Qu’est-ce que l’alter ego, et pourquoi serait-il une bonne idée d’en créer un ?

11 novembre 2019
Le premier à parler d'alter ego a été Franz Mesmer, lorsqu'il s'est rendu compte du fait que certaines personnes changeaient radicalement leur manière d'être sous hypnose. Pour désigner ces facettes qui alors ont émergé, on parle d'alter ego.

Nous présentons tous de multiples facettes dans notre être, même si nous n’en cultivons et n’en développons qu’une partie. Au départ, le terme « alter ego » faisait référence à ces facettes qui restent cachées en nous ou qui ne se manifestent pas, mais qui sont bel et bien présentes de manière potentielle. Certains pensent qu’il est une bonne idée de créer un alter ego afin que chacun de nous puisse pleinement explorer qui il est. Est-ce une bonne idée ?

Littéralement, l’ego est le « Moi » et l’alter ego est « l’autre Moi ». Nous sommes conscients du premier ; c’est ce qu’on appelle la personnalité, ce sont ces traits de caractère qui nous définissent et nous différencient des autres. L’alter ego, en revanche, appartient davantage à notre monde inconscient. Il est ce héros ou cet artiste qui sommeille en nous. Une autre identité qui, pour de multiples raisons, ne se développe finalement pas.

Par exemple, il est possible qu’enfant, nous ayons ressenti une véritable fascination pour les animaux. Or, il se peut également qu’avec le temps, cette passion soit passée au second plan et que, finalement, nous ayons fini par gérer la comptabilité d’une grande entreprise, ce qui peut aussi beaucoup nous plaire. Cependant, en notre for intérieur, ce curieux biologiste existe toujours. Nous ne lui prêtons peut-être pas attention, mais pourtant, il est bel et bien là. Dans cet exemple, il serait notre alter ego.

Les multiples significations de l’alter ego

Le premier à utiliser le terme d’alter ego a été Franz Mesmer, un médecin du XVIIIe siècle qui a eu recours à certaines pratiques d’hypnose dans le cadre des traitements apportés à ses patients. Il a ainsi découvert que certains personnes montraient d’autres facettes d’elles-mêmes lors de la transe hypnotique, comme si elles étaient d’autres personnes. Pour désigner cet autre Moi qui émergeait dans ces conditions, Mesmer parlait d’alter ego.

Ce concept a été fréquemment employé dans le monde des arts, et surtout dans la littérature. De nombreux écrivains font de cet alter ego le protagoniste de leurs histoires. Ils construisent des personnages qui sont apparemment très différents d’eux-mêmes. Mais, évidemment, ils font bel et bien partie d’eux, puisqu’ils ne pourraient pas créer quelque chose qui leur soit complètement étranger.

L'alter ego, l'autre visage du Moi

Parfois, les personnages eux-mêmes ont aussi un alter ego. C’est un ami, un conseiller ou un compagnon qui contraste avec leur manière d’être et d’agir. Par exemple, un personnage loquace peut avoir à ses côtés quelqu’un qui le rappelle constamment au bon sens ou qu’il l’aide à sortir victorieux des problèmes qu’il rencontre.

Au théâtre, les acteurs ont recours à ce concept pour construire des personnages différents d’eux-mêmes. Dans les comics, c’est une constante chez les super-héros. Clark Kent, par exemple est un journaliste timide qui cache sa facette de Superman. Or, vaut-il la peine que chacun d’entre nous explore son alter ego ?

Construire un alter ego

Il s’agit d’un recours qui a parfois des fins thérapeutiques. Cet autre Moi peut se charger de faire beaucoup de choses que le Moi ne ferait pas. Il est aussi possible qu’il devienne un complément idéal dans notre vie. C’est le cas dans l’exemple que nous avons vu précédemment autour du biologiste. En effet, si on laisse temporairement sortir ce scientifique caché en notre for intérieur, peut-être pourra-t-on expérimenter une plus grande plénitude dans notre vie.

Ainsi, parfois, une personne se construit un alter ego pour réussir à se libérer des limites que lui impose son ego. Par exemple, une personne très attachée au matériel pourrait, dans certaines situations, manifester une certaine générosité grâce à son alter ego.

Autre exemple : quelqu’un qui est extrêmement réservé pourrait s’inventer un alter ego pour s’exposer à des situations sociales dans des conditions différentes. Cet autre Moi, ou ce personnage créé, peut avoir son propre nom, sa propre histoire. C’est un jeu d’imagination qui peut résulter bénéfique du point de vue psychologique.

Nous avons tous un alter ego

Risques et bénéfices

L’alter ego n’est un facteur nocif que dans le cas du trouble dissociatif de l’identité, plus connu sous le nom de trouble de la personnalité multiple. Dans le cadre de cette pathologie, l’autre ou les autres Moi se construisent de manière inconsciente et maladive.

En revanche, si l’alter ego se construit de manière consciente et saine, en réalité, il est possible qu’il devienne un excellent recours pour évoluer et vivre mieux. L’identité est un concept qui devient parfois limitant, car en général, elle correspond uniquement à une part de nous, bien que nous l’identifiions souvent comme un tout.

Il est important de comprendre que l’identité individuelle est un concept dynamique et flexible. Bien sûr, nous avons tous des traits de caractère dominants. Cependant, cela ne veut pas dire que ce que nous sommes s’affaiblit ou que l’on ne puisse pas explorer d’autres régions de notre être qui, peut-être, brillent de leur propre lumière.

 

Morín, E. (1996). Alter ego y ego alter. Revista Complejidad, (2).