Le vide existentiel : la sensation que la vie n’a pas de sens

· 12 avril 2019
La sensation de vide existentiel n'a rien d'agréable.

La vie n’a pas de sens. C’est ce que pensent ceux qui ont une sensation déchirante de laisser-aller. Qui ressentent tout le poids des injustices. Et qui sont déconnectés de tout ce qui les entoure.

Ce sont habituellement des personnes qui réfléchissent beaucoup. Et qui s’intéressent à des thèmes transcendants comme la mort ou le manque de liberté. Elles ne peuvent se défaire d’un profond vide existentiel qui les oppresse de plus en plus chaque jour. Un vide que la société ne fait qu’agrandir avec ses messages régnants liés aux valeurs individuelles et à la satisfaction immédiate.

Il existe aussi des personnes qui sont continuellement en quête de plaisir pour anesthésier leur souffrance. La différence est que ces dernières ne se rendent pas compte du vide qu’elles ressentent.

Les uns et les autres n’ont aucune réponse à la question: « pourquoi vivons-nous? ». Rien ne les comble, rien ne les satisfait et cela finit par les piéger dans un état psychologique de souffrance. Dans la majorité des cas, cette situation dérive vers une profonde dépression ou vers des comportements auto-destructeurs.

Le vide existentiel est une spirale de non-sens. La personne regarde le monde avec une perspective différente à cause des absurdités qu’elle détecte. Ou parce qu’elle s’est laissée emporter par la recherche du plaisir pour éviter toute souffrance. Ce phénomène est très répandu dans l’actualité. Approfondissons ce sujet.

femme triste à cause du vide existentiel

 

Dans les profondeurs de l’abîme

Le développement d’un sens de la vie peut être frustré lorsque les buts ou les objectifs ne sont pas atteints ou réalisés. Quand le choc entre les attentes et la réalité est si fort que seule la désillusion fait acte de présence. Ou quand les situations de crises menacent la sensation de sécurité et de certitude. Et que l’on ne bénéficie pas des outils adéquats pour leur faire face.

Tout cela débouche sur un profond état de frustration existentielle qui vide complètement la personne. Et la fait parfois plonger dans un abîme douloureux. C’est comme si son être avait été remplacé par un désert interminable. Un désert où l’absurde domine l’existence. Et où l’on perd quasiment toute notre capacité à nous connecter aux autres, à ressentir les choses.

Pour le psychologue Benjamin Wolan, cet état porte le nom de névrose existentielle. Il la définit comme : « l’impossibilité de trouver un sens à la vie, le sentiment de ne pas avoir de raison de vivre, de lutter, d’espérer, d’être incapable de trouver un but ou une ligne directrice dans la vie; le sentiment que les individus n’ont aucune aspiration, même s’ils font beaucoup d’efforts dans leur travail ».

Certains auteurs, comme le psychothérapeute Tony Anatrella, signalent que ce désir constant de satisfaire l’ego est la cause de cette perte de sens car ce sont des actions égoïstes qui empêchent toute capacité de transcendance personnelle.

D’autres affirment que la perte de sens est liée à la disparition de l’autre. A la suprématie des valeurs individualistes. Et à l’obtention de plaisir comme mécanisme -erroné- pour être heureux. Ainsi, la personne s’accroche à ses désirs individuels et le sens des références sociales, comme la cohabitation, la solidarité ou le respect mutuel se dilue.

Par conséquent, lorsque la réalité se trouble et que les moyens pour atteindre le bonheur deviennent des fins en soi, on court le risque de tomber dans le vide. Les émotions agréables à court terme, comme la jouissance ou la joie, permettent de ressentir du plaisir mais pas une auto-réalisation. Et, comme tout plaisir, elles peuvent déboucher sur une addiction ou une soumission.

L’homme a en quelque sorte besoin de faire quelque chose de sa vie. Il doit s’agir de quelque chose de bien, qu’il a réalisé lui-même. Par conséquent, le sens de la vie est lié au destin qu’il désire et dont il a besoin. À travers ce désir, l’homme cherche à se développer en toute liberté. Car pour vivre pleinement, sa liberté doit transcender les limites de son immanence. Il doit comprendre que sa vie ne se réduit pas uniquement à quelque chose de matériel et fini mais à quelque chose de plus grand.

Le problème apparaît quand les choses ne se produisent pas comme il le voudrait. Quand les circonstances ne correspondent pas aux attentes de son projet de vie. Le non-sens le conduit alors vers l’abîme du vide existentiel.

homme connaissant le vide existentiel

La dimension noétique de l’homme

Selon le psychiatre suisse Viktor Frankl, l’homme a trois dimensions principales :

  • La dimension somatique. Il s’agit de la réalité corporelle et biologique
  • La dimension psychique. C’est la réalité psycho-dynamique, c’est-à-dire l’univers psychologique et émotionnel
  • La dimension noétique ou dimension spirituelle. Elle englobe les aires phénoménologiques de l’âme. Par conséquent, cette dimension transcende les deux autres. Par ailleurs, grâce à elle, l’être humain peut intégrer les expériences douloureuses de son existence et développer une vie saine sur le plan psychologique

Ainsi, quand la personne se retrouve plongée dans un profond état de désoeuvrement, de démotivation et est perdue dans le labyrinthe de son existence, des conflits apparaissent dans sa dimension spirituelle. Elle n’est pas capable d’intégrer ses blessures et ne les identifie peut-être même pas. Elle ne trouve pas non plus de raison à son existence. Et se retrouve piégée dans la souffrance. En ressentant un manque de sens, de cohérence et de but. En somme, un vide existentiel.

