On ne se souvient pas des jours, mais des moments

24 mars 2016 dans Emotions 4 Partagés

La mémoire est loin d’être une fonction uniquement intellectuelle.

Les souvenirs d’une personne ne sont pas comme ceux d’un ordinateur : on n’y stocke pas des données, mais des expériences s’y figent.

Cela signifie que l’on se souvient d’images visuelles, de mots mais aussi d’odeurs, de saveurs, de sensations…

On peut dire que la mémoire, chez l’être humain, est une fonction affective. L’information et les expériences dont on se souvient ne correspondent quasiment jamais à des données objectives.

La mémoire humaine est créative et c’est pour cela qu’elle supprime ou ajoute des éléments à ses souvenirs, en fonction des affects qui sont impliqués.

“Il arrivera un jour où nos souvenirs seront notre richesse.”
-Paul Géraldy-

De fait, il nous arrive de nous souvenir de choses qui ne se sont jamais passées.

Cela arrive principalement avec les expériences de la vie. On vit un fantasme avec une telle intensité qu’il fait partie de la mémoire, alors qu’il n’est jamais arrivé en vrai.

Les expériences dont on se souvient

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En réalité, la mémoire est capable de stocker absolument tout ce que nous vivons tout au long de notre vie.

Cependant, on se souvient consciemment que de certains événements. Les autres restent enfouis dans l’inconscient.

Il existe un lieu de notre mémoire où est imprimé le souvenir du moment où nous avons ouvert les yeux au monde.

Pourtant, aucun de nous n’est capable de se souvenir de ce moment et ce, pour deux raisons : tout d’abord, selon une étude menée au Canada, les souvenirs des premières années s’effacent à cause de la production constante de nouveaux neurones.

Deuxièmement, car au moment de notre naissance, se produisent plusieurs des expériences les plus profondes de notre psyché et celles-ci finissent par être réprimées car elles sont intolérables pour notre conscience. C’est ce qui arrive avec le complexe d’Œdipe.

Mais beaucoup de nos souvenirs persistent et apparaissent dans notre conscience comme une sensation isolée et en même temps, très profonde.

Par exemple, quand on écoute une mélodie et qu’une émotion s’active, qui nous renvoie dans le passé, mais à laquelle nous ne pouvons attribuer ni date ni situation en particulier.

En termes généraux, on peut dire que ce dont on se souvient consciemment est ce qui a demandé une grande attention ou concentration, et qui a eu une cohérence émotionnelle, que nous avons comprise.

Les situations positives ou négatives, mais relativement raisonnables et sans un contenu émotionnellement trop confus ou contradictoire.

Nous nous souvenons mieux des événements peu communs

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Ces situations qui captent totalement notre attention impliquent un compromis de toute une série de composants.

La concentration mentale, les sens en alerte, un fort sentiment associé et un élément de surprise ou de nouveauté qui est lié au trois composants précédents.

C’est pour cela qu’il est relativement simple de se souvenir des événements peu communs et à l’inverse d’oublier ceux qui sont routiniers.

Nous nous souvenons consciemment des moments qui, d’une manière ou d’une autre, nous demande une attention complète et qui ont un impact affectif sur nous.

Mais ces moments doivent aussi être parfaitement compréhensibles pour qu’ils se figent dans la conscience, sinon on les réprime.

Les moments inoubliables

Ce que l’on n’oublie pas est ce qui nous oblige à vivre intensément le présent de chaque situation.

Ces instants où l’on se sent uni à l’univers, où rien d’autre n’existe que l’entourage et où on a l’impression que le monde commence et se termine à l’endroit même où l’on est.

Cela vaut tant pour les expériences agréables que pour celles qui sont horripilantes.

Ce sont les moments où l’on sent les pulsations de la vie dans sa peau. Peu importe que ce soit le jour ou la nuit.

La seule chose que l’on ressent, c’est que l’on se sent protagoniste d’une histoire fugace et en même temps éternelle.

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Ces instants deviennent éternels, même après des années, et évoquent une émotion très singulière.

On arrive presque à revivre ce même moment quand on y pense car il en reste des réminiscences intenses.

Selon les expériences antérieures ou postérieures à ce moment, l’évocation est plus ou moins exacte.

Si ce qui a suivi un événement négatif est un moment agréable, il est possible de s’en souvenir avec moins de dramatisation et même avec joie.

Si à la suite de cet événement, il est apparu des situations difficiles, on lui accordera une valeur de profonde aversion.

Si le vécu a été positif et que des événements négatifs s’en sont suivis, on se le remémorera avec nostalgie.

Si ce qui a suivi a été des événements agréables, l’émotion du souvenir peur être très intense et gratifiante.

La mémoire est ainsi : créative et flexible, comme une éponge qui absorbe ces instants uniques et extraordinaires qui marquent la différence dans une vie.

Comme un grand album plein de photos que l’on repasse quand le cœur en a besoin et permet de comprendre que l’on ne se souvient pas des jours, mais des moments vécus.

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