Le Malaise dans la culture

Le Malaise dans la culture est l'une des œuvres les plus philosophiques de Freud, qui parle de l'antagonisme entre les besoins pulsionnels de l'être humain et les restrictions que la culture lui impose.
Le Malaise dans la culture

Dernière mise à jour : 01 juin, 2021

Freud reprend la conception nietzschéenne de l’homme dionysien et écrit son œuvre la plus philosophique en 1930, Le Malaise dans la culture. Freud a été un grand adepte de Nietzsche et de sa théorie selon laquelle l’homme dans son état pur est celui qui suit les préceptes dionysiens ; celui qui se laisse porter par ses instincts les plus primaires.

Les pulsions les plus fortes de l’homme, selon la psychanalyse, sont la pulsion sexuelle (éros) et la pulsion de mort (thanatos). Cette œuvre a été écrite lors d’une période difficile et agitée ; trois ans plus tard, ce sera la fin de la République de Weimar et Hitler prendra le pouvoir. Ce n’était assurément pas le moment idéal pour l’optimisme.

Une femme en dépression.

Le Malaise dans la culture

Le thème principal de Le Malaise dans la culture est l’antagonisme existant entre les besoins pulsionnels de l’être humain et les restrictions que la culture lui impose. La contradiction entre culture et pulsions réside dans le fait que la culture essaie d’instaurer des sociétés pacifiques en restreignant la satisfaction des pulsions sexuelles et agressives.

C’est précisément à cause de ces restrictions que ces pulsions finissent par se transformer en sentiment de culpabilité. Voici un extrait de l’œuvre à ce sujet :

« […] le sentiment de culpabilité est le problème le plus important du développement culturel, et montrer que le prix du progrès culturel doit se payer avec un déficit de bonheur provoqué par l’élévation du sentiment de culpabilité. »

– Le Malaise dans la culture. Chapitre VIII, page 130

L’homme mutilé par la culture

Pour Freud, la culture ne peut se réaliser pleinement que quand elle étouffe les instincts les plus primaires de l’homme. La culture vit dans un malaise perpétuel car, pour qu’elle existe, l’homme doit se réprimer ; il doit mutiler cette partie animale qui ferait de lui une bête libre et féroce, celle que Nietzsche admirait.

Le dionysisme nietzschéen se retrouve ligoté par les règles que la culture impose. Des règles qui servent à nous faire cohabiter dans une supposée « harmonie ».

L’être humain culturel est névrosé

La conséquence de toutes ces répressions imposées par la culture est grave sur le plan psychologique. L’être humain entre dans un état de névrose, une maladie de pur refoulement.

Le sentiment de culpabilité ne fait pas que réprimer les instincts. Il les punit de l’intérieur et transforme l’homme en un être timoré et malléable.

Les pulsions contre le cogito cartésien

Pour Sigmund Freud, le cogito cartésien a donné lieu à une société bourgeoise qui réprime les instincts/pulsions de l’homme en le rendant malade. L’homme ne peut pas se développer complètement, il ne peut pas se sentir comblé, libre et en vie.

La vie grise de la culture, la routine marquée par un monde dans lequel il y a une trêve éternelle entre les pulsions des uns et des autres nous reléguerait à une vie grise. Si les hommes libérés se tuent entre eux, il est logique que l’imposition d’une culture semble nécessaire pour qu’ils puisse cohabiter en paix. Et c’est ainsi que la culture crée des êtres humains malades.

Un mur avec des ombres.

L’amour et la haine dans Le Malaise de la culture

Freud admet qu’il est difficile d’accepter que l’homme ait cette prédisposition instinctive pour la vitalité en même temps que cette pulsion de mort et de destruction. Néanmoins, la suppression de cet instinct serait la véritable cause du besoin de restrictions dans la société.

La vie et la civilisation naissent et se développent à partir de la lutte entre ces deux forces interpersonnelles d’amour et de haine. L’être humain a besoin de se soumettre à la civilisation et d’essayer de se défaire de ses instincts en échange d’un peu de sécurité, comme l’avait déjà exposé Hobbes quelques années plus tôt.

Dans Le Malaise de la culture et dans L’homme Moïse et la religion monothéiste, Freud explique la tendance naturelle à la malveillance et à la cruauté qui provient de la haine primordiale et qui a des conséquences sociales désastreuses. L’homme satisfait ses aspirations en esquivant les lois et les droits humains. Il exploite en humiliant, en martyrisant, en tuant et s’approprie les biens des autres.

Cependant, puisqu’il doit renoncer à satisfaire pleinement cette agressivité dans la société, il retrouve une certaine sensation de contrôle dans les conflits tribaux ou nationaux. Voici les mots de Freud à ce sujet :

« L’homme est en effet tenté de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagements, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer. »

Le Malaise dans la culture

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