Frankl affirme que ce vide est la racine de nombreux troubles mentaux. Cette rupture dans la dimension noétique ou spirituelle, cette sensation de non-sens s’expriment dans la dimension psychologique à travers trois groupes de symptômes :

  • Symptômes dépressifs
  • Symptômes agressifs avec ou sans perte de contrôle des impulsions
  • Addictions

Les personnes piégées dans ce vide existentiel se retrouvent en quelque sorte avec un voile inconscient sur leur regard et leurs sentiments, qui les empêche de trouver un sens à leur vie. Cela les conduit à une insatisfaction chronique et à un désespoir. Alors, que faire pour trouver ce sens existentiel ?

En quête de sens

Selon le psychologue suisse Carl Jungl’homme a besoin de trouver un sens pour pouvoir continuer son chemin dans le monde. Sans ce sens, il est perdu dans le néant, au milieu de nulle part, et déambule dans le vaste labyrinthe de l’existence.

Frankl souligne que le chemin vers le sens se crée avec les valeurs et que la conscience sociale est l’instrument qui le révèle. Même si les valeurs surgissent d’une intimité personnelle, elles finissent par se transformer en valeurs universelles qui coïncident avec les systèmes culturels, religieux ou philosophiques.

Par conséquent, la connexion avec l’autre est importante pour ne pas perdre le sens de la vie, tout comme le maintien de liens affectifs, à condition que l’on ne place pas tout notre bonheur en eux. Une vie avec un sens est, en quelque sorte, une vie enracinée dans le domaine social.

Le sociologue et philosophe français Durkheim exprime très bien le problème du déracinement social et les conséquences qu’il implique: [quand l’individu] s’individualise au-delà d’un certain point, s’il se sépare trop radicalement des autres êtres, hommes ou choses, il n’est plus connecté aux sources qui devraient l’alimenter. En faisant le vide autour de lui, il s’est lui-même empli de vide et il ne lui reste alors plus qu’à réfléchir à sa propre misère. Son seul objet de méditation est le néant qui l’habite et la tristesse qui en découle ».

 

Bien évidemment, il ne s’agit pas de trouver des coupables ou des sauveurs mais d’adopter une attitude réflexive et responsable qui nous permette de creuser en nous, de trouver un but et de sortir de ce vide existentiel. Car il est vrai qu’il n’y a pas de question plus compliquée que celle qui consiste à se demander: quel est le sens de la vie pour nous?

On peut affirmer qu’il existe différentes manières de définir le sens de la vie. Il y a autant de sens que de personnes et chacun de nous peut même changer de but vital au fur et à mesure de son existence. Par conséquent, comme l’affirmait Viktor Frankl, le plus important n’est pas le sens de la vie en général mais le sens que nous lui donnons à un moment donné.

Par ailleurs, Frankl affirme que « l’homme ne devrait pas s’interroger sur le sens de la vie, mais comprendre que c’est lui qui est concerné ». Nous pouvons répondre à la vie en répondant à notre propre vie. Cela veut dire que la responsabilité est l’essence intime de notre existence.

Car même si nous avons investi du temps et de l’énergie, fait des efforts et mis tout notre cœur dans quelque chose, la vie n’est parfois pas juste. S’effondrer est alors tout à fait compréhensible. Mais deux options se présentent ensuite à nous. Accepter que nous ne pouvons pas changer ce qu’il s’est passé, qu’il n’y a rien à faire et que nous sommes simplement victimes des circonstances. Ou accepter que nous ne pouvons pas changer ce qui nous est arrivé mais que nous pouvons modifier notre attitude. Nous sommes donc responsables de nos actes. De nos émotions. De nos pensées. Et de nos décisions.

Le sens de la vie change toujours; il n’est pas immuable. Chaque jour, à chaque instant, nous avons l’opportunité de prendre des décisions qui détermineront si nous restons victimes des circonstances ou si nous agissons avec dignité. En écoutant notre véritable moi avec responsabilité. Et en étant libéré du plaisir et de la satisfaction immédiate.

« L’être humain n’est plus une chose parmi d’autres ; les choses se déterminent l’une l’autre ; mais l’homme, en dernière analyse, est son propre déterminant. Ce qu’il devient – dans les limites de ses facultés et de son environnement – doit être fait par lui-même. »

-Viktor Frankl-

 

  • Adler, A. (1955): “El sentido de la vida”. Barcelona, Luís Miracle.
  • Bauman, Z. (2006). Modernidad líquida. Buenos Aires: Fondo de Cultura Económica.
  • Frankl, V. (1979): “Ante el vacío existencial”. Barcelona, Heder.
  • Rage, E. (1994): “Vacío existencial carencia de un sentido vital”, Psicología Iberoamericana., 2(1): 158-166