Pourquoi nous résulte-t-il si difficile d’oublier un amour ?

18 septembre 2019
Les amours d'hier ne s'oublient jamais. Peu importe qu'ils aient la saveur des larmes ou qu'ils n'aient duré qu'un été. Les individus sont faits d'histoires et les histoires d'amour sont faites d'encre indélébile pour le cerveau.

Oublier un amour revient à tenter de briser une surface en graphène : c’est impossible. Il existe des souvenirs inoxydables, des histoires et des expériences qui ont été écrites avec passion et cette magie laisse des traces indélébiles dans la mémoire. Pour cette raison, qu’on le veuille ou non, il est impossible d’effacer les histoires d’amour du passé car elles ont contribué à nous faire devenir ce que nous sommes aujourd’hui.

L’écrivain libanais Khalil Gibran disait dans l’un de ses livres que le cœur doit parfois se briser pour pouvoir s’ouvrir à la vérité. Il est certain que nous devons apprendre à aimer et que les cœurs brisés sont ceux qui, entre leurs cicatrices, font preuve de la plus grande sagesse. Quoi qu’il en soit, et au-delà des déceptions vécues et des bonheurs partagés, le cerveau n’oubliera jamais ce qui a un jour été aimé.

On peut nous donner des recettes, des conseils ou des stratégies sophistiquées pour effacer de nos souvenirs cette personne que nous avons un jour aimée plus que tout. Mais cela ne sert à rien. Ce qui est vécu ne s’oublie pas. Nous finissons d’ailleurs par accepter l’absence en acceptant ce qu’était l’histoire (et ce qu’elle n’a pas pu être). Ainsi, on remplit notre sac à dos d’apprentissages et d’expériences.

Même après une rupture, il est difficile d'oublier un amour

Oublier un amour, un acte impossible pour notre cerveau

Laisser derrière nous une relation et y mettre un terme est parfois quelque chose de nécessaire. C’est la bonne chose à faire pour les deux partis. Pour conserver un bon niveau de dignité et éviter de nous faire plus de mal. On dit d’ailleurs souvent qu’une rupture effectué à temps est l’unique stratégie pour s’en sortir en un seul morceau. Mais peu importe que la décision soit commune ou le résultat d’une seule personne, la souffrance qu’elle laisse derrière est immense.

Certaines études nous montrent qu’en moyenne, nous mettons 6 à 18 mois à nous remettre d’une rupture affective. Oublier une histoire d’amour est quelque chose d’impossible car personne n’est capable d’éditer à volonté ses propres souvenirs. En revanche, nous pouvons modifier l’impact émotionnel de nos souvenirs. Nous pouvons donc rendre la douleur nécessaire au processus basique permettant de gérer les sentiments et d’accepter la nouvelle situation.

Mais comme nous le savons, l’amour est une émotion intense, parfois chaotique et même désordonnée. Aucune relation n’est identique. Certains ont donc plus de mal à passer au-dessus de la douleur. D’autres sont quant à eux capables de tourner la page avec une certaine résistance. Peu importe notre profil, oublier un amour est pour le moment improbable en raison des particularités de notre cerveau. Approfondissons la question !

La mémoire émotionnelle et les marqueurs somatiques

Par défaut, les êtres humains sont des créatures émotionnelles ayant un jour appris à raisonner. Les émotions sont une pierre angulaire essentielle pour la connexion des uns avec les autres. Grâces à elles, nous établissons des liens, nous prenons soin des autres, nous identifions les risques et nous promouvons le bien-être.

  • Tout cela explique pourquoi l’amour est si important pour le cerveau. C’est ce tissu qui nous permet de nous sentir en sécurité et valorisés dans le groupe social qu’un couple constitue. Aimer et être aimé offre la sérénité, tout cela réduit le stress et la peur. Par conséquent, des faits tels que la trahison, la déception, la rupture inattendue ou incomprise génèrent une grande douleur
  • D’autre part, on trouve notre mémoire émotionnelle. Lorsque nous tissons un lien affectif avec quelqu’un, de nombreux marqueurs somatiques se construisent également. Il s’agit d’expériences que le cerveau associe à des sensations émotionnelles intenses : les baisers, les caresses, les câlins, les odeurs, les conversations et la complicité… Tout cela constitue l’empreinte du bien-être, du bonheur, de l’illusion, du plaisir, etc.
  • Ces marqueurs émotionnels et somatiques se créent au travers de neuro-circuits très résistants. Ils seront toujours là. C’est pour cette raison qu’en sentant une odeur ou en visitant un lieu, des souvenirs refont parfois surface. Ces derniers nous permettent de ressentir à nouveau des sensations expérimentées dans le passé de manière très concrète
Les marqueurs émotionnels rendent difficile le fait d'oublier un amour

Il existe également des amours qui font partie de nous et de notre histoire

Si l’oubli des histoires d’amour est impossible, cela est également dû à un fait évident. En effaçant ces relations de notre esprit, nous contribuerions également à effacer une partie de nous-même. Les individus ne sont pas uniquement faits de chair et d’os, ils sont fait d’histoires.

Pour cette raison, les souvenirs associés à un amour passé cachent également une partie de nous. Ils renferment une version de nous-même plus jeune et ravie, qui s’est laissée aller avec passion. Le cerveau ne choisira jamais de mener à l’oubli ces versions passées de notre personne.

Le faire supposerait de faire un pas en arrière dans le chemin de notre développement personnel. Chaque chose vécue, ressentie et même subie nous a permis de donner vie à la personne que nous sommes aujourd’hui. Retirer une virgule ou un fragment de notre récit vital n’aurait alors aucun sens. Que l’expérience ait été bonne ou mauvaise, elle fait partie de nous. De plus, nous avons l’opportunité de continuer à écrire de meilleures histoires, car l’amour est quelque chose qui vaut toujours la peine et qui procure de la joie.

 

  • Galena K. Rhoades, et al, Breaking Up is Hard to do: The Impact of Unmarried Relationship Dissolution on Mental Health and Life Satisfaction (2011) Jun; 25(3): 366–374, Journal of Family Psychology.
  • Lewandowski, G. (2009). Promoting positive emotions following relationship dissolution through writing. The Journal of Positive Psychology, 4(1), 21-31.