêt de l’enfant ou de l’adolescent. Passe d’un loisir à un autre sans se passionner pour aucun.
  • Tendance à être en retrait.
  • Peu actif, tendance à s’asseoir ou à s’allonger toute la journée.
  • Problèmes académiques et mauvais rendement.

Manifestations somatiques

  • Douleurs d’estomac sans cause apparente.
  • Maux de tête constants, étourdissements sans déclencheur clair.
  • Apparition d’allergies, notamment de la peau.
Un enfant triste peut cacher un trouble d'intériorisation.

Quelle est l’origine des troubles d’intériorisation ?

Ce qui se cache derrière cette symptomatologie d’intériorisation sont des troubles anxieux et des dépressions. Ces réalités tendent à passer inaperçues dans l’enfance pour deux raisons.

Nous l’attribuons à des questions de caractère, aux changements typiques de l’âge. Il n’est pas difficile de penser, par exemple, qu’il est normal qu’un préadolescent soit un peu plus passif et introverti.

Nous ne pouvons par ailleurs pas négliger l’aspect familial. Beaucoup d’enfants qui présentent ce types de troubles proviennent d’environnements difficiles. Il s’agit de foyers où les stratégies parentales sont mauvaises, car elles négligent l’aspect émotionnel de leurs enfants.

Ces parents ne détecteront jamais le problème, l’environnement scolaire étant le seul scénario capable de comprendre la réalité que vivent ces derniers. Les déclencheurs de ces conditions psychologiques sont donc souvent assez complexes.

Le stress est aussi un facteur important (changement d’école, séparation des parents …). Nous ne pouvons non plus ignorer les variables de la personnalité ainsi que les facteurs génétiques.

L’ approche thérapeutique

L’approche thérapeutique du traitement des troubles d’intériorisation chez les enfants est systémique. Autrement dit, nous ne devons pas nous concentrer uniquement sur la dimension émotionnelle. Connaître l’environnement familial est en effet toujours décisif et déterminant.

Des stratégies permettant aux enfants et aux jeunes de comprendre leurs émotions, connaître les réactions de leur propre corps lorsque, par exemple, ils souffrent d’anxiété doivent toujours être proposées. L’amélioration de leurs compétences sociales, de leur affirmation de soi et de leur estime de soi leur permettra d’évoluer progressivement vers la sérénité.

Ils seront ainsi plus sûr d’eux, plus calmes, plus confiants lorsqu’ils devront interagir avec à leur environnement. Savoir détecter précocement les symptômes de ces réalités cliniques infantiles devrait constituer l’une des priorités de nos sociétés.

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