Le cerveau peut ressusciter sans le corps

26 septembre 2019
Le cerveau peut-il avoir sa propre vie après la cessation de l'activité du corps ? La neuroscientifique Raquel Marín nous parle ici de deux recherches qui nous invitent à réfléchir sur le sujet. 

Le cerveau ne peut pas être greffé, du moins pas encore. C’est le « centre des opérations » de notre organisme depuis lequel la plupart de nos fonctions conscientes et inconscientes sont gérées.

Néanmoins, de récentes études se sont intéressées au dogme selon lequel le cerveau peut rester en vie après la cessation de l’activité du corps. Le cerveau peut-il ressusciter ? C’est la question que nous nous posons ici. Approfondissons le sujet.

Les neurones vivent pendant un certain temps après la mort

Une étude réalisée entre les laboratoires de Berlin et différents centres des États-Unis s’est intéressée à l’activité des neurones chez les personnes qui présentaient des dommages irréversibles dans le cerveau et chez qui on avait débranché la ventilation assistée quelques instants auparavant. En d’autres termes, tous ces sujets étaient cliniquement morts.

Comme il fallait s’y attendre, les scientifiques se sont aperçus que les neurones ont cessé d’exercer leurs fonctions à cause du manque d’oxygène. Mais ces scientifiques ont également observé quelque chose de surprenant : même sans oxygène, les neurones reprenaient une certaine activité qui durait un certain temps sans causer de dommages irréversibles. C’est seulement plus tard que la situation devenait critique : les dommages devenaient irréversibles.

Cette trouvaille montre que les neurones arrivent à survivre sans oxygène pendant un laps de temps assez long. Et ce, même si les électroencéphalogrammes ne donnent pas de signaux d’activité cérébrale et que le cœur est bel et bien à l’arrêt pour toujours. Cette information nous invite à réfléchir sur les limites de la vie au-delà de la mort.

Le cerveau revit hors du corps

Les neurones dans le cerveau

Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature est parvenue à maintenir en vie des cerveaux de cochons hors du corps. Des chercheurs ont isolé les cerveaux de cochons qui avaient été sacrifiés. Au bout de quatre heures hors du corps, il les ont placés dans un système qui permettaient de conserver les nutriments et l’oxygène à travers les vaisseaux sanguins cérébraux.

Au bout de six heures, les chercheurs ont constaté que les neurones récupéraient leurs fonctions métaboliques, consommaient du sucre et que le système immunitaire reprenait son travail. Par la suite, ces mêmes chercheurs sont même parvenus à stimuler les neurones de façon électrique. Grâce à ces stimuli, les neurones ont récupéré leur capacité de communication entre eux.

Peut-on ressusciter le cerveau après un arrêt cardiorespiratoire et, indirectement, récupérer l’activité corporelle ? Nous trouvons-nous aux portes d’un futur où les greffes de cerveau seront possibles ?

Une autre observation fascinante fut celle du comportement des neurones dans le cerveau : ce comportement n’était pas simultané. Cela veut dire que les neurones agissaient de manière autonome indépendamment des stimuli sélectifs, c’est-à-dire, de la récupération d’une certaine « conscience ».

 

Le débat éthique sur la résurrection du cerveau

Le cerveau humain illustré

Les chercheurs ont mis fin à leur activité sur les cerveaux au bout de six heures pour des questions éthiques. Leur intention n’était pas de procéder à une résurrection de la conscience ; ils souhaitaient obtenir un modèle d’étude complexe à partir duquel il serait possible d’analyser les effets des médicaments ou de traitements dans l’activité cérébrale.

Néanmoins, ces réussites ont ouvert le débat sur la conscience après la mort. Dans la plupart des pays, une personne est considérée légalement morte lorsque l’activité de son cœur et de ses poumons cesse. Le cerveau a besoin d’une immense quantité d’oxygène, de sang et d’énergie. C’est pourquoi, jusqu’à ce moment-là, une résurrection du cerveau était inenvisageable.

Pouvons-nous ressusciter le cerveau après un arrêt cardiorespiratoire et récupérer, de façon indirecte, l’activité corporelle ? Existe-t-il d’autres possibilités pour découvrir comment procéder à des greffes de cerveau dans le futur ? Ce sont ces questions fascinantes qui ouvrent un débat…

 

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  • Evans JJ, Xiao C, Robertson RM. AMP‐activated protein kinase protects against anoxia in Drosophila melanogasterComp Biochem Physiol A Mol Integr Physiol 2017;214:30–39.