Le manque de défense appris, ou comment s’habituer à la maltraitance

4 avril 2015 dans Psychologie 1 Partagés

Lorsque l’on parle de femmes battues, souvent la question que l’on se pose tous est : « pourquoi ne fuient-elles pas ? »
Pour nous, il est simple de fuir, et on s’imagine une évasion pareille à celle mise en scène dans le film Les Nuits avec mon ennemi, où Julia Roberts fait semblant d’être victime d’un naufrage prémédité.

Cependant, pour une personne qui est continuellement soumise à la torture mentale et/ou physique, fuir, ce n’est pas si facile car cela peut entre autres s’expliquer par un phénomène que le psychologue Seligman étudia dans les années 1860, connu sous le nom de « manque de défense appris« , ou « syndrome de Stockholm domestique ».

Qu’est-ce que le manque de défense appris?

Le manque de défense appris est le résultat d’une série d’études réalisées en laboratoire avec des animaux selon les principes du courant psychologique du comportementalisme.

Seligman a soumis plusieurs animaux à des décharges électriques auxquelles ils ne pouvaient pas échapper. Petit à petit, les animaux ont appris que quoi qu’ils fassent, ils ne pourront pas être épargnés, et ils arrêtent donc d’agir.
Après un certain temps, même quand il était possible d’éviter les décharges, les animaux ne bougeaient pas et se laissaient faire, puisque qu’ils avaient préalablement appris qu’il était impossible de fuir. Cette passivité, conditionnée par le fait de ne pas avoir pu fuir à un certain moment, s’est stabilisée dans le temps.

Le manque de défense appris immobilise les victimes. Et cela ne vaut pas que pour les relations de couple, mais aussi pour les relations pères-filles, les relations au travail, etc.

Comme le dit très justement Juan José Millás dans son magnifique livre intitulé L’affaire Nevenka, une histoire de harcèlementnous les humains sommes comme les poissons colorés; malgré leur beauté, certains ont une conduite qu’on pourrait qualifier de cannibale :

« Si comme tu le dis Ismael t’a frappée, pourquoi tu ne t’es pas défendue ? demandèrent-ils à Nevenka. […] Le processus existentiel qui envahit Nevenka ne devait pas être très différent de celui du poisson de couleur […] Un jour, peu après le début de la relation, le poisson l’a encerclée et lui a mordu une nageoire. Ce fut une morsure inattendue […]. Le harcèlement ne s’est pas fait du jour au lendemain ; c’est un processus lent. Quand ils te frappent, tu n’es déjà plus personne. Ce ne sont pas tes nageoires que tu perds, mais ta volonté. »

Que peut-on faire pour lutter contre le manque de défense appris?

Que faire lorsque le processus de manque de défense appris s’empare de votre âme, et que selon vous, quoi que vous fassiez, rien ne changera pour autant ?

Sortir de ce cercle vicieux n’est pas chose aisée. En effet, qui dit manque de défense appris dit absence totale de confiance en soi. Rien ne sert de se poser des questions comme « pourquoi ne pas fuir ? », puisque cela ne permet qu’une seule chose : enfoncer la victime plus que ce qu’elle ne l’est déjà, elle qui est convaincue qu’elle ne vaut rien et que rien ni personne ne peut changer cette situation.

La première des choses à faire, c’est apprendre à reconnaître ce manque de défense appris, et demander de l’aide, puisque ce phénomène touche à notre psyché, et qu’il est très difficile de fuir de soi-même. Si on en croit les psychologues comportementalistes, tout ce qui a été programmé peut être déprogrammé.

De cette façon, en vous faisant aider, vous réussirez à vous défaire du manque de défense appris grâce à des techniques comme la désensibilisation systématique, qui vous permettra d’avancer lentement mais sûrement vers le but final, à savoir l’indépendance.

Cet apprentissage, ou « désapprentissage », tout dépend de comment vous voyez les choses, devra nécessairement s’accompagner d’un indispensable travail sur l’estime de soi ; il faut croire en soi et en ses capacités. Que demander de plus ?

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