L’enfant abandonné : l’attachement réactionnel désorganisé

· 4 juillet 2018

Il est fréquent de réagir à travers des comportements sociaux peu adaptés lorsque nous grandissons dans un contexte de soins insuffisants ou de négligence. L’attachement réactionnel désorganisé ou le trouble réactionnel de l’attachement réactif (TRA) se développe en raison de ces conditions de croissance.

L’attachement est la principale composante du développement social et émotionnel lors de la petite enfanceIl se réfère au lien que le bébé établit avec ses parents ou les principaux protecteurs. Ce lien sera une référence puissante pour le reste des relations que l’enfant établira pendant l’enfance. Il le sera souvent également pour celles qu’il établira après cette étape vitale.

La théorie de l’attachement nous offre un nouveau regard sur le processus de développement humain. Formuler et répondre à certaines questions peut donc nous aider à mieux comprendre sa profondeur : Qu’est-ce que le lien d’attachement et à quoi sert-il à l’être humain ? Quels sont les effets pathologiques si le lien d’attachement n’est pas organisé correctement ?

Qu’est-ce qu’un attachement réactionnel désorganisé ou un trouble réactionnel de l’attachement réactif (TRA) ?

L’essence de l’attachement réactionnel désorganisé ou trouble réactionnel de l’attachement (TRA) réside dans l’enfance. Lorsque les jeunes enfants grandissent avec des possibilités limitées pour se lier de manière sélective. Ils se montrent finalement en retrait et inhibés, ne se connectent avec personne. L’abandon social, les fréquents changement de protecteurs ou la privation (par exemple, dans les milieux institutionnels) sont quelques unes des conditions de risque qui donnent lieu à un attachement réactionnel désorganisé ou trouble réactionnel de l’attachement (TRA).

attachement réactionnel désorganisé

Ces enfants sont froids, ils recherchent rarement la proximité d’adultes spécifiques, même en cas de besoin émotionnel. Ils peuvent se montrer irritables sans explication, ou tristes ou avoir peur du contact ou de la proximité de leurs protecteurs/membres de la famille.

« Il est considéré comme essentiel pour la santé mentale, qu’un nourrisson ou un jeune enfant vive une relation chaleureuse, intime et continue avec sa mère (ou mère adoptive ou toute personne qui en pend régulièrement soins), relation dans laquelle chacun trouve satisfaction et plaisir. »
-John Bowlby-

L’attachement et son impact sur le développement de l’enfant

L’une des théories les plus intéressantes aujourd’hui dans le domaine de l’enfance est celle de l’attachement. Elle nous permet de mieux comprendre la complexité du processus par lequel nous survivons et nous intégrons dans la société. De l’éthologie à la psychanalyse, nous savons qu’un bébé humain a besoin d’adultes prêts à couvrir ses besoins vitaux (affection, soins, nourriture, hygiène, mouvement …) dès la naissance.

Nous nous différencions des autres espèces du fait que nous apprenons naturellement par l’imitation. De sorte que ce processus implique relation et apprentissage, que  nous appelons également humanisation. En d’autres termes, nous appelons lien d’attachement le besoin des êtres humains de créer des liens de coexistence et d’amour, établissant des liens forts, sélectifs et durables avec ses protecteurs.

Quels sont les effets de l’incompétence parentale ?

Nous parlons d’incompétence parentale lorsque les figures d’attachement ne sont pas en accord avec l’enfant. L’existence d’incompétences parentales grâves chez un adulte peut se manifester par une ou plusieurs des caractéristiques suivantes :

  • Difficulté à être disponible (psychiquement et / ou physiquement). A établir des relations affectives, à se mettre à l’écoute ou à comprendre les besoins des enfants.
  • Les relations ou les soins qu’ils offrent sont chaotiques, instables, changeantes.
  • Ils ne savent pas comment calmer l’enfant. Ni comment lui donner de l’affection, répondre à ses demandes de communication…
  • Ils ne peuvent pas reconnaître, identifier, réguler, favoriser le développement de la capacité de symbolisation ou d’adaptation à la réalité sociale de l’enfant.
  • Ils ont tendance à offrir des réponses incohérentes et contradictoires. Par exemple, les mots ne coïncident pas avec les faits, les gestes, les événements…
  • Agissements négligents (manquement aux soins de base, abus psychique et physique, abus sexuel, manipulation psychologique).
  • Ils sont habituellement réactifs à des maladies mentales graves (dépression, toxicomanie, difficultés sociales, événements de vie graves et invalidants …).
attachement réactionnel désorganisé

Un lien d’attachement inapproprié est créé lorsque l’enfant grandit sous le « parapluie » des incapacités parentales. Les conséquences dépendront de diverses variables. Ces dernières incluent notamment :

  • L’âge de l’enfant au moment de la désorganisation du lien.
  • L’existence d’un substitut déjà connu et stable à la liaison en cas de séparation ou de rupture. L’adaptation au substitut dépend de la qualité des relations de liaison avant l’épisode de rupture et de la façon dont ce lien a été maintenu.
  • Le moment psychique dans lequel il se produit. En effet, les moments critiques sont la première année de la vie, l’âge de 3-4 ans, et l’adolescence.
  • La capacité de résilience (réparation subjective de chaque sujet).
  • Le motif de la rupture de l’attachement (histoire et événements de la vie).
  • La durée de la situation de rupture ou de désorganisation.

Il est compréhensible que les personnes qui grandissent dans de telles conditions montrent des comportements abrupts, imprévisibles ou impulsifs. En effet, elles ressentent les relations avec une grande insécurité, avec anxiété et méfiance, comme peu fiables. Des pathologies peuvent parfois en résulter, comme le trouble réactionnel de l’attachement (TRA), également connu sous le nom d’attachement réactionnel désorganisé. Il existe ici une grande incohérence et un grand paradoxe : « La personne dont je dépends détruit mon propre être ».

Références bibliographiques

Zeanah, CH, Chesher, T. et Boris, NW (2016). Mesures pratiques pour l’évaluation et le traitement des enfants et des adolescents atteints d’un trouble réactionnel de l’attachement réactif (TAR) et du trouble d’engagement social non inhibé. J Am Acad Child Adolesc Psychiatrie, 55 (11), 990-1003.
Comín, MA (2014). Le lien d’attachement et ses conséquences pour la psyché humaine. Logos, 1-15.