Qu’est-ce que la psychologie archétypale ?

· 9 octobre 2018

Les êtres humains firent leurs premiers pas en croyant aux dieux. Des entités surnaturelles qui personnifiaient des attributs, des forces et des valeurs universels (La Nuit, la Justice, le Temps, les Mers, etc.). Ils nous permirent de concevoir le cosmos comme un théâtre dans lequel ces forces interagissaient, donnant un sens à la réalité et de la vie elle-même. Lisez cet article, et découvrez ce qu’est la psychologie archétypale.

La proposition théorique de la psychologie archétypale part du fait que notre affinité pour ces personnifications ne disparut pas lorsque le polythéisme céda, dans la plus grande partie du monde, au culte monothéiste.

« De cette propension à entrevoir une lumière universelle dans le chaos de la vie », explique l’historien culturel Richard Tarnas, « Platon construit sa métaphysique et sa théorie de la connaissance ». Platon, comme son maître Socrate, considère que « la plus grande certitude se trouve dans la plus grande abstraction ». Il appelle « archétypes » (forme première) ces universels. Ce serait cependant son propre disciple, Aristote, qui initierait le virage vers le concret. Un changement de cap qui façonna la pensée scientifique.

socrate et la psychologie arhétypale

Ce fut Sigmund Freud qui redécouvrit des siècles plus tard que, lorsqu’il rêve, notre inconscient s’exprime par des symboles interprétables, ayant un sens pour nous. Carl Gustav Jung, son disciple, découvrit le parallèle entre ces images symboliques et celles excrètent des mythes anciens (le Héros, l’Ombre, le Vieux Sage, etc.). Les « fables primitives » que la pensée moderne avait méprisées continuaient de vivre dans notre psyché.

Jung et la psychologie archétypale

Jung théorisa également sur l’existence d’un « inconscient collectif » et pas seulement individuel puisque les symboles apparaissaient même chez les patients qui ne savaient rien de la mythologie antique. L’école de psychologie analytique jungienne entreprit donc un travail d’étude sur la façon dont les figures archétypales des mythes ont, même aujourd’hui, une influence dans nos vies.

Psychologie archétypale, contre l’ego et le matérialisme

Deux ans avant la mort de Jung en 1961, un jeune psychologue nommé James Hillman devint directeur d’études à l’Institut C.G. Jung de Zurich. Une petite communauté de chercheurs se constitua autour de lui dans les années suivantes. Ils finirent par rompre avec l’école analytique (non avec les racines de la pensée jungienne) pour fonder la psychologie archétypale.

Cette dernière s’éloigne des priorités de la psychologie analytique pour se concentrer sur le contrôle illusoire exercé par l’ego sur nos vies et sur la manière dont notre psyché se construite – au fond – à travers une « pluralité d’archétypes ». La source de la connaissance n’est plus le « Moi » cartésien. Il s’agit plutôt de ce monde plein d’images que ce Moi habite.

La psychologie archétypale maintint un discours critique envers les principales écoles de pensée psychologique (comme le comportementalisme et la psychologie cognitive). Elle les accusaient de réductionnisme en adoptant la philosophie et le praxis des sciences naturelles, faisant d’elles des « psychologies sans psyché « (‘âme’, en grec).

Pour Hillman, la psyché se manifeste dans l’imagination et la métaphore : « mon travail s’oriente vers une psychologie de l’âme basée sur une psychologie de l’image. Je suggère une base poétique de l’esprit et une psychologie qui  ne part ni de la physiologie du cerveau ni de la structure du langage ni de l’organisation de la société ni de l’analyse du comportement, mais des processus d’imagination ».

Le chemin est dans les dieux et les fictions

« Une psychologie qui veut représenter fidèlement la véritable diversité de l’âme ne peut pas tenir pour acquise, depuis le début,  l’unité de la personnalité, en insistant sur elle avec un préjugé monothéiste », proclame Hillman. La psychologie archétypale a donc une facette polythéiste. Certains auteurs parlent, symboliquement, de « dieux » pour désigner la « pluralité d’archétypes ».

psychologie archétypale

Dans son livre Puer Papers, Hillman déclare que « les dieux sont en nous … et sont dans nos actions, nos idées et nos sentiments. Nous n’avons pas à nous aventurer le long des espaces étoilés, le cerveau des cieux, ou les sortir de la clandestinité avec des drogues hallucinogènes. Ils sont là de la manière précise dont chacun ressent et pense et éprouve leurs humeurs et leurs symptômes ».

Patrick Harpur, dans son ouvrage Le Feu secret des philosophes, recourt également à ces identifications idées / dieux : « Il est faux de dire que nous possédons des idées. Il est plus juste de dire que les idées nous possèdent. Nous devons savoir quelles idées, quels dieux nous gouvernent pour gérer leur influence sur nos points de vue et nos vies ».

L’approche thérapeutique de la psychologie archétypale est basée sur l’exploration des images plutôt que leur explication. Sur le fait d’être conscient de ces images et d’y faire attention jusqu’à ce qu’elles acquièrent toute la clarté possible. De les contempler soigneusement jusqu’à ce que notre observation leur donne un sens. C’est ce qui déclenche un processus thérapeutique que Hillman baptisa de « création de l’âme ».


« Que cherche l’âme ? Des fictions qui guérissent. L’âme – explique Hillman – guérit en se racontant une meilleure fiction, un « comme si » qui dissout le système de croyance qui maintient l’âme piégée dans ses misères »

Image de couverture de William Blake