Leon Festinger : une expérience de dissonance cognitive

5 août 2019
Par le biais d'une expérience, Leon Festinger teste le processus décisionnel. Nous vous l'expliquons ici.

La prise de décision est mise à l’épreuve dans une expérience de dissonance cognitive. Mais qu’est-ce que la dissonance cognitive ? Il s’agit d’une sensation qui apparaît dérivée d’un conflit entre les idées, les croyances et les valeurs du sujet et son comportement.

La dissonance cognitive résulte de l’incompatibilité des pensées, qui crée un état d’inconfort considérable chez les gens.

Nous pouvons alors comprendre la dissonance cognitive comme une tension psychologique. Le concept a été introduit par Leon Festinger en 1957.

Selon cet auteur, cette tension oblige le sujet à créer de nouvelles idées ou aptitudes qui atténuent la tension et sont complémentaires à son système de croyances. Cette théorie est fortement liée à la prise de décision. Chaque fois que nous décidons de faire quelque chose qui va à l’encontre de nos croyances, diverses stratégies se déploient pour atténuer cette tension.

« Lorsqu’il y a dissonance, en plus d’essayer de la réduire, la personne évitera activement les situations et l’information qui augmenteraient probablement la dissonance. »

-Leon Festinger-

Homme pensant à la dissonance cognitive
Leon Festinger : le créateur d’une expérience révolutionnaire

Festinger était un psychologue social américain né à New York en 1919. Sa théorie de la dissonance cognitive a eu une pertinence particulière en psychologie sociale, en particulier dans les domaines de la motivation et de la dynamique de groupe.

La théorie se base sur le fait que l’être humain est conscient de ses actions et chaque fois qu’il fait quelque chose avec laquelle il n’est pas d’accord, il a besoin d’atténuer la dissonance générée.

L’expérience de la dissonance cognitive

L’expérience de dissonance cognitive a été conçue par Leon Festinger et sa collègue Merrill Carlsmith en 1957. Elle s’est déroulée avec les élèves et comprenait les étapes suivantes :

  • Un élève seul s’est vu assigner des devoirs ennuyeux. Ces tâches étaient répétitives et ne suscitaient guère d’intérêt. Toutefois, le but de l’expérience n’était pas d’évaluer l’exécution de ces tâches
  • On a ensuite demandé à l’élève de convaincre le participant suivant, lorsqu’il quittait la salle, que l’expérience était amusante. En somme, on leur a demandé de mentir
  • Une récompense a été offerte pour le mensonge. La moitié des élèves se sont vu offrir vingt dollars pour avoir menti, tandis que l’autre moitié n’a reçu qu’un dollar
  • Le sujet qui attendait pour participer à l’expérience (un complice de l’expérience) a dit aux élèves qu’un de ses amis avait fait l’expérience la semaine précédente et qu’il l’avait trouvée ennuyeuse
  • Les sujets ont dû mentir alors qu’ils étaient observés. On a ensuite noté à quel point ce mensonge faisait l’objet de justifications

Des dissonances cognitives sont apparues chez les élèves qui ont accepté de mentir pour un dollar. Ils ont dû se convaincre eux-mêmes que l’expérience était amusante afin d’atténuer le conflit.

Pourquoi ? Parce que la récompense n’était pas assez bonne pour « se sentir à l’aise » avec le mensonge. Lorsqu’il s’agissait de justifier leurs actions, ils étaient particulièrement tendus par rapport au groupe qui a reçu vingt dollars. Ce dernier l’a fait de façon plus naturelle et désinvolte.

Le conflit du mensonge

L’expérience de dissonance cognitive nous amène à plusieurs conclusions. Principalement, le groupe de récompense de vingt dollars savait parfaitement bien que l’expérience était ennuyeuse. Ce groupe avait également la justification nécessaire pour dire le contraire. Ce n’est pas le cas du groupe d’un dollar, où nous avons pu voir comment les sujets se sont convaincus d’alléger la tension générée par une récompense insuffisante.

Conclusion de l’expérience

Dans une dernière étape, après avoir menti, l’expérimentateur principal a demandé aux participants s’ils trouvaient cela vraiment amusant. Dans le groupe ayant de 20 dollars, les sujets ont sincèrement exprimé que l’expérience n’avait pas vraiment été amusante. Paradoxalement, le groupe qui a dû se convaincre de l’incohérence de la récompense, a réaffirmé le mensonge et beaucoup ont dit qu’ils le referaient.

Résultats de la dissonance cognitive

  • Évitement : les sujets ont tendance à éviter tout stimulus qui les ramène à l’état original de dissonance. Les situations, les personnes, les idées et les lieux qui se trouvent à nouveau confrontés au conflit sont évités
  • Recherche d’approbation : en conséquence des stratégies déployées, l’approbation de l’histoire ou des motifs sur lesquels le sujet se convainc lui-même se recherche chez les autres afin de justifier ses actions
  • Comparaison : ceux qui souffrent de dissonance ont tendance à se comparer aux autres pour justifier leurs actions

« Le croyant doit avoir le soutien social des autres croyants. »

-Leon Festinger-

Une femme qui a les yeux fermés
La dissonance cognitive aujourd’hui

Soixante ans se sont écoulés depuis l’expérience et aujourd’hui le sujet continue de soulever des questions et de susciter des débats ouverts. Elle a été proposée, par exemple, pour justifier les méthodes de défense qui apparaissent dans diverses pathologies psychologiques. En retour, elle a également été utilisée dans l’analyse psychosociale des criminels et des personnes qui justifient leurs actions en se cachant dans le groupe ou en suivant des ordres.

Le pouvoir de la conviction, le soulagement de la culpabilité

L’expérience questionne également la tendance humaine à trouver un soulagement psychologique et mental. Le contraste entre les normes sociales et les décisions quotidiennes nous fait vivre cet état désagréable plus souvent que nous le souhaiterions. Le problème se pose lorsque, par ce désir de nous libérer de la tension, nous finissons par générer des comportements inadaptés.

De plus, la connaissance de la dissonance peut nous aider à l’identifier lorsque nous la subissons. Elle peut aussi nous aider à mesurer l’influence des informations que nous obtenons de notre groupe de référence sur nous et à observer comment les normes qui la constituent conditionnent notre façon d’agir, de penser ou de sentir. Enfin, il faut souligner que la dissonance cognitive nous confronte à nos valeurs, nous amenant parfois à les actualiser ou à actualiser notre façon d’agir.

 

  • Tavris, C. y Aronson, E. (2007). Mistakes Were Made (But Not by Me): Why We Justify Foolish Beliefs, Bad Decisions, and Hurtful Acts. Harcourt Books.