La violence chez les jeunes couples : que se passe-t-il ?

· 29 septembre 2018

La violence chez les jeunes couples est un sujet peu discuté. Malgré les milliers d’études sur la maltraitance au sein des couples mariés, le secteur le plus néophyte des relations n’a guère été analysé. Il s’agit d’un fait très frappant dans la mesure où nous pourrions éviter des situations dramatiques si nous nous attaquions au problème dès ses débuts.

Nous connaissons tous quelqu’un qui agresse ou a agressé son conjoint. Il ne s’agit pas uniquement d’agression physique. Nous nous référons également domaine du verbal, de l’émotionnel ou même du sexuel. Ces situations sont malheureusement plus fréquentes que nous l’imaginons. Même en dépit du fait de vivre dans une époque où nous sommes encouragé à demander de l’aide et à ne pas nous taire lorsque nous sommes victime d’une situation d’abus, le nombre de cas de violence chez les jeunes couples a augmenté. Que se passe-t-il ?

La violence chez les jeunes couples, conséquence d’un environnement inapproprié ?

Selon une étude menée par l’Université de La Laguna, il existe une relation étroite entre les personnes qui maltraitent (hommes ou femmes) et ce qu’elles observent dans leur familleIl est assez curieux que, dans une situation de colère, les réactions des hommes et des femmes adultes soient significativement différentes, ce qui n’est pas le cas avec les jeunes.

violence chez les jeunes couples

L’échantillon concernait 1146 étudiants âgés de 16 à 18 ans. L’étude constata que les étudiants des deux sexes avaient l’habitude de gérer la colère contre leurs partenaires de manière assez similaire. Alors que dans le cas des adultes, les hommes sont plus agressifs et les femmes plus passives. Les résultats restent presque identiques avec les adolescents.

La majorité des participants affirmèrent qu’en cas de dispute à la maison, leurs mères avaient tendance à pleurer et leurs pères à jeter des objets sur le sol ou à les frapper. 12% des jeunes avouèrent avoir vu leur père agresser physiquement leur mère. Pourcentage qui se situe à 6% dans le cas contraire.

Il est intéressant de noter que les deux sexes s’avèrent être plus violents que leurs parents dans leurs propres disputes. Les participantes réagissaient en pleurant et criant dans un pourcentage plus élevé que pour les femmes adultes. Chose qui augmente également dans le cas des garçons. Le point vraiment alarmant de cette étude est de démontrer que, s’agissant des agressions physiques, le pourcentage était pratiquement le même chez les deux sexes : 7%.

Quelle est la raison de l’augmentation de la violence chez les jeunes couples ?

L’étude conclue que la transmission ne résulte pas nécessairement du contexte familial violent. Beaucoup d’enfants apprennent à ne pas répéter les comportements vécus à la maison. Il est cependant démontré qu’il existe deux classes de déterminants chez les jeunes hommes les plus agressifs :

  • Les personnes ayant une grande estime de soi, qui utilisent la violence comme une arme de contrôle sur leur partenaire.
  • Les personnes avec une faible estime de soi, qui noient leur frustration en blessant leur partenaire.

Il convient de noter que l’éducation est fondamentale ici. Elle permettra de ne pas dépasser certaines limites. Les établissements d’enseignement doivent être responsables d’expliquer aux adolescents qu’agresser son partenaire, quelle que soit la forme, n’est pas tolérable.

Certains facteurs à prendre en compte pour étudier cette augmentation de la violence chez les jeunes couples sont le romantisme exagéré et l’idéalisation. Les nouvelles générations ont grandi avec des attentes irréalistes concernant l’amour et les relations. Elles croient que le contrôle, la jalousie et la dépendance exacerbée sont des symptômes de l’amour et non de l’obsession.

violence chez les jeunes couples

 

 

La théorie de l’attachement et sa relation avec la violence de couple

La théorie de l’attachement a été formulée par le psychiatre et psychanalyste John Bowlby. Elle met l’accent sur la construction du lien émotionnel entre les enfants et les personnes qui en prennent soin et assurent leur sécurité.


