La maturité émotionnelle est un éveil qui n’est pas défini par l’âge

· 6 septembre 2017

La maturité émotionnelle n’est pas une entité normative qui s’atteint à un certain âge. Notre monde, qu’on le veuille ou non, est empli d’adultes qui atteignent le succès professionnel et qui, pourtant, gèrent leurs émotions comme des enfants de trois ans. Nous sommes par conséquent face à une dimension aussi sophistiquée qu’intime, c’est un éveil à l’estime de soi, à l’empathie et à cette vie sociale basée sur le respect.

Il y a celleux qui voient l’adolescence et la première jeunesse comme une sorte de joie folle, d’où le fait que les folies soient justifiées. On oublie, peut-être, que le simple fait d’arriver à l’âge adulte ne nous donne pas accès à toutes les vérités absolues, à cette maturité qui sait tout et qui atteint tout. Cela ne nous permet pas non plus d’être à l’abri de faire des erreurs, de résister à la frustration, ni de devenir un gourou des relations sociales.


« La maturité s’atteint quand une personne repousse ses plaisirs immédiats pour des valeurs à long terme. »

– Joshua L. Liebman –


Cette erreur d’approche tient possiblement son origine du mot « maturité ». Nous assumons tou-te-s l’idée que le cerveau passe par des étapes très concrètes où, à mesure que l’on prend de l’âge, chaque structure se développe et chaque région se consolide avec ses millions de synapses jusqu’à culminer dans cette ingénierie parfaite qu’est le cortex préfrontal, cette zone destinée à la prise de décisions et à la planification et qui orchestre aussi notre comportement social.

Il est important de bien tenir compte du fait que comme nous l’expliquent les expert-e-s en neuroscience cognitive, le cerveau est toujours en développement continu. Plus encore, dans un travail publié dans la revue Journal of Neuroscience, il a été démontré que beaucoup de nos fibres d’association de la substance blanche, associées à des tâches cognitives, ne cessent jamais de grandir si on maintient une vie active, si on fomente la curiosité, l’intérêt, la sociabilité…

Ce que nous cherchons à vous faire comprendre ici est très simple : la maturité émotionnelle n’apparaît pas à 30 ou 40 ans. La plasticité et la potentialité de notre cerveau sont telles que l’on a besoin d’apprentissages, d’interactions continues et d’enseignements précoces. C’est au cours de cette « enfance joyeuse et absurde » que l’enfant de 6 ans remerciera celui/celle qui lui apprend à gérer ses émotions. On évite par conséquent de se retrouver avec des adultes de 50 ans présentant la tyrannie émotionnelle d’enfants de 4 ans.

Nous semblons tou-te-s matures et largement préparé-e-s

Nous feignons tou-te-s une maturité efficace, triomphante et tout à fait valide pour cette société où on a besoin de personnes préparées et très qualifié-e-s dans d’infinies habilités et capacités. Or, comme nous l’explique Tony Campolo, sociologue de l’Université de Baltimore, nous donnons au monde des adultes avec une maturité émotionnelle « atrophiée ».

Cependant, attention. Cela ne veut pas dire qu’il s’agit de personnes « méchantes », mais d’hommes et de femmes incapables d’être heureux-ses, de donner du bonheur et de créer des environnements facilitateurs, harmoniques et même productifs.

La raison de cela s’explique, selon les expert-e-s, par une série de raisons très concrètes. Par exemple, aujourd’hui, nous avons à notre disposition plus d’informations que les générations antérieures. Beaucoup ont grandi en gérant une infinité de stimulations, de données, de renforts… A la maison et à l’école, on a préparé les enfants à de multiples capacités afin qu’ils arrivent sur le marché du travail et dans la société « largement préparés ». Et sans doute le sont-ils.

Cependant, le problème, c’est que l’on se limite à « remplir » leur esprit, mais que l’on entraîne pas leur cerveau à l’habilité la plus importante de toutes, à savoir l’habilité émotionnelle. Car comprenez bien : rien ne sert d’être développeur-se informatique si on ne sait pas travailler en équipe, si on ne sait pas résister à la frustration. Rien ne sert de vouloir être directeur-trice si on n’a pas une bonne intelligence émotionnelle, si on ne sait pas créer un bon climat de travail, en faisant preuve d’empathie, en potentialisant son capital humain…

Pour développer la maturité émotionnelle, humilité et volonté sont nécessaires

La maturité émotionnelle n’arrive pas avec les années mais se promeut depuis le plus jeune âge. La maturité émotionnelle ne vient pas non plus avec les dommages, autrement dit, il ne faut pas passer par mille adversités pour savoir ce qu’est la vie et développer ainsi nos forces personnelles. En réalité, il n’y a pas de point de départ, ni un moment normatif, ni un élément déclencheur qui par lui-même, nous confierait la capacité d’être empathique, réfléchi-e, assertif-ve et habile au moment de résoudre des conflits…


« La maturité est un âge où on cesse de se tromper soi-même. »

– Ralph Waldo Emerson –


La maturité émotionnelle est un investissement quotidien, c’est un éveil continu envers soi et envers les autres. Pour l’atteindre, il est nécessaire de mettre en pratique une série d’habitudes, une série de stratégies qui ne fonctionneront que si on leur donne l’impulsion via le souffle de la volonté et la carapace de l’humilité.

Voici les points clés qu’il faudrait fomenter dans notre quotidien :

  • Les erreurs sont des erreurs, ne les fuyez pas, assumez-les et tirez-en des leçons.
  • Ne craignez pas les changements, car ils peuvent vous permettre de vous créer vous-mêmes, et changer, c’est aussi mûrir.
  • Vous n’êtes pas le centre de l’univers, mais vous faites partie d’un tout où votre présence est aussi importante et essentielle. Alors, respectez les autres de même que vous vous respectez vous-même.
  • Validez émotionnellement les autres, pratiquez une empathie utile : il ne suffit pas de comprendre les autres, vous devez démontrer que vous les comprenez. Le sentiment sans action ne sert à rien.
  • Pratiquez l’indifférence : ne laissez rien ni personne être important pour vous au point que vous en perdiez votre essence, votre identité, votre capacité à décider, à agir, à être libre.
  • Acceptez que parfois, on perd, mais comprenez que se rendre n’est pas permis.
  • Cessez de vous centrer sur les plaintes, sur ce que vous n’aimez pas. Si quelque chose vous dérange ou ne vous plait pas, ayez le courage de le changer ou de l’accepter.

Pour conclure, avec tout ce que nous avons expliqué, il faut bien avoir au clair que n’est pas plus mature celui/celle qui est le/la plus âgé-e, mais celui/celle qui a appris de ses années vécues, et ce qu’iel ait 20, 30 ou 70 ans. Pour cela, nous devons assumer la ferme responsabilité de prendre soin de nous-même, en reportant nos plaisirs immédiats pour des valeurs à long terme et en prenant soin au maximum de notre complexe microcosme émotionnel.

 

Images de Josephine Wall