Une relation toxique entre les parents laisse des séquelles chez les enfants

22 juin 2017 dans Psychologie 3042 Partagés

Quiconque maltraite psychologiquement son conjoint, se sert du chantage, méprise, humilie et réduit à néant une estime de soi exerce aussi une maltraitance indirecte mais atroce sur ses propres enfants. Ceux-ci, témoins constants d’une relation toxique, deviennent les premières victimes et les tristes dépositaires d’un héritage émotionnel marqué par des séquelles parfois irréversibles.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et le Forum Economique Mondial (FEM), les maladies mentales sont les premières causes d’incapacité de travail dans le monde. Une grande partie d’entre elles, aussi curieux que cela nous paraisse, trouve sa source dans les relations toxiques ou abusives et dans l’impact psychologique qu’elles laissent chez les personnes. Des indicateurs comme le stress post-traumatique, les dépressions, les troubles de l’anxiété, la douleur chronique, l’asthme ou même le diabète sont également des marques silencieuses mais persistantes de ce type de liens dysfonctionnels.


« Pendant l’enfance, il n’y a aucun besoin aussi fort que le besoin de protection des parents. »

-Sigmund Freud-


Les institutions sociales et sanitaires signalent aussi ce besoin « d’habiliter » les victimes de ce type d’abus psychologique ou physique dans le couple et non de les stigmatiser. Par « habiliter », on fait référence au fait de doter ces personnes, hommes ou femmes, de ressources adéquates et de stratégies d’affrontement pour se revalider psychologiquement et émotionnellement et ainsi être réintégrés normalement à leurs vies.

Bien, mais ce que l’on néglige, oublie ou met souvent de côté est la figure de ces enfants qui, dès leur plus jeune âge, sont les témoins de ces dynamiques nuisibles, de ces atmosphères si toxiques. Ces petit-e-s ont intériorisé silencieusement chaque atome, chaque geste, chaque son, chaque cri, chaque mot et chaque larme versée dans leurs esprits doux et innocents sans que l’on sache très bien l’impact que peut avoir le jour suivant sur leurs vies.

Car nous ne pouvons pas oublier que le cercle de la violence est comme un ouroboros qui mord constamment sa propre queue et qui perpétue encore et encore les mêmes faits, les mêmes dynamiques. Ces enfants qui sont aujourd’hui les témoins d’une relation toxique seront peut-être dès demain de nouvelles victimes ou de nouveaux bourreaux.

Être témoin d’une relation toxique nous transforme aussi en victimes

« Non, je n’ai jamais levé la main sur mes enfants ou sur mon mari/ma femme ». Il s’agit d’une réaction tristement commune chez les bourreaux ou exécuteurs de cette maltraitance psychologique où l’on ne retrouve ni marques, ni coups mettant en évidence chaque blessure, chaque violation et chaque conduite nocive exécutée dans l’intimité et le microcosme d’un foyer.

Malgré tout, et même si cela peut paraître curieux, le fait qu’il n’existe pas de marque ou de bleu évident rend la situation encore plus complexe. Dans ces cas, les victimes, au lieu de voir ce comportement comme une maltraitance évidence, ont tendance à rejeter la faute sur elles-mêmes.

Cette culpabilité ou cette auto-projection de la responsabilité ne se retrouve pas seulement chez la victime : l’enfant lui-même, témoin de cette dynamique, ressent très souvent ce même sentiment. Car le/la petit-e est un-e compagnon/compagne de voyage supplémentaire dans ce train de la douleur, sur ce chemin qui mène tout le monde à la même destination.

Nous ne pouvons pas oublier que, comme l’expliquait Piaget dans sa théorie du développement cognitif de l’enfant, entre 2 et 7 ans, ce dernier maintient une approche égocentrique à travers laquelle le monde tourne autour de sa personne. Par conséquent, le petit aura l’impression que la douleur de son papa ou de sa maman, de la même façon que les cris ou les disputes, sont le résultat d’une chose qu’il a d’une certaine façon lui-même provoquée.

Par conséquent, et il est important de prendre cela en compte, au sein de toute relation toxique où l’on retrouve des enfants, ceux-ci deviennent automatiquement des victimes. Peu importe qu’ils soient derrière une porte ou qu’ils ne voient rien, peu importe qu’ils ne sachent pas encore marcher, lire, pédaler ou dire le nom des constellations qui apparaissent la nuit derrière leurs fenêtres. Les enfants ressentent et écoutent, les petit-e-s interprètent le monde à leur façon et peu de chose peuvent être aussi dévastatrices pour un enfant que le fait de grandir dans un environnement au substrat émotionnel aussi pathologique et destructeur.

Survivre à la relation abusive de nos parents

Parfois, cette relation toxique est développée par les deux membres du couple. Certaines personnes sont incapables de construire un environnement stable au niveau psychique et émotionnel. Ce sont des profils caractérisés par des va-et-vient entre tendresse et agressivité, complicité et chantage, cela créant un univers hautement dysfonctionnel aussi bien pour eux-mêmes que pour les enfants qui cohabitent avec le couple.


« L’une des choses les plus précieuses qui peut vous arriver dans la vie est d’avoir une enfance heureuse. »

-Agatha Christie-


On retrouve des relations abusives de tout type, de plusieurs formes et à chaque marche de l’échelle sociale. Cependant, les véritables victimes dans ces labyrinthes affectifs sont les enfants. Car construire sa propre identité dans un contexte marqué par les abus crée très souvent un point de départ d’un nouveau cycle de violence. Nous ne pouvons pas oublier qu’en tant que personnes, nous avons tendance à répéter les modèles psychologiques et comportementaux qui nous sont connus, familiers.

C’est pour cela qu’il est commun qu’au lieu de survivre à la relation toxiques de nos parents, nous nous transformions – possiblement – en de nouvelles victimes ou de nouveaux exécuteurs parce que nous avons intériorisé ce même langage affectif. Pour amortir cet impact et le cycle des abus, nous avons donc besoin de mécanismes adéquats. Il est nécessaire que les enfants qui ont été témoins de ces dynamiques reçoivent un soutien social et thérapeutique aux côtés de leurs progéniteurs.

Car s’il y a bien une chose que tout enfant mérite, c’est la possibilité de vivre dans un environnement paisible. C’est également d’être éduqué pour faire le bien à travers une éducation basée sur la cohérence et le respect et, surtout, à travers la proximité de progéniteurs sages en affection et habiles en amour.

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