L’expérience de Quattrone et Tversky ou le pouvoir du mensonge

5 décembre 2019
L'expérience de Quattrone et de Tversky a mis en évidence que nous, êtres humains, avons fortement tendance à nous raconter des histoires et à les croire. Nous modifions ou supprimons des informations de la réalité de façon plus ou moins consciente afin de ne pas entrer en conflit avec nous-mêmes. 

Si on nous posait la question, la plupart d’entre nous diraient sans doute qu’ils ne sont pas concernés par les mensonges et la tromperie. Nous croyons presque tous que nos pensées sont vraies et que tous nos mots et actions sont totalement sincères. Or, l’expérience de Quattrone et Tversky démontre le contraire.

Cette expérience a été menée en 1984. Le principal objectif de cette étude était de prouver l’existence d’un biais cognitif connu sous le nom de « biais d’auto-confirmation ». Il est question du besoin de rendre vrai tout ce que nous pensons. Que cela soit bel et bien vrai ou non.

Ce biais fait référence aux mensonges que nous nous racontons. Nous parlons ici d’aveuglement, c’est-à-dire de ce processus au cours duquel nous cessons de voir ou de prendre en considération les aspects de la réalité qui contredisent nos croyances ou bien qui nous dérangent. Voyons cela plus en détail dans la suite de cet article.

Une femme les yeux bandés

L’expérience de Quattrone et de Tversky

Pour mener leur expérience, Quattrone et Tversky ont fait appel à 34 volontaires. Tous ces volontaires pensaient participer à une étude sur « les aspects médicaux et psychologiques de l’athlétisme », ce qui n’était en réalité pas le cas. Néanmoins, il était nécessaire qu’ils le croient.

Les volontaires ont dû par la suite plonger leurs bras dans de l’eau froide. Il leur a été dit que le niveau de résistance à cette eau froide était un indicateur très important de leur état de santé général. Cette information n’était pas non plus vraie.

Ces volontaires ont ensuite dû pratiquer certaines activités comme le vélo et autres activités similaires ; le but de ces activités était de les distraire.

À la fin de l’expérience, les volontaires ont assisté à une conférence sur l’espérance de vie. Au cours de cette conférence, ils ont appris qu’il existait deux types de cœurs. Le cœur de type I était plus résistant et, par conséquent, moins vulnérable face aux maladies cardiaques. Le cœur de type II, à l’inverse, était fragile et enclin à tomber malade.

Le tournant de l’expérience

Après cette première phase, l’expérience de Quattrone et Tversky a pris un tournant. Le groupe de volontaires a été divisé en deux.

Les deux groupes ont reçu l’information suivante : plonger les bras dans l’eau froide permet de découvrir si l’on a un cœur de type I ou de type II. Au premier groupe, on leur a dit que ceux qui avaient un cœur de type I, à savoir un cœur fort et résistant, étaient capables de maintenir plus longtemps les bras dans l’eau froide. Le groupe 2 a reçu l’information inverse : ceux qui ont un cœur fort et résistant tenaient moins de temps que les autres, les bras plongés dans l’eau froide.

Les volontaires ont donc dû à nouveau plonger leurs bras dans de l’eau froide pour que les chercheurs puissent ajuster leur évaluation. Le résultat a été curieux : les volontaires du premier groupe sont parvenus à tenir plus longtemps que la première fois et les volontaires du deuxième groupe ont, eux, tenu moins longtemps.

Deux seaux d'eau

Les conclusions de l’expérience de Quattrone et de Tversky

De façon générale et en moyenne, les nouveaux résultats ont varié de dix secondes. Ceux qui, la première fois, avaient tenu 35 secondes, la deuxième fois, au sein du premier groupe, ont tenu 45 secondes. Et inversement, les participants du deuxième groupe qui avaient tenu 35 secondes la première fois, ont tenu 25 secondes la deuxième fois. Que peuvent donc conclure les chercheurs ?

Pour nuancer leurs conclusions, les chercheurs ont demandé aux participants si l’information concernant les types de cœur avait influé sur leur capacité à tenir plus ou moins longtemps. 29 volontaires sur 38 affirmèrent que non. On leur a ensuite demandé s’ils pensaient avoir un cœur sain. 60 % des volontaires qui avaient répondu que non ont, à cette nouvelle question, répondu que oui.

Pour les chercheurs, les résultats montrent que nous avons fortement tendance à créer des illusions. Nous sommes capables d’éliminer complètement les informations de la réalité simplement pour prouver que nous avons raison et, au passage, affronter des situations inconfortables ou inquiétantes.

 

Trivers, R. (2013). La insensatez de los necios. La lógica del engaño y el autoengaño en la vida humana. Katz Editores.