« L’attachement se forme naturellement. Il  influence à la fois le comportement des enfants et l’établissement de leurs relations. Il marque même l’étape adulte »

De sorte que la façon dont ces liens sont forgés influence la manière dont nous nous rapportons aux autres. Il est donc important de connaître leurs types et comment ils peuvent être liés au développement de la violence chez les jeunes couples.

Modèle d’attachement sécure

Les enfants ayant expérimenté un modèle d’attachement sécure sont ceux qui vivent une relation saine avec leur principal protecteur, qui est habituellement leur mère. Ils peuvent interagir avec d’autres personnes lorsque cette dernière est absente. Mais ils la choisissent toujours en priorité lorsqu’elle est présente car ils l’admirent et la considèrent comme une source de consolation. Ils se sentent protégés et bien car ils savent qu’elle ne permettra qu’aucun mal ne puisse leur arriver.

Les personnes ayant un attachement sécure n’ont pas de problèmes au stade adulte lorsqu’elles établissent des relations avec les autres. Elles savent identifier quelle personne est toxique pour elles et qui ne l’est pas. Elles refusent d’établir des relations uniquement par peur de rester seules. Ces personnes n’ont par ailleurs pas peur de demander de l’aide si elles le jugent nécessaire. Il s’agit de personnes avec qui il est possible d’avoir une relation honnête, mature et responsable.

La violence chez les jeunes couples se nourrie donc de personnes qui, contrairement à ces dernières, n’ont pas eu de figures attachement leur ayant donné ces sentiments de sécurité et de protection qui grandissent grâce à un lien d’attachement sécure.

Modèle d’attachement évitant

Le modèle d’attachement évitant se produit chez les bébés pour qui l’absence de leur mère ou de leur principal protecteur génère de l’indifférence. Ils peuvent rester sans elle. Et lorsqu’elle réapparaît, ils ne réagissent en aucune façon. Cela est dû au manque d’attention répétée quant à leurs besoins émotionnels.

Le parent fuit ici le contact avec son enfant. Il rejette toute forme d’affection. De sorte que les enfants qui grandissent avec cette absence d’affection deviennent des adultes ayant des problèmes pour établir des relations intimes et de confiance. Ils cachent par exemple leurs émotions et leurs besoins par peur d’être rejetés.

Les personnes ayant grandi avec un attachement évitant peuvent parfois développer un comportement autodestructeur. Elles inhibent leurs sentiments, évitent l’engagement et ne sont généralement pas honnêtes. Elles se cachent derrière leur soi-disant indépendance, qui n’est qu’un obstacle à l’établissement de liens intimes avec les autres.

Ces personnes se sentent par ailleurs mal à l’aise si leur partenaire leur demande de l’aide. Même si elles n’ont pas de problèmes pur exprimer le désir sexuel, du moment qu’il s’agit juste de cela. Leurs relations sont superficielles et le conjoint tend à se sentir mal compris et mal aimé. Ce détachement émotionnel ne les rend cependant généralement pas sujets à la violence. 

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Modèle d’attachement insécure anxieux / ambivalent

Ce type d’attachement correspond aux bébés incapables de prévoir le comportement de leur mère ou de leurs principaux protecteurs. Ils sont parfois affectueux et proches d’eux. Complètement hostiles à d’autres moments. Cette ambivalence génère une grande angoisse et une grande confusion chez les enfants. De sorte qu’ils deviennent extrêmement hypersensibles.

Ils essaient de se rapprocher à tout prix de leur mère, chose qui continuera à se développer en tant qu’adultes avec leurs éventuels partenaires et amis. Il s’agit de personnes qui, confrontées à tout type de séparation (même si ce n’est que pendant des heures), se sentent négligées et abandonnées. Leur hypersensibilité favorise les situations de colère et d’angoisse. Leurs relations sont donc extrêmement toxiques.

