Le Néant : un regard différent sur la dépression infantile via “L’histoire sans fin”

28 février 2017 dans Psychologie 160 Partagés

Nous avons quasiment tou-te-s des livres ou des films dont nous nous souvenons avec une grande tendresse et qui ont marqué notre enfance, d’une manière ou d’une autre. Dans mon cas, “L’histoire sans fin” est l’un d’entre eux.  Mais lorsque je l’ai relu une fois adulte, j’ai compris que c’était un livre qui parlait de la dépression infantile, avec pour personnage principal le Néant.

À travers le Néant, qui est une métaphore de la perte de l’imagination, de la perte de l’innocence dans le monde adulte, on nous raconte que grandir ne doit pas impliquer de cesser de rêver. Car si vous cessez de rêver, le Pays Fantastique cessera d’exister, même si avec une goutte d’espoir, tout peut resurgir à nouveau.

Ainsi, le Néant peut être pris comme une façon originale d’expliquer aux enfants ce qu’est la dépression. Mais ce n’est pas la seule manière utilisée dans le livre ou le film. Petit à petit, son auteur, Michael Ende, nous égrène ses symptômes et même la meilleure manière de les affronter. Je dois prévenir le-a lecteur-trice qu’à partir de maintenant, l’article va pénétrer dans l’histoire du livre et du film et que par conséquent il y aura des “spoilers”.

“Il faut lutter contre la tristesse pour qu’elle ne nous entraîne pas avec elle.”

-L’histoire sans fin-

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Les marais de la tristesse

Bastien, le personnage principal du livre, est un enfant qui nous est présenté comme immergé dans le deuil récent de sa mère. Il a cessé de faire des choses qu’il aimait faire avant, qui lui procuraient du plaisir et lui demandaient des efforts, comme la natation ou l’équitation. Et à l’école, où plutôt sur le chemin de l’école, ses camarades le harcèlent.

Alors, la seule manière qu’il trouve pour échapper à ce monde horrible, c’est d’utiliser sa propre imagination. C’est pour cela que lorsqu’il raconte son histoire, qu’il construit lui-même, il parle au lecteur d’un groupe d’êtres fantastiques qui, avant, avaient tout. Tout. Mais un jour, le Néant a emmené ce tout avec lui. C’est-à-dire que tout comme lui, ces personnages ont perdu le paradis de leur vie tranquille. Une vie que Bastien avait aussi quand sa mère était encore là, à cause de quelque chose qui s’est passé rapidement et qui n’a pas d’explication.

Le Néant est ce vide, ce terrible vide qui fait grandir davantage ce que l’on perd. Le Néant détruit tout. C’est le Néant car il n’est remplacé par rien d’autre, il n’est que douleur. Seul le guerrier le plus courageux du Pays Fantastique peut lutter contre lui, Atreyu. Pour cela, il traverse tout le royaume jusqu’à ce qu’il commence à trouver les réponses dans les marais de la tristesse.

Les marais de la tristesse est l’ultime destination, l’ultime espoir. On y trouve la vieille tortue Morla, l’être le plus sage du Pays Fantastique. Mais les marais sont très dangereux car le risque qu’une grande tristesse s’empare de nous est puissant : si cela arrive, on coule petit à petit dans les eaux bourbeuses.

C’est une jolie métaphore qui, dans le dialogue de Bastien avec la Morla, est évidente : ne te laisse pas entraîner par la tristesse, elle te fera couler, tu dois continuer à lutter contre l’adversité. Aussi bien que tu puisses te sentir, ne te rends pas, et tu ne couleras pas. Et surtout, ne te laisse pas emporter par celleux qui sont allergiques à la jeunesse et qui ne s’arrêtent pas pour l’écouter.

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Le Néant comme enfer intérieur

“Le Pays Fantastique n’est rien d’autre qu’un morceau des rêves et des espoirs des humains. Le Pays Fantastique est en train de mourir car les humains ont commencé à perdre espoir et à oublier leurs rêves.”

-L’histoire sans fin-

Alors, le Néant, l’obscurité a pris forme, et s’est transformé en un loup appelé Gmork. Un loup qui va au-devant d’Atreyu pour l’empêcher d’accomplir sa mission. Un loup qui est présent lors des moments où Atreyu a perdu tout espoir.

Ainsi est le Néant, comme le propre enfer intérieur du personnage principal. Un enfant qui dit que si tu t’y approches davantage, si tu coules, il va te détruire, mais Atreyu est un guerrier qui ne se rendra pas sans se battre. Même s’il ne sait pas lutter contre le plus grand de ses problèmes, le Néant.

Et il ne parvient pas à lutter contre le Néant car il ne sait pas comment traverser les frontières du Pays Fantastique pour lui transmettre ce qu’il y a dehors, pour expliquer aux adultes ce qui se passe. Car pour un enfant, se confronter à la douleur réelle, comme le font les adultes est très compliqué et c’est pour cela qu’ils créent leur propre univers.

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Une poussière d’espoir peut tout changer

“Le Pays Fantastique peut se lever à nouveau, grâce à tes rêves, si tu le veux, Bastien.
– Combien de rêves puis-je demander ?
– Autant que tu le veux. Et plus tu en demanderas, plus le Pays Fantastique s’agrandira.
– Vraiment ?
– Essaie.”

-L’Histoire sans fin-

Mais au final, quand le Néant a quasiment tout emmené avec lui, Bastien a compris qu’il était le protagoniste de sa propre histoire. Qu’il était triste, mais qu’après la mort de sa mère, c’était lui qui plongeait dans les marais de la tristesse. C’était lui seul qui avait perdu son merveilleux monde, et c’était les adultes, son père et le libraire qui ne voulaient pas l’écouter, qui voulait qu’il cesse d’être un enfant et qu’il stoppe son imagination pour pénétrer dans le monde des adultes.

Mais il avait toujours une poussière d’espoir, et le Néant n’avait pas pu emmener tout son monde avec lui. Ce n’est pas que les enfants ne peuvent pas comprendre le monde des adultes, mais ce sont plutôt les adultes qui ne comprennent pas le monde des enfants. Les enfants, avec leurs jeux et leurs histoires, à travers leur imagination, nous amènent dans leurs propres univers intérieurs et c’est pour cela que les techniques projectives sont très importantes dans la psychologie infantile.

C’est pour cela que le Pays Fantastique est si important, car grâce à lui, les enfants peuvent parler de la manière dont ils se sentent et peuvent nous dire des choses dont ils ne connaissent pas le nom. Car pour un enfant, parvenir à expliquer le concept de dépression n’est pas simple, mais lui expliquer qu’un personnage de son imagination, du Pays Fantastique, est triste de le perdre ainsi, est beaucoup plus facile.

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