Friedrich Nietzsche : biographie du penseur de par-delà le bien et le mal

05 août, 2020
Quel genre d'homme était ce célèbre philosophe ?

Les noms d’auteurs classiques tels que Aristote, Platon ou Épicure nous viennent normalement à l’esprit lorsque nous songeons à la philosophie. L’un des noms qui apparaît néanmoins le plus fréquemment si nous pensons à des auteurs plus récents est Friedrich Nietzsche.

Friedrich Nietzsche s’intéressa profondément à trois thèmes qu’il développa tout au long de son travail: l’idée du surhomme, la fin de la religion comme modèle de valeurs dans la société moderne et ses réflexions sur le bien et le mal.

Son influence s’étendit à de nombreux autres penseurs, écrivains et personnages influents du XXe siècle. La libre réinterprétation de certaines parties de ses écrits fut utilisée pour justifier de nombreuses actions du parti nazi dans les années 1930. Les idées de Nietzsche étaient révolutionnaires. Elles constituèrent alors une source importante pour le nazisme, qui l’adapta à son idéologie.

Nietzsche publia de nombreux ouvrages et ses contributions à la philosophie eurent un poids considérable. Ses textes, bien que traitant de questions philosophiques, constituent une lecture exceptionnelle et estompent en quelque sorte la fine ligne qui existe parfois entre le littéraire et le purement philosophique.

Il souffrit, lors de la dernière étape de sa vie, d’une maladie mentale qui l’éloigna complètement de son travail. Passons donc en revue la vie et l’œuvre de ce brillant penseur.

“Nietzsche est l’un des auteurs les plus révolutionnaires de l’histoire de la philosophie. Ses idées ont marqué un avant et un après, se distinguant radicalement la tradition précédente.”

Un portrait de Friedrich Nietzsche.

La jeunesse de Friedrich Nietzsche

Friedrich Nietzsche est né à Röcken bei Lützen, en Prusse, le 15 octobre 1844. Son père était un prédicateur luthérien. Il inculqua donc à son fils un amour inconditionnel pour Dieu et pour la vie religieuse. Il mourut dans d’immenses souffrances et une profonde douleur alors que Friedrich n’avait que quatre ans.

Cela semble avoir laissé une marque profonde chez l’enfant, qu’il ne parvint jamais à guérir complètement. L’immense amour qu’il ressentait pour son père, qu’il considérait comme une bonne personne, et les souffrances infligées par Dieu lors de sa mort prématurée, ébranlèrent les fondements de la vie de Nietzsche. Il resta donc enlisé dans une profonde dissonance cognitive dès son plus jeune âge.

Nietzsche ne parvint jamais à comprendre comment un Dieu bienveillant pouvait infliger un tel tourment à quelqu’un qui l’avait servi, comme ce fut le cas de son père.

Il étudia un mélange de littérature, linguistique et histoire à l’Université de Leipzig. Il rencontra Richard Wagner, pour qui il développa une profonde admiration, lors de son cursus universitaire. C’est à peu près à la même époque queles écrits d’Arthur Schopenhauer l’attirèrent fortement.

Wagner et Nietzsche partageaient une passion pour Schopenhauer. Il s’agit toutefois de ce qui, paradoxalement, conduisit au déclin de leur amitié.

Les travaux de Friedrich Nietzsche

Friedrich Nietzsche enseigna en tant que professeur de philologie à Bâle lorsqu’il termina ses études. Il commença alors à se distancier de la pensée de Schopenhauer et à écrire ses premiers travaux axés sur les nouvelles valeurs de la société moderne.

Son amitié avec Wagner se détériorait alors que les idées du compositeur se centraient sur le processus moral qui rachète l’être humain de la vie.

Wagner était ouvertement antisémite et extrêmement égocentrique. Il semble que Nietzsche ait fini par considérer les idées de son ami comme une trahison au principe de l’esthétique qui loue la vie par dessus tout.

Nietzsche souffrit un trouble nerveux au cours des années 1880. Il dut alors s’isoler complètement pendant une longue saison. Mais cet isolement constitua néanmoins une période très fructueuse. Il l’amena à développer des points clés sur lesquels reposeront les fondements de sa pensée philosophique.

