L’héritage émotionnel des femmes les plus sages

· 27 octobre 2015

Mes grands-mères sont les femmes les plus éclairées que je connaisse, bien que le temps les ait oubliées, et même si le monde sonne faux à leurs oreilles et que leurs regards sont fatigués.

Leur héritage sera transmis de génération en génération dans ces connaissances inculquées par les liens d’amour, les mots chuchotés dont elles nous ont couverts avant de dormir, mais aussi dans ces conseils et ces sourires qui en disent long, sans qu’elles aient besoin de prononcer une parole.

Les femmes les plus éclairées atteignent mille vies à chacun de leur anniversaire, et elles en savent plus sur le dépassement de soi que n’importe quel livre d’auto-développement.

Elles gardent cette essence qui ne connaît pas les traces du temps ni de la modernité, parce qu‘il s’agit de la sagesse du courage et de l’amour inconditionnel, qui n’exige pas mais qui enrichit et protège.


L’héritage des générations passées, celui de nos grands-mères, c’est le témoignage d’une femme qui a laissé son héritage du sang et de l’affection, parfois contradictoires, mais toujours intenses et décisifs.


Parlons aujourd’hui du lien tissé tout au long de ces trois générations, grands-mères, mères et filles, là où le rôle des premières a souvent une grande importance au niveau affectif et émotionnel.

Le lien invisible des femmes les plus éclairées

On dit souvent que les grands-mères sont les artisans les plus qualifiés de cette connaissance qui est transmise sans paroles.

Souvent, nous les voyons absorbées dans leur rituel précis qui consiste à ordonner leurs affaires, à prendre soin de nos vêtements, à choyer chaque aliment qui compose ces plats délicieux, à tresser leurs cheveux blancs chaque matin, pour ensuite en faire un chignon avec une subtile précision.

Dans chacun de leurs mouvements, se cachent non seulement des années de pratique, mais également le silence des émotions de toute une vie.

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En réalité, nous ne connaîtrons jamais tous les secrets qu’elles ont vécu dans leur jeunesse, toutes les peines qu’elles ont pleurées ou les déceptions qu’elles ont avalées comme les pierres froides d’une rivière.

Elles ont transmis à leurs filles leurs connaissances de la vie, celles qui parlent de courage et de vérités et qui transcendent le temps.

En amour il faut être prudent, car le cœur ne se donne pas à celui qui ne le mérite pas. Il y a des peines qu’il vaut mieux taire, et des joies qui doivent être affichées avec fierté, parce que ce sont des triomphes personnels qui rendent une femme belle.

L’éducation des femmes les plus sages

Les experts nous disent souvent que l’éducation des enfants n’est pas comme l’éducation des petits-enfants, car les grands-mères adoptent  un rôle plus détendu mais tout aussi important.

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Les petits-enfants sont les dons du sang, un hommage renouvelé à leur vie et ceux que l’on aime inconditionnellement,.

Les grands-mères laissent ainsi leurs enfants exercer leur rôle d’éducateur, en guidant et en fixant des limites à ces enfants qui marcheront sur la corde raide de commettre des erreurs dans l’éducation de leurs propres enfants.

Les grands-mères exercent cette figure de l’arbre qui offre des racines à leurs petits-enfants, et l’équilibre d’une affection qui ne connaît pas les tempêtes.

Il y a toujours un gâteau dans le four et une chaise à occuper en face d’une fenêtre de laquelle on peut regarder le ciel et les nuages.

L’héritage transgénérationnel des grands-mères, de ces femmes courageuses et de ce regard sincère, nous parle souvent de la résilience.

En fait, peu importe l’âge que nous avons pour nous rendre compte du sens de ce mot, en regardant les visages de ces femmes qui prennent notre visage dans leurs mains.

Nous sentons immédiatement qu’elles ont surmonté des choses que nous soupçonnons à peine. Elles ont bravé des champs de bataille où leur sexe n’était pas encore respecté, elles ont appris à lever le ton quand on leur exigeait le silence, et elles ont peut-être renoncé à plusieurs de leurs rêves.

Ces rêves qu’un jour elles ont projeté en nous, leurs petits-enfants, leurs espoirs qui nourrissent leurs cœurs, parce qu’il n’y a aucun amour si sincère que celui des femmes les plus sages …


Je ne crois pas à un éternel féminin, ni à une essence de la femme, quelque chose de mystique. On ne naît pas femme, on le devient.
Simone de Beauvoir


Images: Ramantik Sevgi