Lever le voile sur la maltraitance psychologique

· 1 août 2017

Il y a quelques années, je vivais en colocation avec des personnes plus jeunes que moi. Si je n’avais pas décidé de reprendre mes études, cela ne serait jamais arrivé et je ne les aurais jamais rencontrées. Elles étaient entre ma génération et celle de mes enfants. Ce qui a tout particulièrement attiré mon attention, surtout chez les filles, a été leur tendance à se plonger dans des relations marquées par une véritable maltraitance psychologique, et ce sans même s’en rendre compte. C’était donc ainsi qu’elles dessinaient leur futur ?

Elles me racontaient les disputes qu’elles avaient avec leurs compagnons/compagnes : un discours qui avait toujours la même structure. Pour commencer, elles expliquaient la raison de leur colère, comment elles en étaient arrivées à leurs limites, et elles finissaient leur histoire en exprimant un sentiment de culpabilité du type « c’est de ma faute, j’ai un mauvais caractère », « le/la pauvre, ce n’était pas si grave finalement… »

Lorsque j’écoutais leurs histoires, des frissons parcouraient mon corps. Elles reflétaient tout ce qu’une fille ne devrait pas avoir à supporter, jamais. Elles excusaient tout et laissaient tout passer, même si elles n’acceptaient pas le traitement qui leur était réservé.

Je les voyais rentrer certains matins avec le regard triste. Epuisées, elles me racontaient une énième anecdote de ce qui était arrivé jusqu’à exprimer tout ce qui les inquiétait. C’était si évident ; ce que je voyais là n’était pas le visage d’une femme amoureuse. C’était le visage d’une relation dépendante et toxique envahie par la maltraitance psychologique.

Et je me demandais alors, n’y a-t-il rien que je puisse faire pour les mettre en garde ? Devons-nous tou-te-s voir de nos propres yeux et souffrir les terribles conséquences de la maltraitance pour en prendre véritablement conscience ? Dans cet article, je souhaite laisser, pour elles ou pour quiconque puisse y trouver une utilité, le témoignage d’une fille, une amie, qui peu à peu s’est laissée prendre entre les griffes de la maltraitance psychologique sans vraiment s’en rendre compte, jusqu’à ce qu’il soit « presque » trop tard.

Un véritable cas de maltraitance psychologique

« Peut-être aurais-je dû me rendre compte (esprit innocent) qu’alors que j’essayais de sentir l’air que je respirais, j’avais à mes côtés une personne bien plus vivante que moi, plus âgée et plus expérimentée. Cet homme observait toute la situation avec grand intérêt, tandis que j’avançais à ses côtés, vulnérable.

Je me suis laissée aller et je suis « tombée amoureuse », j’ai été « enchantée » par un fantasme, vêtu d’un drap séduisant à ma mesure. Je ne le voyais pas, je ne l’identifiais pas, à cette époque on n’avait encore jamais entendu parler de la maltraitance psychologique. Je n’arrivais pas à ouvrir les yeux, jusqu’à ce qu’il se soit trop tard. Je voulais juste me sentir moi-même et vivre avec mon fils l’enfance qui selon moi serait parfaite, au sein de la « famille heureuse » que j’avais toujours désirée.

Quand je suis tombée enceinte, j’ai alors commencé à entrevoir qui il était vraiment : il s’est mis à mal me traiter, à crier sur moi, à m’insulter, à me disputer pour n’importe quelle bêtise. Il me faisait me sentir inférieure et incapable de faire quoi que ce soit, ou presque. Qui étais-je, sans lui ?

Tout a empiré à partir du moment où je suis devenue mère

Lorsque mon fils est venu au monde, la rivière a continué à se contaminer en son cours jusqu’à l’abîme, et même avec le bébé dans les bras, je me sentais agressée. Dès lors, j’ai commencé à fuir les affrontements, les accès de colère, je me laissée convaincre par un « je m’excuse », des « pardon » après chaque crise de colère, crises de colère qui chaque jour étaient plus fréquentes. Je suis tombée dans le piège de la maltraitance psychologique. La plupart du temps, je me sentais responsable des affrontements. Etait-ce moi, avec mon fort caractère, qui étais coupable de tout ?

Il a arrêté de travailler et de m’aider à la maison. Lorsqu’il buvait une bière, il devenait le Diable en personne, il m’agressait verbalement, il me frappait et il cassait tout objet qui se trouvait sur son passage. Cependant, je continuais à maintenir mon objectif, à savoir une famille heureuse. « Tout le monde se dispute, après tout » ; voilà ce que je me disais à moi-même pour me rassurer.

Quand il me disputait, je l’évitais, ce n’était pas possible que sous mon toit résonnent les mêmes cris que ceux qui perçaient le silence chez mes parents. Le pire de tout, c’est cette attitude qui blesse, ne cicatrice pas et se fait chaque jour plus profonde.

Il a commencé à maltraiter notre fils alors qu’il n’avait que trois ans. A l’humilier comme il le faisait avec moi. C’était une proie facile pour la haine qu’il ressentait en lui. Pourquoi cette haine ? Je ne le saurai jamais. Ce que je sais en revanche, c’est qu’il avait constamment besoin d’une victime. Il était clair qu’il n’était pas heureux.

