La sagesse du Petit Prince

· 14 juillet 2015

De nombreuses personnes du monde entier ont été marquées par l’histoire du Petit Prince. Et avant de lire le livre, beaucoup de lecteurs pensaient qu’il s’agissait d’un conte de fées, de princes, de princesses et de sorcières.

La grande surprise est d’y trouver une magnifique métaphore de l’amour, de l’amitié et de la vie. 

Mon passage préféré est la rencontre du Petit Prince avec le renard. Je l’ai appris par coeur et je l’ai répété en entier à mon premier amour, ligne par ligne, en dégustant cette sensation de fascination.

Il a pensé que je n’avais pas toute ma tête. Mais il s’en souvient toujours et il dit que c’est peut être la raison pour laquelle nous sommes toujours amis, après tant d’années.

Ce livre contient des passages extraordinaires, comme celui où le renard, après avoir sondé le petit garçon, reste là,  à le regarder et lui dit « s’il te plait… apprivoise-moi ».

Cet « apprivoisement » auquel jouent le renard et le Petit Prince, est avant tout une leçon de tact et de patience, qui consiste à apprendre à s’approcher lentement de l’autre.

Cela n’a rien à voir avec ce que vivons en ces temps agités. Les relations entre les personnes se font et se défont avec une facilité qui peut paraître parfois déconcertante.

Les liens affectifs paraissent avoir acquis une certaine marque industrielle. Ils sont mis en valeur pour leur utilité et sont rejetés dès lors qu’ils ne sont plus rentables.

Cela est surtout vrai pour les relations de couple, qui sont particulièrement instables aujourd’hui. Il n’y a pas beaucoup d’intérêt pour ce parcours d’apprivoisement dont le Petit Prince parle au renard.

Le rapprochement lent est également vu comme une pratique obsolète. A quoi bon attendre? Il y a une certaine voracité qui s’exprime par la soif de posséder quelqu’un en une seule fois. 

Dans ce même passage du Petit Prince, le thème du rituel est également assez inspirant.

« C’est une chose trop oubliée » dit le renard. Et il ajoute que les rites sont une manière de faire pour qu’un instant ne soit pas semblable à un autre, et que les moments uniques atteignent leur véritable valeur.

Pas n’importe quand, à n’importe quelle heure ni de n’importe quelle manière. Que le coeur puisse se préparer à ressentir avec intensité ce qui est sur le point d’arriver. Que les sens soient en alerte. Que l’esprit soit ouvert aux choses merveilleuses.

Cela n’est pas non plus très respecté par les temps qui courent, car les rituels ont tendance à se standardiser.

Nous les avons convertis en moments de consommation. La Saint Valentin ou Noël ont plus de rapport avec les achats, les cadeaux et les relations sociales qu’avec de véritables commémorations.

Les commerçants mettent en place des plans d’action destinés à ces occasions, et nous nous y adaptons  sans nous poser les questions de leur véritable sens.

Les rituels font que notre coeur bat plus fort seulement s’il y a une part de découverte.

Quand nous avons l’occasion de faire un nouveau pas sur le chemin vers le monde inexploré de l’autre, ou d’un groupe de personnes, cela a une vraie signification dans notre vie.

Nous passons à côté de tant de bonheur à cause de notre hâte et des automatismes de la vie.

La signification de l’au revoir est très belle dans ce chapitre du Petit Prince. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la séparation est la colonne vertébrale de ce parcours de rapprochement.

Pourquoi apprivoiser l’autre si, finalement, vous êtes de passage et qu’à un moment donné vous devrez partir ? : « Alors tu n’y gagnes rien » dit l’enfant au renard.

Mais une nouvelle fois, celui-ci le contredit : “J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé”.

Il ne se réfère pas aux blés des champs mais à la couleur des cheveux de son nouvel ami.

Depuis le début, le renard avait averti que le blé, qui ne signifiait rien par le passé, avec l’apprivoisement, allait se transformer en une rumeur, qui se souviendra toujours du passage du Petit Prince.

Une belle métaphore pour dire que la signification du monde qui nous entoure est donnée par les expériences qui nous y associent.

En d’autres termes, toute la planète et ce qui la compose n’a pas de sens, dans sa solitude. Sa valeur et sa raison d’être est donnée par chaque personne qui y vit.

C’est pour cela que la phrase « rien n’a de sens » est tout à fait vraie, car le sens est donné par vous uniquement. Et, comme dans le Petit Prince, ce sens apparaît souvent comme l’écho de quelque chose qui n’est déjà plus.

Ce chapitre du Petit Prince se termine par un au revoir. C’est à ce moment que le renard offre son plus grand cadeau à celui qui a su l’apprivoiser : une vérité.

« On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux » lui dit-il.

Et l’enfant le répète pour le garder dans sa mémoire. Dans ce livre et dans la vraie vie, c’est de cette façon que les liens qui perdurent toute la vie, commencent.

Image de Ramiro Figueroa