María : le cas d’un enfant transsexuel

· 2 juin 2018

Dans les différentes dimensions de ce que nous appelons le « sexe », nous retrouvons la transsexualité. Une personne transsexuelle a une identité biologique mais ne se sent pas identifiée à cette dernière. Elle cherche donc à acquérir les caractéristiques du genre auquel elle s’identifie. Cette identification peut être graduelle et influer sur différents aspects : elle concerne l’aspect externe, comme la façon de s’habiller, les cheveux, etc., la prise de bloqueurs hormonaux ou d’hormones ou la réalisation d’opérations de changement de genre. Pour rendre cela plus simple, on pourrait dire qu’un petit garçon transsexuel est une petite fille qui se sent garçon ; avec une petite fille transsexuelle, ce serait le contraire qui se produirait.

La diversité sexuelle a toujours existé. La différence étant que nous vivons maintenant dans une société un peu plus ouverte et informée. Y parler d’homosexualité, de transsexualité et d’intersexualité ne mène plus à un si grand rejet. La société actuelle est plus respectueuse par rapport aux différentes manifestations de la sexualité. Par ailleurs, nous voyons souvent que, quand cela nous touche de près, l’attitude d’ouverture initiale change.

Dans ce contexte, nous allons aujourd’hui vous parler de María. Un cas qui, au moment où il a surgi, a constitué un véritable défi professionnel. Avec lui, j’ai pu comprendre beaucoup des circonstances qui entourent la transsexualité infantile.

« L’idée est très simple : accepter les gens tels qu’ils sont. Les accepter même s’ils sont différents ».

-Caitlyn Jenner-

À quel âge finissons-nous de construire notre identité sexuelle ?

La puberté est l’étape que l’on associe le plus à l’expression de la sexualité. Les idées/concepts liés à la sexualité apparaissent, se déterminent ou se vivent souvent pour la première fois lors de cette étape. Il est probable que l’on en ait eu un aperçu pendant notre enfance. Cependant, c’est un peu plus tard que nous donnons un sens à ce comportement. Le plus important, si des situations apparaissent au cours de l’enfance, est d’écouter ce que l’enfant (par enfant nous englobons tous les genres) a à dire.

Très souvent, quand nous voyons un enfant jouer avec des poupées ou enfiler une robe, ou quand nous le voyons s’entourer d’enfants de l’autre genre, avoir des attitudes que nous considérons comme « efféminées » ou « masculines », nous pensons que ceci est un indicateur clair de la façon dont se construira son identité sexuelle à partir de ce moment.

enfant qui joue

Nous manquons souvent de patience pour déterminer s’il s’agit seulement d’un comportement, d’une exploration ou d’une chose plus définitive. Nous voulons lui donner une étiquette car cela nous tranquillise. Dans notre société, même si les choses ont changé, une personne qui naît est mieux considérée qu’une personne qui se construit.

Le cas de María est particulier, même si le nombre de cas similaires augmente. Lorsque María avait 3 ans, elle disait déjà qu’elle se sentait garçon. Ses parents et son entourage ont réagi avec insécurité, sans savoir quoi faire et avec des sentiments croisés.

« Votre temps est limité. Ne le gâchez pas en vivant la vie de quelqu’un d’autre. »

-Steve Jobs-

Que nous transmet María ?

En général, les enfants sont très sincères quand ils partagent leurs pensées dans un environnement de confianceMaría était très communicative lorsqu’il s’agissait de parler des changements qu’elle commençait à vivre. Elle nous disait qu’elle était un petit garçon. Qu’elle voulait s’habiller comme un petit garçon et se couper les cheveux. Elle souhaitait aussi qu’on l’appelle par un nom de garçon qu’elle avait elle-même choisi : Juan.

