Le sexe : savez-vous vraiment ce que cela signifie ?

1 mars 2020
À l'origine d'un mot réside généralement, outre sa signification, également des directives pour son utilisation. Dans le mot "sexe", ce point de départ est particulièrement important, c'est pourquoi dans cet article, nous allons vous parler de sa naissance afin de mieux comprendre son présent.

Le sexe est, sans aucun doute, un mot particulier, spécial, dont les usages sont chargés de connotations de toutes sortes. Toujours en tête des recherches sur Internet ou des innombrables conversations de bar, le sexe est un sujet très discuté et en même temps réduit au silence, très populaire, mais sujet à bien des ignorances.

Nous savons déjà qu’il s’agit d’un mot polysémique, mais il est curieux de voir le rapport entre cette polysémie et la façon dont ce mot a été utilisé à travers l’histoire. La signification des mots change progressivement. Dans le cas du « sexe », sa signification a évolué, résultat d’événements, qu’ils soient sociaux, politiques ou religieux. Allons plus loin.

D’où vient le mot « sexe » ?

Le dramaturge athénien Aristophane (444 av. J.-C. – 385 av. J.-C.) est responsable du fait que ce mot se retrouve dans notre vocabulaire. Il est l’un des personnages que l’on retrouve dans Le Banquet, une série de dialogues écrits par Platon et d’une valeur philosophique incalculable. Ces dialogues se déroulent dans le cadre d’un dîner au cours duquel plusieurs invités, dont Socrate et Aristophane lui-même, parlent d’amour et d’Éros.

Aristophane, dans ce dîner, parle du célèbre mythe de l’androgyne. Dans ce mythe, les êtres pourraient appartenir à trois catégories différentes : le masculin, le féminin et l’androgyne. Androgyne est tout être qui possède des caractéristiques à la fois masculines et féminines. Ce mot vient du latin (andros, homme et gine, femme), ce qui représenterait l’union des deux premières catégories.

Une statue d'Aristophane

Plus précisément, ce dramaturge a décrit les androgynes comme des êtres « complets » avec quatre bras, quatre jambes, deux visages et deux organes génitaux différents. Ces êtres ont été définis comme étant ronds, complets et puissants. Zeus est celui qui a décidé de les punir pour une telle offense. Sa punition consistait à couper ces êtres en deux pour qu’ils cessent d’être vigoureux, puissants et surtout complets.

Une fois cette division effectuée, chaque homme et chaque femme voulait rencontrer l’autre partie. Car ils pouvaient alors se sentir à nouveau « complets » (d’où le mythe répandu de la « moitié »). Alors que ces êtres sont passés de « complets » à « sectionnés », c’est précisément ce dernier mot qui donne naissance à ce que nous appelons le « sexe ». Le terme « sexe » vient de sexare et signifie « séparé » ou « coupé ».

Quels sont les usages du mot « sexe » aujourd’hui ?

L’étymologie du mot « sexe » contraste avec les usages que nous lui donnons habituellement aujourd’hui. Ces usages se résument souvent aux trois suivants :

Le « sexe qui se fait »

Cet usage réduit le mot « sexe » à des situations de rencontre intime avec une ou plusieurs autres personnes. C’est-à-dire que des expressions comme « j’ai envie de sexe » ou « le sexe me manque » associent le sexe à la relation sexuelle. Cette utilisation est particulièrement fréquente dans les médias, dans tout titre d’actualité.

Si l’on se penche encore plus sur la signification d’une relation sexuelle en se basant sur le sens original, on parlera de relations « intersexuelles » (de toute sorte). C’est pourquoi nous parlons souvent de « relations érotiques », car ce terme désigne un type de relation plus concret et plus intime (il fait référence à Eros, qui implique le désir, l’attraction, l’amour…).

Le sexe dans un couple

Le « sexe qu’on a »

Cette utilisation se réfère aux organes génitaux. Et ce n’est pas une utilisation correcte car, malgré ce que beaucoup de gens peuvent encore croire, les organes génitaux ne définissent pas notre sexe. Autrement dit, les organes génitaux ne déterminent pas notre identité sexuelle.

Il est vrai que l’utilisation du terme « sexe » comme synonyme d’organes génitaux n’est pas aussi courante que l’utilisation précédente, mais on peut toujours lire des expressions comme « se raser le sexe » par exemple.

Le « sexe qui est »

C’est l’utilisation la plus correcte et la plus harmonieuse du mot en ce qui concerne ses origines. Cette expression est celle qui donne un sens à la sexologie, car c’est celle qui se réfère à l’identité sexuelle, au fait que nous sommes des êtres sexuels, en utilisant ce « sexe » comme différenciateur, une puissante source de diversité.

Le langage construit des comportements, des attitudes et des schémas mentaux. C’est pourquoi il est important que le mot « sexe » ait un usage qui nous permette de parler avec beaucoup plus d’harmonie.

De cette façon, nous pouvons placer chaque concept là où il correspond, afin qu’il nous permette de décrire la réalité de la meilleure façon possible. S’il n’y a pas de bonne description de la réalité, il nous sera difficile de poser les bonnes questions à son sujet. Et encore plus d’obtenir des réponses.