Les origines de la violence chez les jeunes couples pourraient trouver leur fondement ici. Ces adolescents et adultes sont les plus susceptibles de maltraiter. Leurs changements de comportement sont très brusques. Ils passent d’un comportement attentionné à la haine pour leur partenaire. Ceci pourrait s’expliquer par les expériences vécues dans l’enfance et dans le besoin extrême d’éviter un autre sentiment d’abandon traumatique.

La perspective féministe

La violence chez les jeunes couples résulte, du point de vue féministe, de l’inégalité sociale dans les rôles de genre. La plupart des études et des recherches montrent que le pourcentage d’hommes qui maltraitent les femmes est beaucoup plus élevé que celui des femmes qui abusent des hommes. Fait intéressant, l’étude précédente montre que ces pourcentages sont égaux dans le cas des couples plus jeunes.

Selon cette perspective, les filles agressent leurs partenaires à cause de modèles violents de comportements alors que la grande majorité des garçons le font dans une perspective machiste. Ils considèrent que la femme est un objet, une possession propre. Ils réaffirment leur statut de pouvoir à travers les agressions et l’humiliation. Les femmes ont un rôle inférieur à leurs yeux. Rôle qui doit être dominé.

Il existe par ailleurs des cas où c’est l’homme qui subit l’abus. Nous observons alors un comportement très commun : ils n’osent pas dénoncer car ils craignent que la société les humilie. La raison se situe peut-être dans la conviction forte que les hommes doivent cacher leurs émotions. Qu’exprimer ces dernières donnent l’image de quelqu’un de faible. Il s’agit là d’un des résultats de l’éducation reçue.

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L’éducation précoce, le remède contre la violence chez les jeunes couples

Ces théories nous montrent que les parents ont une responsabilité énorme en ce qui concerne l’éducation de leurs enfants. Leurs actions affecteront les enfants qui deviendront plus tard des adultes. Nous devons néanmoins garder à l’esprit que la violence conjugale n’est pas le déclencheur de l’agressivité chez les jeunes. Nombreux sont ceux, en effet, qui n’en furent pas témoins à la maison. La confluence de variables telles que le contexte, la personnalité, les relations et l’éducation génère ce type de comportement.

Éduquer dans l’égalité en enseignant à respecter les autres est impératif dans la société actuelle. Il est important de faire prendre conscience que nous avons tous les mêmes droits. Peut importe nos différences physiques, psychologiques et sociales, de sexe.

Être en contact avec les enfants. Être attentif et affectueux avec eux. Les encourager à se sentir sûrs d’eux et protégés sont autant de facteurs qui doivent être pris en compte. Un enfant qui s’est senti pris en charge, protégé et accueilli sera davantage à même d’établir des relations fructueuses dans le futur.

Par ailleurs, les enfants qui appartiennent au groupe évitant ou ambivalent de la théorie de l’attachement auront des difficultés pour construire et entretenir des relations saines. L’indifférence de leurs proches, la peur de l’abandon et l’obsession sont des comportements toxiques. Il convient de les traiter si nous voulons vraiment profiter de relations saines et prospères.

Références bibliographiques

González Méndez, R; Santana Hernández, JD (11 juillet 2000). La violence chez les jeunes couples. Psicothema, Volume 13, nº 1, pp.127-131.

Garrido-Rojas, L. (2006). Attachement, émotion et régulation émotionnelle. Implications pour la santé. Revista Latinoamericana de Psicología, Volume 38, nº 3.

Barroso Braojos, O. (2014). L’attachement adulte : la relation des styles d’attachement développés dans l’enfance dans le choix et les dynamiques de couple. Revue Numérique de Médecine Psychosomatique et Psychothérapie, Volume 4 , nº 1, pp. 1-24.