L’enseignement des trois singes sages sur le sanctuaire de Toshogu

10 juillet 2017 dans Psychologie 511 Partagés

L’enseignement que nous offre la sculpture en bois de trois singes sages du sanctuaire de Toshogu continue à nous inspirer aujourd’hui. Son message original est aussi simple que clair : « N’écoute pas ce qui te mène à de mauvaises actions. », « Ne regarde pas les mauvaises actions comme quelque chose de naturel » et « Ne parle pas mal sans fondement ».

Curieusement, le temps et notre vision occidentale a un peu simplifié son enseignement primitif pour ne garder que le classique « voir, entendre et se taire ». Une devise que l’on peut même trouver sous forme d’émoticone sur Whatsapp et qui d’une certaine manière, déforme pas mal l’idée originale et même l’ordre des figures représentées.

« Rien n’est plus beau que connaître la vérité, rien n’est plus honteux qu’approuver le mensonge et le prendre pour la vérité. »

-Cicéron-

Cependant, l’enseignement va bien au-delà de tout cela, car cette représentation du XVIème siècle, érigée en l’honneur du Shogun Tokugawa Leyasum, se nourrit dans ses racines des enseignements de Confucius, et pour beaucoup, le message des trois singes a aussi beaucoup à voir avec les trois filtres de Socrate.

Quoi qu’il en soit, il est toujours enrichissant de se plonger dans ce type d’iconographies si classiques et dans ses sagesses originelles pour pouvoir réfléchir et actualiser un peu nos connaissances. Les trois singes sages de Toshogu répandent un code moral et un mysticisme qui nous plaisent tant et que nous pouvons aujourd’hui partager avec vous.

Ce que raconte la légende ses 3 singes sages

La légende des 3 singes sages a pour origine la mythologie chinoise, et est composé de trois personnages étonnants : Kikazaru, le singe qui n’entend pas, Iwazaru, le singe qui ne parle pas et Mizaru, le singe qui ne voit pas.

Ces trois créatures singulières ont été envoyées par les dieux comme des observateurs et comme des messagers. Ils doivent être les témoins des actes et des mauvaises actions de l’humanité pour ensuite, les faire connaître aux divinités. Ces messagers divins ont agi selon un sort magique par lequel on leur octroyait deux vertus et un défaut. Ils sont représentés dans l’ordre suivant :

  • Kikazaru, le singe sourd, est celui qui observe tou-te-s celleux qui commettent de mauvaises actions. Ensuite, il les raconte au singe aveugle par la voix.
  • Mizaru, le singe aveugle, est celui qui transmet les messages du singe sourd au singe muet, Iwazaru.
  • Iwazaru est celui qui reçoit les messages du singe aveugle et qui veille à l’accomplissement de la peine des dieux par les humains, puisque c’est lui qui décide de la punition qu’ils doivent recevoir.

Ce que l’on retient de cette histoire, c’est avant tout le besoin de rester toujours libre dans son esprit. Il faut éviter d’écouter ce qui nous oblige à mal agir, éviter de parler sans fondement et ne pas voir les mauvaises actions comme des actions normales.

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Les 3 filtres de Socrate

Il existe un intéressant parallélisme entre la légende des trois singes sages et cette histoire que Socrate en personne nous a léguée, où il explique comment l’un de ces élèves est arrivé chez lui un matin, anxieux, pour lui raconter une rumeur. Face à l’impatience du jeune homme, le sage athénien lui expliqua qu’avant de lui révéler la nouvelle, il devait penser à trois dimensions.

  • La rumeur que tu vas me raconter, a-t-elle été recoupée ? Est-ce, selon toi, une VÉRITÉ ?
  • Ce que tu veux me dire, est-ce BON ?
  • Pour finir, ce que tu as à relater, est-ce vraiment utile ou NÉCESSAIRE ?

Ces trois filtres, comme nous le voyons, ont un fort lien avec les profils que représente chaque singe du temple de Toshogu. Voyons cela en détail.

« Même si la vérité représente la minorité, elle reste la vérité. »

-Gandhi-

Kikazaru est le singe qui se bouche les oreilles

Kikazaru est sage et prudent. C’est le singe qui se trouve à gauche et qui choisit de se boucher les oreilles face à certaines informations car il souhaite tout simplement préserver son équilibre.

Il ne s’agit pas de fuir face à certaines données, vérités ou évidences. Ce n’est pas une attitude de lâcheté ou de défaite, mais qui permet de laisser de côté l’information qui n’est pas utile et qui est nocive, dans le but de protéger son intégrité.

Le singe qui se couvre la bouche : Iwazaru

Iwazaru est le petit singe du centre qui représente le besoin de ne pas transmettre le mal, de ne pas répandre des rumeurs, et avant tout, d’être prudent lorsqu’on propage ses histoires qui, comme nous le rappelle Socrate avec ses trois filtres, ne sont souvent ni certaines, ni bonnes, ni utiles.

Mizaru, le singe aveugle

D’un point de vue socratique, Mizaru représente une invitation directe à fermer les yeux face à ce qui ne sert à rien, qui n’est pas utile, ni bon…

  • Il n’y a ici aucune attitude passive ou lâche. Il ne s’agit pas de détourner la tête, ou de dénoncer la méchanceté ou le maléfique (souvenons-nous que dans la légende, ce sont les singes qui décident des punitions). Il s’agit d’appliquer ce regard sage de qui sanctionne le pervers pour garder le lumineux, le noble et ce qui nous aide à être meilleur.

Pour conclure, comme nous pouvons le voir, aussi bien dans la légende originelle que dans les trois filtres que Socrate nous a donnés en son temps, il existe un enseignement primitif qui a survécu à l’écho du temps et qui aujourd’hui, continue à être utile, plus que jamais : nous devons être prudent-e avec ce que nous disons, sages avec ce que nous écoutons et habiles au moment de diriger notre regard.

Ce sont trois mécanismes qui nous aideront sans doute à préserver notre équilibre intérieur et notre bonheur.

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