Transhumanisme : l'objectif d'améliorer nos capacités

Selon l'imaginaire transhumaniste, nous allons voir apparaître dans quelques années une espèce post-humaine génétiquement améliorée et dotée de plusieurs interfaces technologiques qui amélioreront ses capacités physiques et intellectuelles.
Transhumanisme : l'objectif d'améliorer nos capacités

Dernière mise à jour : 12 mars, 2021

Le transhumanisme n’est pas une utopie, même s’il semble l’être. Il est en train de se produire, en ce moment même. Nous parlons d’appliquer les nouvelles technologies et les progrès scientifiques les plus sophistiqués pour améliorer les capacités humaines.

De cette façon, nous pourrions non seulement mettre un terme aux maladies neurodégénératives, comme Alzheimer, mais aussi donner forme à un saut évolutif non naturel. Ce que beaucoup appellent le posthumanisme ou la technogenèse est déjà là.

Il suffit de se souvenir de la présentation d’il y a quelques mois qu’a faite Elon Musk à propos de son entreprise Neuralink, destinée à développer des interfaces qui permettent de connecter le cerveau humain à un ordinateur. Le monde cyborg est un projet scientifique et philosophique qui se développe silencieusement depuis des années.

Ainsi, et même si cette donnée peut nous surprendre, nous avons déjà, parmi nous, des personnes améliorées technologiquementKevin Warwick, scientifique, ingénieur et professeur de cybernétique à l’Université de Reading, en est un exemple.

Il s’est lui-même implanté un chip pour connecter son système nerveux à un ordinateur et ainsi obtenir des connaissances pour développer un bras cybernétique chez des personnes qui en auraient besoin. Et ce n’est pas le seul exemple.

L’artiste Neil Harbisson souffrait d’achromatopsie (incapacité à percevoir les couleurs). Il vit désormais avec un chip dans son crâne qui lui permet d’« écouter » l’énergie électromagnétique des couleurs.

En d’autres termes, il est maintenant le témoin d’un type de synesthésie à travers laquelle les sons se transforment en couleurs. Cela lui a permis de devenir l’un des artistes les plus avant-gardistes du moment. Même si cela nous terrifie et nous fascine en même temps, le monde cyborg est bien là.

« Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie ».

– Arthur Clark –

Neil Harbisson.

Le transhumanisme : qu’est-ce que c’est ?

Le transhumanisme est un mouvement sociopolitique, intellectuel, philosophique et scientifique qui plaide pour l’utilisation de la technologie afin d’ « améliorer » l’être humain. Cette amélioration, cette volonté d’optimiser nos capacités vers des limites insoupçonnées, déboucherait sur les post-humains.

L’idée effraie mais les colloques, les conférences et les études sur ce sujet sont de plus en plus habituels. Ainsi, des études comme celles réalisées par le docteur en philosophie Allen Porter, de l’Université Rice du Texas, nous signalent que nous avons besoin de comités de bioéthique pour analyser, débattre et réfléchir à cette réalité imparable.

Aujourd’hui, nous voyons un antagonisme évident entre les techno-progressistes (ceux qui défendent la validité du transhumanisme) et les bioconservateurs (ceux qui résistent à cette transformation). Analysons cela en détail.

Les techno-progressistes et le besoin d’une technogenèse de l’être humain

Les transhumanistes développent et se focalisent sur l’utilisation de deux types de technologies : l’ingénierie génétique et les interfaces cerveau-machine. Ce mouvement progresse depuis des décennies. Il se développe grâce au soutien de grandes entreprises ainsi qu’à l’impulsion sociopolitique.

  • Des domaines comme la biogénétique, la nanotechnologie, les sciences cognitives, la robotique et l’intelligence artificielle ont un objectif clair : améliorer les capacités physiques, cognitives, sensorielles et même émotionnelles de l’être humain.
  • La neurorobotique développe, depuis des années, des mécanismes innovants basés sur la technologie pour réhabiliter ou pallier les déficiences des personnes qui souffrent d’un handicap.
  • William Grey Walter, neurologue et père de la robotique, a créé en 1948 sa machina speculatrix, le premier prototype de robot. Dès lors, les progrès n’ont pas arrêté.
  • On travaille également à la conception de nouveaux médicaments capables de contrôler les neurotransmetteurs avec une précision absolue et ainsi moduler les émotions. Cela nous permettra de mettre fin à l’impact des troubles de l’humeur, des traumas, etc.
  • Les techno-progressistes font appel à la philosophe post-moderne de Nietzsche pour miser sur le développement d’un superhumain amélioré technologiquement.
Une femme dans des nombres verts.

L’Homo excelsior et le saut dans notre évolution

Jusqu’à aujourd’hui, l’évolution de l’être humain ou hominisation a suivi les règles propres à ce progrès biologique lent, progressif et naturel que dicte notre espèce. Le transhumanisme affirme désormais que nous pouvons prendre le contrôle et nous diriger vers l’Homo excelsior.

  • Ce saut évolutif de l’Homo sapiens à l’Homo excelsior passe par l’intégration de différents aspects. Le premier est que le futur peut être dominé par cette nouvelle forme d’êtres humains.
  • Le second nous invite à réfléchir à ce que cela suppose. L’ingénierie génétique nous permettrait de combattre et d’éviter des maladies qui sont aujourd’hui mortelles.
  • Nous serons génétiquement améliorés, non seulement pour jouir d’une meilleure santé mais aussi pour vivre plus longtemps et freiner le vieillissement.
  • Selon le transhumanisme, nous serons plus vertueux et plus heureux.

Les implications bioéthiques du transhumanisme

Le plus grand représentant de ce mouvement est Nick Bostrom, professeur à l’Université d’Oxford et président de l’Association Transhumaniste Mondiale. Selon lui, ce saut évolutif contrôlé par l’homme est inévitable. On travaille déjà, par exemple, à la création de machines super-intelligentes qui combineront une partie organique à l’intelligence artificielle.

Par ailleurs, on est en train de développer des moyens pour la future réanimation de patients en suspension cryogénique. Tout cela, plus que nous inquiéter, suppose déjà d’entrer dans des considérations bioéthiques qui n’ont pas encore été abordées en profondeur.

On critique par exemple l’idée selon laquelle l’être humain sera plus heureux parce qu’il aura de meilleures capacités, vivra plus longtemps ou esquivera des maladies qui sont aujourd’hui incurables. Qu’est-ce qui garantit, en réalité, que tout cela nous rendra vraiment heureux ?

En outre, on retrouve des aspects très discutables comme la sélection embryonnaire, les problèmes non analysés sur la nanotechnologie appliquée au cerveau ou la façon dont seront ces personnes définies par un contrôle absolu de leurs émotions. Que se passera-t-il dans la tête d’une personne ressuscitée après avoir été cryogénisée ?

Pour conclure, tout cela ouvre un débat profond et intéressant, même s’il ne servira sûrement pas à grand-chose. Les progrès de la science et de la technologie sont imparables, et c’est une chose avec laquelle nous allons devoir vivre.

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