Presque tous les enfants sont curieux par nature. Ils posent des questions et s’interrogent sur les mystères qui les entourent, sur leur corps, sur les différences entre filles et garçons, etc. Mais María ressentait plus que de la curiosité. Quand elle a commencé à développer son identité sexuelle, elle ne s’est pas sentie identifiée à une petite fille. Ni à toutes les attentes ou au protocole que la société considérait cohérents par rapport à cette identification. Cela a produit des changements au niveau de sa forme physique, de sa façon de s’habiller, de se nommer, d’agir, de jouer…

Le fait que María soit ouverte et honnête avec ce qui se passait nous a aidés et encouragés à l’aider. À lui prêter un peu plus d’attention, à voir si ces changements allaient se maintenir dans le temps et étaient cohérents, à nous informer et à chercher de l’aide. Pour elle et pour nous tous. L’idée de fond était d’amortir l’effet de « choc social » en minimisant au maximum les possibilités de souffrir. De souffrir d’anxiété, de stress, de dépression, de cauchemars. De ne pas avoir envie d’aller à l’école. Ou de vivre ce que l’on appelle la dysphorie de genre. 

« N’importe quel destin, aussi long et compliqué soit-il, ne compte en réalité qu’un seul moment : le moment où l’homme sait pour toujours qui il est. »

-Jorge Luis Borges-

Le travail avec les adultes

Il est important de ne pas paniquer et de garder son calme. Cela nous permet de voir si nous faisons face à un simple comportement, par exemple jouer plus fréquemment avec des enfants de l’autre sexe, ou s’il s’agit de quelque chose de plus durable et interne. L’essentiel est d’observer avec attention. De nous mettre à disposition de l’enfant pour répondre à ses doutes. D’essayer de connaître ses émotions et sentiments. Nous devons rester ouverts et tolérants. L’enfant doit sentir qu’il est dans un environnement de confiance dans lequel il peut s’exprimer librement.

Les adultes présents dans l’entourage de l’enfant transsexuel, surtout les parents mais aussi les grands-parents, les oncles/tantes et professeurs, peuvent ressentir de la culpabilité. Ils peuvent penser qu’ils ont fait quelque chose de mal. Qu’ils n’ont pas été respectueux ou qu’ils ont forcé et rejeté des comportements. Tout cela parce que cette situation n’est pas celle que l’on attendait. Il est normal de ressentir de la peur lorsque l’on pense à ce qu’il se passera pour l’enfant dans le futur. Mais il faut bien garder une chose à l’esprit: ces adultes ne sont pas seuls. Et ils sont guidés par un même but : faire du mieux qu’ils peuvent.

parents chez le psychologue

Cet enfant n’est pas un enfant malade. C’est un enfant qui se découvre, comme tous les autres enfants. Il peut y avoir des complications lors de ce processus de découverte, oui. Peut-être parce que la société dans laquelle il grandit est injuste. Dans ce cas, l’aide professionnelle peut être une bonne idée.

« L’identité d’un homme consiste à trouver la cohérence entre ce qu’il est et ce qu’il pense ».

-Charles Sanders Peirce-

Quels changements faire ?

Notre amour et notre acceptation inconditionnels sont fondamentaux pour l’enfant transsexuel. Il est important de traiter les changements et les transformations de la façon la plus naturelle possible. Il ne faut pas lui demander de jouer ou d’adopter des rôles qu’il ne veut pas tandis que nous cherchons des informations et adaptons notre esprit et notre langage à ces changements. Tout ce qui entoure l’enfant transsexuel doit suivre une même direction : celle du respect.

Le langage, la culture et la société constitueront des changements plus longs et difficiles pour l’enfant. En ce qui concerne le langage, il devra utiliser des termes plus neutres/inclusifs. Le langage est en effet une expression de la société qui change peu à peu de mentalité. Ces changements seront donc reflétés dans la façon dont nous parlons. Dans tous les cas, nous avons encore un long chemin à parcourir. Mais un chemin passionnant. Nous le devons à tous ces enfants qui se cherchent.