Pourquoi une chanson nous reste dans la tête ?

14 septembre 2019
Les psychologues de la musique indiquent que la probabilité qu'une chanson nous reste dans la tête dépend souvent de notre humeur. Le stress ou la nostalgie augmente la probabilité.

Quand une chanson nous reste dans la tête, nous avons la sensation d’être dans un cercle infini. Elle ne s’en va pas, elle ne s’éteint pas, elle surgit encore et encore avec un écho insistant qui nous attrape avec sa mélodie, ses paroles et son rythme.

Parfois, sa présence peut nous paraître agréable. Mais cela devient frustrant lorsqu’il s’agit d’une chanson à la mode qui ne nous plaît pas, des chants de Noël ou une musique qu’on a entendue au centre commercial.

Nous savons que le cerveau abrite ses mystères. Admettons-le cependant, certaines énigmes nous intriguent, et encore plus lorsqu’on vit des phénomènes qui échappent à notre contrôle. On sait, par exemple, que 98% des gens ont déjà expérimenté cette sensation. Néanmoins, tel qu’indique une étude réalisée par l’université de la Colombie-britannique, dans 15% des cas, ce phénomène peut s’avérer particulièrement intrusif et gênant.

Nous entrons alors dans le domaine des troubles obsessionnels compulsifsLa musique peut ainsi agir comme quelque chose de terriblement perturbateur pour la personne qui en souffre. Néanmoins, pour le reste, ce n’est jamais quelque chose d’invalidant. Cela devient presque toujours cette anecdote que nous partageons dans nos conversations avec la phrase typique « Tu sais que je n’arrive pas à effacer cette chanson de ma tête ?« .

« Si je n’étais pas physicien, je serais probablement musicien. Souvent, je pense à la musique. Je vis mes rêves en musique. Je vois ma vie en termes de musique. »

-Albert Einstein-

Une cassette

Pourquoi une chanson nous reste dans la tête ?

Earworms. C’est le terme qu’utilisent les psychologues pour définir ce phénomène. Les vers musicaux engendrent ces mélodies de chansons qui s’accrochent à notre cerveau et dont on ne peut pas se débarrasser. Ainsi, on dit souvent que ce phénomène survient souvent notamment avec des artistes tels que Lady Gaga, Queen, Abba, Beyoncé, Adele, Coldplay, etc.

En effet, si nous expérimentons les « vers musicaux » avec ces artistes, c’est parce qu’on entend souvent leurs chansons. En effet, n’importe quelle chanson peut nous rester dans la tête, n’importe quelle mélodie ou refrain, peu importe qui en est l’auteur.

Il est également possible que nous souffrions de ce phénomène sans même écouter une chanson. Parfois, il suffit que quelque chose nous rappelle une chanson en particulier pour que celle-ci s’installe soudainement dans notre esprit. Voyons dans la suite de cet article ce que disent les experts à ce propos.

Plus la chanson est simple, plus elle reste facilement dans votre esprit

Les compositeurs et les producteurs musicaux le savent bien. Plus la chanson est simple et répétitive, plus elle aura d’impact et de probabilités que le public s’en souvienne.

Le docteur Kelly Jakubowsky, de l’université de Durham, a démontré dans une étude que ce type de compositions était responsable des « vers musicaux ».

Notre humeur a également une influence

Le docteur Vicky Williamson, experte en psychologie musicale, explique qu’il est en général plus commun d’être réceptifs à ce phénomène lorsque nous nous sentons stressés et fatigués. Il en va de même lorsque nous manquons de sommeil ou que nous nous sentons nostalgiques.

D’une certaine manière, c’est comme si le cerveau fatigué ou piégé dans un état émotionnel concret, était plus disposé à donner lieu à des modèles répétitifs, en particulier lorsqu’il reçoit des stimuli musicaux.

Le phénomène des vers musicaux, ou lorsqu'on a une chanson dans la tête

La mémoire, un détonateur

Nous l’évoquions auparavant. Il n’est pas toujours nécessaire d’écouter une chanson dans un bar, sur notre téléphone, à la radio ou dans une boutique pour qu’elle résonne dans notre esprit. Parfois, c’est nous-mêmes qui donnons lieu à ce phénomène en nous souvenant de paroles, d’une musique, d’une chanson du passé.

Un détonateur peut surgir dans notre environnement. Ces chaussures avec lesquelles nous avons fait tel voyage en voiture, cette glace qui nous rappelle soudainement un moment de notre enfance quand notre grand-mère nous chantait une chanson, etc.

Le cerveau aime se rappeler. Nous savons très bien que la mémoire émotionnelle est directement liée à la mémoire musicale. A un tel point que ces structures se voient très peu touchées par les maladies neurodégénératives, comme Alzheimer.

Comment pouvons-nous faire cesser le phénomène des vers musicaux ?

Certes, ce phénomène s’avère parfois très gênant. C’est d’autant plus vrai si la chanson qui nous reste dans la tête est moche, infantile ou éloignée de nos goûts musicaux. Pour réussir à rompre cette malédiction ou ce mécanisme répétitif que notre cerveau a débuté arbitrairement, il est idéal de suivre ces conseils.

  • Nous dire à nous-mêmes des affirmations telles que « Je vais bloquer cette chanson. À partir de maintenant, elle n’apparaîtra plus dans mon esprit » ne sert à rien. Le cerveau agit dans le sens contraire de ces propositions directes. C’est comme nous dire lorsque nous souffrons d’insomnie « Je vais m’endormir, je vais m’endormir » pour qu’au final, il nous soit encore plus difficile de tomber dans les bras de Morphée
  • La bonne approche consiste à nous laisser aller, à accepter cette chanson intrusive sans résister. Ce phénomène finit par s’affaiblir progressivement par lui-même
  • Une autre astuce est d’écouter la chanson en entier une fois. Si des refrains concrets surgissent dans notre esprit, le mieux à faire est d’écouter la chanson complète. En général, l’effet perd alors de sa vigueur

Enfin, et tout aussi curieux que cela puisse paraître, les neurologues indiquent que quand une chanson nous reste dans la tête, l’idéal est de mâcher un chewing-gum pour diminuer son invasion. Ce mouvement avec la mâchoire interfère avec la mémoire musicale. Quoi qu’il en soit, ce phénomène ne dure souvent pas plus de 24 heures.

 

  • Jakubowski, K., Finkel, S., Stewart, L., & Müllensiefen, D. (2017). Dissecting an earworm: Melodic features and song popularity predict involuntary musical imagery. Psychology of Aesthetics, Creativity, and the Arts11(2), 122–135. https://doi.org/10.1037/aca0000090
  • Taylor, S., McKay, D., Miguel, E. C., De Mathis, M. A., Andrade, C., Ahuja, N., … Storch, E. A. (2014). Musical obsessions: A comprehensive review of neglected clinical phenomena. Journal of Anxiety Disorders. Elsevier Ltd. https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2014.06.003