Le confinement des personnes qui souffrent d'un trouble mental

20 mai, 2020
Dépression, addictions, schizophrénie, anorexie... Nombreuses sont les personnes qui souffrent d'un trouble mental ou psychologique et qui attendent une réponse sanitaire et sociale urgente en cette période de confinement.
 

Les effets du confinement sur les personnes qui souffraient déjà d’un trouble mental avant le début de la pandémie est un problème que nous sommes sans doute en train de négliger quelque peu. En ce temps de crise, nous avons oublié ces personnes qui souffrent d’un trouble psychologique, d’une addiction, d’un trouble de la personnalité ou encore d’un trouble alimentaire.

La quarantaine est une période encore plus difficile pour ces personnes dont la réalité est passée sous silence. La réponse sociale et professionnelle se fait rare et ne permet pas de couvrir chaque besoin, chaque urgence, chaque problème.

Il y a peu de temps, quelques organismes dont l’Université de Washington alertaient sur le fait que la pandémie actuelle allait provoquer des vagues de dépression liées à la situation de crise que nous vivons actuellement. Ces mêmes organismes soulignent que nous ne prenons pas suffisamment en considération les personnes qui souffraient déjà d’un trouble mental avant la pandémie.

 

Les psychologues alertent sur l’augmentation des rechutes. Ils insistent sur l’urgence d’établir des suivis, de créer des réseaux de soutien et d’autoriser les déplacements des professionnels pour vérifier l’état de santé de ces patients. Un appel, même un appel vidéo, n’est parfois pas suffisant. C’est en étant présent physiquement pour son patient que le spécialiste peut anticiper une crise, un retour en arrière, ces moments critiques qui peuvent déboucher sur des événements dramatiques.

Une femme angoissée à cause d'un trouble mental

Le confinement des personnes qui souffrent d’un trouble mental

Si les troubles mentaux n’étaient déjà pas très visibles avant la pandémie, ils sont maintenant invisibles et peu pris en considération. Nombreuses sont les personnes concernées qui n’ont déjà plus de routine. Les groupes de soutien et les thérapies qui permettent à ces personnes de faire d’énormes progrès ne sont plus disponibles. Ces personnes se retrouvent maintenant confinées chez elles.

 

Certains replongent dans leur addiction. D’autres sont sur le point de voir leur dépression rechuter. Aussi, nombreuses sont les personnes qui ne savent pas comment réagir face à leur enfant qui n’a plus envie de suivre son traitement, par exemple. La variété des cas est très large et les effets du confinement sont lourds.

La population chinoise a pris cette réalité en considération. Il y a très peu de temps, les docteurs Hao Jao et Jian Chen approfondissaient cette problématique dans le cadre d’une étude publiée dans la revue The Lancet :

  • Les personnes qui souffrent d’un problème mental ont un plus grand risque d’attraper le coronavirus
  • Les personnes qui souffrent d’un problème mental ont tendance à avoir un système immunitaire plus faible. Certaines d’entre elles ne respectent pas le confinement et adoptent des comportements à risque qui favorisent la contamination
  • Les problèmes de santé mentale présentent également des comorbidités, ce qui accentue la vulnérabilité de ces personnes face à l’infection
 
  • À tout cela s’ajoute la difficulté de recevoir une attention psychologique et médicale adéquate quand besoin est
Un homme qui souffre d'un trouble mental

Le trouble mental aux temps du coronavirus : une réalité négligée

Le confinement est en train de créer des inégalités parmi les personnes qui souffrent d’un trouble mental. Pour un bon nombre d’entre elles, il est très difficile de trouver du soutien et une aide.

La plupart de ces personnes apprécieraient, par exemple, de pouvoir sortir un moment dans la rue. N’oublions pas que de nombreuses personnes vivent dans des appartements très petits et très peu lumineux.

Par ailleurs, le contexte actuel n’aggrave pas seulement la situation des personnes qui souffrent d’un trouble mental. Il y a encore d’autres problématiques à prendre en considération.

 
  • Le contexte actuel est un élément déclencheur pour les personnes qui souffrent d’une phobie, d’un trouble obsessionnel compulsif ou de pensées obsessionnelles
  • De nombreux patients, après des années de thérapie, ont appris à gérer l’angoisse et à appliquer des stratégies pour affronter l’inquiétude quotidienne. Néanmoins, la pandémie est un contexte très particulier qui nous dépasse. C’est pourquoi ces personnes se sentent très vulnérables : tout ce qu’elles ont appris ne les aide pas en ce temps de crise
  • Les personnes qui ont vécu un traumatisme peuvent le revivre dans le contexte actuel
  • Les personnes qui se faisaient du mal physiquement ou abusaient de certaines substances peuvent voir dans cette situation une raison pour adopter à nouveau ces comportements néfastes
  • Certains de ces patients ont, par le passé, été internés dans un hôpital psychiatrique. Le confinement actuel peut raviver ce souvenir et amplifier leur angoisse
  • Ces patients ne peuvent pas poursuivre leur thérapie. Ni se rendre aux réunions de groupe, une routine qui les aide pourtant grandement
 

Quelles stratégies adopter pendant le confinement ?

Le confinement des personnes qui souffrent d’un trouble mental peut devenir très problématique. Certaines d’entre elles affrontent le confinement seules. D’autres auprès de leur famille qui ne sait pas comment réagir. Les stratégies ci-dessous peuvent s’avérer utiles :

  • Suivre une routine avec des horaires bien définis. Il est important de réaliser les activités basiques qui permettent de préserver le bien-être : se reposer, manger, faire de l’exercice, se divertir…
  • L’idéal serait de créer une nouvelle routine avec l’aide d’un professionnel
  • Il faut garder à l’esprit qu’il est nécessaire de demander de l’aide. Nous méritons de nous sentir bien et, en temps de crise, il y aura toujours quelqu’un sur qui compter
  • Il est important de construire un réseau d’entraide. Famille, amis, voisins, services sociaux, associations, psychologues et médecins doivent former un réseau pour ainsi venir en aide à la personne
 
  • Le contact constant est essentiel. Les messages et les appels vidéo constituent un canal de communication qui ne doit pas manquer
  • Il est toujours bon de se souvenir des stratégies qui se sont avérées utiles par le passé à l’heure d’affronter une crise. Toute personne qui souffre d’un trouble mental sait qu’il y a toujours quelque chose qui peut l’aider à aller mieux. Cela peut être un exercice de respiration, la lecture, la musique, l’art… Il est bon d’identifier cela afin de pouvoir calmer l’esprit lorsque besoin est

En somme…

Quelle que soit votre situation, il faut garder à l’esprit que vous n’êtes pas seul. Par ailleurs, si vous connaissez quelqu’un qui se trouve dans la même situation, pensez à prendre contact avec cette personne.

Soyons proches les uns des autres et faisons tous parti de ce réseau d’entraide qui saura apporter des réponses et être présent pour ceux qui en ont le plus besoin.

 
  • Jian-Hua Chen, Yi-Feng Xu. Patients with mental health disorders in the COVID-19 epidemic. The Lancet Psychiatry VOLUME 7, ISSUE 4, PE21, APRIL 01, 2020 DOI:https://doi.org/10.1016/S2215-0366(20)30090-0