Regarde-moi quand je te parle !

· 18 mai 2015

Regarder la personne qui nous parle ou être regardé par la personne à qui on parle, c’est populairement considéré comme une marque d’intérêt envers les deux personnes.

Nombreux sont les parents qui essaient d’inculquer ce réflexe à leurs enfants, et ce dès leur plus jeune âge, car le fait de ne pas regarder quelqu’un qui nous parle, peut être considéré comme impoli.

Souvent, on associe au manque de contact visuel la timidité, la culpabilité ou encore le mensonge. Dans certains films traitant du développement d’une campagne électorale, on peut même voir que les experts en communication du candidat lui conseillent de déclamer son discours en fixant la caméra, comme s’il regardait directement ses électeurs dans les yeux.

Plus on regarde longtemps quelqu’un dans les yeux, plus on est proche de cette personne, ou à l’aise avec le sujet abordé. Ainsi, on peut réussir à regarder dans les yeux aussi bien des gens de notre entourage que des inconnus. D’ailleurs, on se sent souvent mal à l’aise quand on sent que quelqu’un nous fixe.

Une récente étude, publiée dans la revue Psychological Science et menée par F. Chen de l’Université de Freiburg, propose une réflexion à ce propos.

Prenons la situation suivante : au cours d’une conversation entre deux personnes, l’une d’entre elles tente de rallier l’autre à sa cause sur un sujet en particulier. Dans ce genre de cas, si l’argumentateur met un point d’honneur à établir un contact visuel avec l’autre, alors il aura déjà fait plus de la moitié du travail. 

Même si un des interlocuteurs est plus convaincu que l’autre, tous deux partagent néanmoins une affinité qui se verra renforcée par le contact oculaire.

Imaginons maintenant que le récepteur des arguments ne soit pas d’accord avec l’argumentateur ; le regard de confiance devient alors un regard empli de connotations de domination et d’intimidation.

Les deux interlocuteurs se positionnent différemment l’un par rapport à l’autre, et la conversation n’est qu’un échange d’arguments contraires s’opposant les uns aux autres.

Dans de telles conditions, un regard amusé peut permettre d’apaiser la tension, voire peut être un moyen de rendre la discussion un peu plus amicale. De plus, un tel regard peut être considéré comme un signe de noblesse montrant que l’on campe sur ses positions et que l’on va utiliser des tactiques peu nobles, le but étant de gagner le débat coûte que coûte.

Finalement, l’étude publiée dans Psychological Science montre que dans un contexte de persuasion, l’échange de regards peut représenter une aide si on parle avec quelqu’un qui partage notre avis, ou bien un obstacle si on parle avec quelqu’un qui n’est pas d’accord avec nous.

Comme le dit Chen lui-même, « le contact visuel est un mécanisme si primitif qu’il peut générer de nombreux changements physiologiques ayant de lourdes conséquences ».