L’une de ses déclarations les plus célèbres commença à prendre forme lors de cette étape : “Dieu est mort, Dieu reste mort et nous l’avons tué”. Le nihilisme par lequel il serait connu commençait à se renforcer dans sa pensée. Son rejet du christianisme et de ses valeurs en tant que force significative dans la société se renforçait de plus en plus.

Pourquoi le nihilisme ? Pourquoi Dieu est-il mort? Ce n’est pas que Dieu soit mort au sens strict du terme, mais que, pour Nietzsche, il n’y a plus rien en quoi croire, il n’existe plus d’universalité des valeurs morales.

Nietzsche détruit les anciennes valeurs, rejette l’autorité et la soumission du troupeau. Il construit son idée du surhomme, de la volonté de puissance, de la création et de la destruction des valeurs.

Nietzsche s’éloigna de toute philosophie traditionnelle. Il nous parle de l’idée de l’éternel retour et place la volonté de puissance au-delà du bien et du mal. C’est ainsi que se façonna la pensée de l’une des personnes qui contribua le plus à la philosophie contemporaine.

Friedrich Nietzsche écrivit certaines de ses œuvres les plus reconnues à cette époque: Ainsi parlait Zarathoustra, Par-dele bien et le mal, La Généalogie de la morale et Le crépuscule des idoles.

Les idées du surhomme, de l’individu qui s’efforce d’exister au-delà de ce qui est considéré comme bon et mauvais, sont énoncées dans Ainsi parlait Zarathoustra. Il finira de les dessiner dans L’Antéchrist où son rejet absolu du troupeau, de la soumission, deviendra encore plus évident.

Un livre de Friedrich Nietzsche.

Friedrich Nietzsche : dernières années et maladie

Nietzsche souffrit de dépression nerveuse en 1889. Ceci lui généra une déficience mentale dont il ne se remettrait jamais. Sa maladie mentale ne fut pas diagnostiquée à temps. De nombreux auteurs l’attribuèrent toutefois à des causes héréditaires, une tumeur au cerveau, la syphilis et même l’utilisation excessive de substances sédatives.

Il resta alors isolé dans la maison familiale qu’il partageait avec sa sœur à Weimar, en Allemagne. Il s’agissait de l’époque où le parti nazi commençait à avoir des sympathisants en Allemagne. La sœur de Nietzsche était l’une des partisanes les plus ferventes des nouvelles idées du nazisme.

Il semble que ce soit elle qui, profitant de la détérioration des facultés mentales de son frère, ait donné une bonne partie de son travail à ses amis du parti nazi. Nous pensons même qu’elle organisa des visites chez lui pour montrer l’état de son frère. Comme s’il s’agissait d’une sorte de spectacle macabre. Friedrich Nietzsche décéda finalement le 25 août 1900.

Héritage et influence

Nietzsche fut considéré comme l’un des personnages les plus influents de la philosophie du XXe siècle. Son concept du sens de l’existence, de la moralité et de l’individualité des personnes influença considérablement le travail d’autres grands penseurs du XXe siècle, tels que Sigmund Freud, Carl Jung ou Michel Foucault, notamment.

Le parti nazi utilisa une partie de son travail après sa mort. Il s’agissait toutefois d’une utilisation trompeuse, sélective et hors contexte certaines de ses idées les plus importantes.

L’idée controversée du surhomme peut en effet être utilisée de manière négative. Des personnes malintentionnées  pourraient l’interpréter comme la supériorité de certains hommes sur d’autres. Oui, Nietzsche critiquait le troupeau, mais ses idées étaient éloignées de la pensée nazie.

Nietzsche, en outre, contribua énormément à son interprétation de l’Apollonien et du Dionysien, l’appliquant aux divers arts.

Fou ou sain d’esprit ? Raison ou déraison ? Nietzsche était au-delà de cela. Il fait partie de ces auteurs qui allient raison et déraison, qui estompent les notions de bien et de mal.

Nous pourrions écrire une infinité de pages sur Nietzsche et ses contributions à la philosophie. Il n’existe toutefois pas de meilleur moyen de connaître Nietzsche que par Nietzsche lui-même. En d’autres termes, plongez-vous dans ses textes, dans son travail, dans son héritage fondamental.