L'école structurelle de Minuchin

10 avril, 2021
Minuchin, avec sa thérapie structurelle, met en évidence la nécessité de rompre l'équilibre de certains systèmes pour mettre en marche des mesures qui finissent par aboutir à un meilleur état de stabilité. Dans cet article, nous nous penchons sur les thérapies qui s'appuient sur cette idée.

L’école structurelle de Salvador Minuchin s’inscrit dans la perspective systémique. Historiquement, on a surtout utilisé les modèles de ce courant dans le cadre de la thérapie familiale.

Cependant, aujourd’hui, son champ d’application s’est élargi. Tout d’abord, le modèle systémique conçoit la famille comme un système dans lequel le comportement d’un membre ne peut être compris de manière isolée et indépendamment de ce que fait le reste de la famille.

Pour commencer, on peut dire que cette approche prend en compte trois aspects du fonctionnement de la famille. Tout d’abord, la structure de la famille. Elle est déterminée par ses limites, ses hiérarchies et le degré d’identité des personnes qui la compose.

Ensuite, la régulation ou la manière dont la famille maintient l’équilibre de ses interactions. Enfin, l’information ou la manière dont les membres communiquent entre eux.

Dans les années 1970, Salvador Minuchin a fondé l’école structurelle sur la base de sa pratique clinique des problèmes de santé mentale des populations marginalisées. La principale orientation donnée par Minuchin a été d’inclure comme variable majeure le contexte et la responsabilité de chacun des membres de la famille.

Il souligne que, parfois, le problème dont souffre la famille est la conséquence des actions d’un des membres de la famille qui visent à maintenir la stabilité ou l’homéostasie de la famille. Minuchin nous explique que parfois ces mesures sont, précisément, à l’origine du problème.

Il défend alors qu‘il peut être nécessaire de déséquilibrer le système pour que le problème disparaisse. Cette forme de thérapie, bien que paradoxale, amène la famille à découvrir des solutions alternatives et à commencer à explorer d’autres ressources et d’autres voies.

Papiers découpés représentant une famille.

L’objectif de l’école structurelle de Minuchin

Selon l’école structurelle, les symptômes que présente une famille apparaissent lorsqu’il y a un retard ou un arrêt dans le cycle de vie de la famille. En d’autres termes, le système est bloqué et n’avance plus. Cela est dû à différents schémas transactionnels qui se répètent au fil du temps et qui ne sont pas fonctionnels.

Les schémas répétés établissent des règles sur comment, quand et avec qui entrer en relation. Ces schémas sont établis par la famille.

En ce sens, les processus du système familial se reflètent dans sa structure. Les structures sont constituées de hiérarchies, de frontières entre les sous-systèmes et de frontières avec l’extérieur, ainsi que de règles régissant le pouvoir et la communication.

En outre, il existe des alliances, autrement dit des unions entre individus, ainsi que des coalitions, c’est à dire des alliances entre membres contre un tiers. Si on modifie les règles relatives aux limites et aux hiérarchies, on changera probablement aussi les modèles d’interaction.

En effet, ce sont ces schémas qui maintiennent le symptôme. Par conséquent, l’objectif thérapeutique est de modifier cette organisation familiale. De modifier les frontières qui ont été créées entre les sous-systèmes et les hiérarchies, et d’adapter les modèles transactionnels aux besoins de la famille.

Minuchin cherche à remettre en question la structure dysfonctionnelle créée par la famille. Et ce, afin de générer un déséquilibre. L’idée est de commencer à développer de nouveaux modèles d’interaction et, par conséquent, de nouvelles solutions.

Les phases de la thérapie

Minuchin établit différents moments dans la thérapie familiale. Au départ, on commence par poser un diagnostic. Cependant, et contrairement aux autres approches, le diagnostic porte sur la structure du système.

Comme nous l’avons commenté plus haut, selon l’école structurelle, on suppose que chaque membre de la famille a sa part de responsabilité dans le problème. Tous participent à l’interaction et au maintien du symptôme.

Après le diagnostic, le thérapeute entame la première phase au cours de laquelle il entre lui-même dans le système. Une fois à l’intérieur du système, il réalise trois actions.

Tout d’abord, le traçage pendant laquelle il collecte des informations. Vient ensuite le maintien ou il respecte les règles du système sans y introduire aucun type de changement. Enfin, le mimétisme ou il met en avant les éléments de similitude entre le thérapeute et la famille.

Une fois que le thérapeute est à l’intérieur du système familial, vient le temps de la deuxième phase. Il s’agit d’une série de techniques qu’il met en œuvre.

La technique du défi consiste à mettre en scène avec la famille un schéma de communication dysfonctionnel. Le thérapeute demande à la famille de jouer une scène familiale. Il recueille alors des informations non seulement sur ce qui se passe, mais aussi sur la manière dont cela se passe.

Après ce jeu de rôle, c’est le temps de la mise au point ou de la focalisation. Cette technique vise essentiellement à focaliser l’attention sur un point précis de la mise en scène pour en souligner un aspect important. “Il semble que ce que vous avez représenté soit différent de ce que vous aviez en tête au début de la thérapie...”.

En outre, le thérapeute utilise au cours de cette phase la technique de l’intensification. Il s’agit ici de répéter à la famille un message qu’il juge nécessaire autant de fois que nécessaire jusqu’à ce que le système l’intériorise.

Une thérapie familiale.

D’autre part, il existe des techniques de restructuration dont l’objectif est de changer le système. Pour réaliser ce changement, on utilise alors une série de stratégies. La redéfinition positive du symptôme consiste en une relecture relationnelle alternative pour questionner les définitions de la famille.

Dans le même temps, des tâches sont prescrites dans le but de modifier certains aspects du système. Il est également souvent demandé à la famille de faire exécuter une tâche à certains de ses membres. Cela à pour but de favoriser de nouvelles alliances.

Enfin, on procède au déséquilibre. Il s’agit de la partie la plus importante de la thérapie et de celle qui entraîne le changement. Le thérapeute s’allie temporairement avec certains membres pour déséquilibrer le système et provoquer des crises.

Un exemple de ce déséquilibre pourrait être : “Celia, vous êtes très intelligente, protectrice, aimante et vous recherchez toujours l’unité familiale. Ne pensez-vous pas qu’il est temps d’arrêter de vivre la vie de vos enfants et de vivre la vôtre ?”

L’école structurelle est une approche très utile. Elle a été spécifiquement conçu pour englober l’ensemble du système familial. L’un de ses points les plus intéressants est d’accepter la responsabilité de chaque membre dans le fait que le problème persiste.

Il s’agit d’une thérapie assez directive qui cherche à mobiliser le système pour provoquer un changement. Pour ce faire, l’atteinte ou non des objectifs fixés dépendra en grande partie de l’implication de la famille dans la thérapie .

Feixas, G. y Miró, T. (2004): Aproximaciones la psicoterapia. Paidós. Barcelona.

Minuchin, S. (1977). Familias y terapia familiar. Barcelona: Gedisa.