L'affaire Genovese et la psychologie criminelle

Nous sommes une espèce sociable et douée pour l'empathie et la coopération. Cependant, le cas Genovese représenta un avant et un après lorsqu'il s'est agi de comprendre qu'il existe des facteurs environnementaux qui peuvent nous aider ou nous empêcher de le faire à un moment donné.
L'affaire Genovese et la psychologie criminelle

Dernière mise à jour : 14 novembre, 2021

L’affaire Genovese choqua l’opinion publique américaine en 1964 et conduit à différentes investigations en psychologie sociale. Aujourd’hui, certains points de cette affaire ne semblent pas aussi vrais qu’on l’eut dit à l’époque. De sorte que nous examinerons ce cas emblématique à partir du présent et de ce que nous savons aujourd’hui.

Ce ne sont pas les faits en tant que te rendirent vraiment l’affaire Genovese célèbre, bien que sordides en eux-mêmes, mais un article que signa Martin Gansberg qui fit la une du prestigieux journal The New York TimesDans cet article, le journaliste ne faisait pas tant référence à ce qui arriva à Kitty Genovese, mais à la réaction des témoins.

Par conséquent, l’affaire Genovese s’analyse aujourd’hui de deux points de vue. L’un, celui de la réaction des personnes aux actes de violence contre une victime. L’autre, la manière dont la presse construit des récits qui correspondent peu ou pas du tout aux faits. Voyons cela.

« Les hommes ne sont riches que dans la mesure de ce qu’ils donnent. Celui qui rend un grand service reçoit une grande récompense ».

-Elbert Hubbard-

affaire Genovese

L’affaire Genovese

Lorsqu’on parle de l’affaire Genovese, nous nous référons au crime dont Catherine Susan Genovese a été victime le 13 mars 1964, à New York. Nous parlons d’une jeune fille de 29 ans qui vivait dans un appartement du Queens, à New York, avec son conjoint. Elle travaillait comme gérante d’un bar dans le même quartier.

Kitty, comme l’appelaient ses proches, quitta son travail ce matin-là, comme d’habitude. Elle rentra chez elle avec sa voiture et la gara à environ 30 mètres de l’immeuble où elle habitait. En rentrant chez elle, elle fut agressée par un homme, qui la poignarda à trois reprises. Elle essaya de s’enfuir et, ce faisant, commença à crier.

Plusieurs voisins remarquèrent son appel à l’aide. Certains d’entre eux se penchèrent par les fenêtres. Il y en a même un qui cria de “laisser la fille tranquille”. Après ce cri, l’agresseur s’échappa dans une voiture. Il n’est pas clair si certains voisins appelèrent la police et laquelle ne vint pas, ou si en fait aucun appel ne fut passé.

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La deuxième attaque

Environ 10 minutes s’écoulèrent et Kitty réussit à ramper jusqu’au hall de son immeuble. Elle était grièvement blessée et ne pouvait pas se lever. L’agresseur revint et poignarda de nouveau la jeune femme qui gisait au sol.

Elle essaya apparemment de se défendre, sans succès. Le criminel la viola alors qu’elle était mourante et lui vola $49.

Un témoin qui vit une partie des événements appela la police et ils arrivèrent rapidement. Malheureusement, Catherine Genovese décéda alors qu’on la transportait dans un établissement médical en ambulance. Quelques jours plus tard, le journaliste Martin Gansberg  publia un article intitulé : 38 qui virent le crime et aucun n’appela la police. Il parlait des témoins de l’événement.

L‘article fait un récit grossier des événements, en se concentrant sur la réaction, ou plutôt l’absence de réaction, des témoins. Il y avait une femme grièvement blessée qui demandait de l’aide et beaucoup ignorèrent cet appel. L’un d’eux aurait même augmenté le volume de la télévision pour ne pas entendre les cris.

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Indolence et manipulation

Inspirés par l’affaire Genovese, les chercheurs Darley et Latané publièrent leur théorie de la diffusion de la responsabilité en 1968. Ils avancèrent quelques principes de solidarité sociale. Ils soutenaient essentiellement que lorsqu’il y avait de nombreux témoins d’une injustice ou d’un acte violent, il était plus difficile pour quelqu’un de se sentir responsable et donc enclin à intervenir.

De manière générale, les chercheurs soulignèrent que c’est parce que nous agissons pour économiser les ressources. De plus, beaucoup pensent que parmi les témoins se trouve toujours quelqu’un qui peut aider mieux qu’eux. Ils veulent également éviter d’être identifiés avec la victime et veulent « éviter les ennuis ». Le sujet donnerait pour un autre article.

Il fut cependant découvert, après 2014, que l’article de Gansberg contenait plusieurs inexactitudes. Il n’y avait pas 38 témoins, mais au plus 12. Aucun d’entre eux n’avait vu tous les événements et la plupart n’avaient pas remarqué que la jeune fille était poignardée. Pour presque tout le monde, l’homme ne faisait que la battre (sa vie n’était pas en danger). En raison de l’emplacement de leurs maisons, leur version est crédible.

Cela nous amène à penser que les grandes villes nous déshumanisent. Un secteur de la presse cherche par ailleurs à profiter de l’actualité violente. Ils les abordent de manière trompeuse et plus sanglante pour générer une plus grande impression et ainsi obtenir une plus grande audience.

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  • Molero, C., Candela, C., & Cortés, M. T. (1999). La conducta prosocial: una visión de conjunto. Revista latinoamericana de psicología, 31(2), 325-353.