C’est grâce à mes ami-e-s si j’ai pu ouvrir les yeux

Peu à peu, j’ai élargi mon cercle social, je me suis fait des ami-e-s même si j’y étais assez hermétique au départ. C’est alors que j’ai vu, que j’ai commencé à voir et qu’il iels m’ont fait voir que les disputes que nous avions moi et mon conjoint n’étaient pas normales. Il était en train de tuer mon estime de moi-même.

Je me tuais à la tâche : en plus de m’occuper de la maison et de notre fils, je travaillais afin de gagner de l’argent et e pouvoir subvenir aux besoins de la famille. L’été, après neuf ou dix heures passées à servir des clients au restaurant, je m’évadais quelques heures pour aller retrouver mes amies, qui me réconfortaient avec leurs mots et leur tendresse. Cependant, chaque hiver lorsque je rentrais à la maison, je retrouvais ma prison, et mon rêve s’éloignait alors de plus en plus loin.

Mon fils avait trois ans, et de mon côté, cela faisait deux ans que je ne me regardais plus dans le miroir ; je ne faisais que me voir, j’avais perdu le goût de me faire belle. A quoi bon ? Tout ce que je voyais était une femme moche et fatiguée. J’avais 30 ans et j’étais déjà vieille, il me criait et me méprisait partout où nous allions ensemble, et rien de ce que je faisais n’était bien. Les choses ont duré ainsi jusqu’à ce que mon regard soit complètement empreint de tristesse, de même que la mer qui s’obscurcit lors d’une nuit sans lune.

Je l’ai pris comme un signal d’alarme, car cela ne faisait pas partie du plan de départ.

La prise de conscience accentuait d’autant plus l’angoisse

Je sentais qu’il en allait de ma totale responsabilité si je menais cette vie, qu’après tout je l’avais choisie, et je mentais alors sur notre relation à tout le monde. J’inventais des excuses, et allait même jusqu’à réussir à convaincre les autres du fait que si je perdais les cheveux, c’était juste pour des raisons hormonales.

Un jour, quelque chose s’est rompu en moi, et mon corps a dit à mon esprit que ça suffisait, qu’il n’en pouvait plus. J’ai fait une crise d’angoisse qui m’a traînée jusqu’aux portes de la mort. Je sentais que mon corps cessait de fonctionner peu à peu. D’abord, je n’ai plus senti mes doigts, puis mes mains et mes pieds, mon visage, ma langue, mes bras…et ma respiration ne suivait plus aucun rythme.

Je ne souhaite à personne d’être pleinement conscient et de voir son corps lâcher peu à peu. Mes amies m’ont emmenée au centre médical, et cette nuit-là je suis restée en observation. Le docteur du petit village où je vivais alors, en plus d’être un ami, était psychiatre. Il m’a recommandé de rester chez une amie le reste de la semaine afin d’être tranquille et de récupérer.

J’ai appris à dire NON

Ainsi a commencé la récupération, qui a duré 5 jours, jusqu’à ce que je rentre à la maison. Il était là, sous le porche. J’ai monté les escaliers et je l’ai embrassé tout en lui disant « je suis de retour à la maison, je me sens mieux ». Il m’a rejetée en me poussant, et m’a fait perdre l’équilibre. Il a commencé à crier sur moi, mais je ne me souviens pas de ses mots, je n’arrivais pas à l’écouter : j’étais juste terrorisée par les cris, les coups, et la violence qui émanait de ses gestes ainsi que de sa voix.

J’ai eu peur, pour moi, pour mon fils, pour l’amie qui m’accompagnait. J’ai eu cette pensée que l’on a lorsque l’on a peur : m’enfuir en courant ! Et ce sans oublier de prendre mon fils avec moi, qui avait déjà cinq ans. Je craignais qu’il lui fasse du mal pour m’atteindre directement et me blesser, moi. C’est ce que j’ai pensé ; qu’il le ferait pour se venger de moi. Mais je n’avais rien fait de mal !

Nous sommes donc parti-e-s, terrorisé-e-s. Aucun mot n’est sorti de ma bouche pendant tout le trajet. De retour chez mon amie, personne ne disait rien. Puis, peu après, il est venu. Je suis sortie sur la terrasse du deuxième étage, et je l’ai vu là, en bas.

Et une fois de plus, il m’a dit : « je suis désolé »

Or, il était déjà trop tard, et tout ce qui est sorti de moi, de mon âme, c’est un « NON ! Je n’en peux plus, c’est fini ! » J’ai décidé d’échapper de la prison de la maltraitance psychologique.

Je voulais qu’il soit heureux seul, puisqu’il ne l’était pas avec moi. Je lui ai demandé de chercher le bonheur ailleurs, et lui ai aussi dit que je l’avais aimé très fort. A partir de ce moment-là, de la séparation, il m’a appelée et envoyé des messages où il disait souhaiter ma mort, où il m’insultait et où il me menaçait de se venger un jour pour « l’humiliation subie ».

Nous refusions de le voir, sa présence ne nous faisait que du mal, et nous noyait tous les deux, mon fils et moi. Le seul moyen d’avoir la paix, pour moi et surtout pour mon fils, consistait à être séparé-e-s et loin de lui. Pour rien au monde je ne permettrais qu’on fasse du mal à mon fils, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Il en va de mon devoir de mère de l’éduquer pour qu’il sache faire la différence entre amour et humiliation.

…car une personne qui nous aime ne nous torture pas psychologiquement.