La théorie polyvagale : comment détectons-nous les signes de danger ?

25 octobre 2019
Avez-vous déjà ressenti une impression de menace sans raison particulière ? La théorie polyvagale du Dr. Porges suggère que nous possédons un système de détection inconscient qui interprète les signes de danger que nous percevons sans nous en rendre compte.

Nombreux sont les processus qui peuvent survenir dans notre corps et dans notre esprit. Et ce sans que nous en soyons totalement conscients. La théorie polyvagale essaie de fournir une explication à l’un de ces processus que nous pouvons souvent considérer comme intuitifs.

Dans ce sens, nous avons peut-être déjà expérimenté la sensation d’être en danger sans trouver une raison pour le justifier. Nous nous sentons parfois menacés. Et ce même si personne autour de nous ne semble être affecté ou gêné par quelque chose en particulier.

Nous parcourons le monde en lisant une multitude de signaux sociaux. Lorsque nous interagissons avec les autres, nous compilons de manière inconsciente des expressions faciales, des mouvements corporels et des tons de voix. Alors que notre cerveau et notre corps interprètent ces signaux, notre sens du Moi est façonné par ceux-ci et par notre environnement.

L’information que notre corps traite à travers de ces signaux nous dit en qui nous pouvons avoir confiance et en qui ce n’est pas possible. Nous interprétons qui ou quoi peut être un danger pour nous, en adoptant une position ou une autre comme réponse.

Une femme en train de penser à la théorie polyvagale

Neuroception et théorie polyvagale

Le Dr Porges est à l’origine de la théorie polyvagale qui décrit le processus par lequel les circuits neuronaux sont capables de déchiffrer les indices de danger dans notre environnement comme neuroception. La neuroception serait ainsi ce qui nous fait expérimenter le monde en explorant involontairement les personnes et l’environnement pour déterminer s’ils sont sûrs ou si, au contraire, ils supposent une menace quelconque pour nous.

C’est un processus totalement inconscient qui se produit dans notre système nerveux autonome, de la même manière que nous respirons sans effectuer d’effort volontaire pour cela. C’est un système de détection automatique qui cherche les signes de danger.

Détection dans notre environnement

Cette détection involontaire en quête de signaux d’un danger potentiel quelconque survient dès la naissance et revêt une importance extrême dans notre survie. Notre corps est conçu dès la naissance pour observer, traiter et répondre.

Les bébés répondent aux sentiments de danger, de sécurité ou de proximité avec leurs parents et les gens qui s’occupent d’eux. Cela survient dès la naissance. Nous passons le reste de notre vie à détecter inconsciemment ces signaux de danger ou de sécurité.

Les 3 étapes du développement de la réponse

Selon la théorie polyvagale, Porges décrit 3 étapes évolutives impliquées dans le processus. La théorie polyvagale considère l’interaction entre le système nerveux sympathique et parasympathique n’est pas seulement une question d’équilibre. Porges considère qu’il existe une hiérarchie de réponses intégrée dans notre système nerveux autonome qui se déroule en 3 étapes.

  • Immobilisation : la voie la plus élémentaire. La réponse d’immobilisation face aux signes de danger implique le nerf vague, dont la partie dorsale répond aux signes du danger extrême. Cela fait que notre système nerveux parasympathique s’activera à toute vitesse et la réponse corporelle nous immobilisera
  • Mobilisation : cela se produit à partir du système nerveux sympathique. C’est celui qui nous aide à nous mobiliser dans des situations de danger et ainsi d’affronter la menace. La théorie polyvagale suggère que cette voie se développe comme une hiérarchie évolutive
  • Engagement social : c’est la dernière acquisition que l’être humain a développé dans la hiérarchie des réponses. L’engagement social répond à la partie ventrale du nerf bas. C’est la partie du nerf qui répond aux sentiments de sécurité et de connexion. L’engagement social est un processus qui nous permet de nous sentir ancrés dans des sentiments d’engagement. Mais aussi de sécurité et de tranquillité
Un cerveau formé par des mécanismes

L’impact du traumatisme

Chez les personnes qui ont vécu un traumatisme, notamment pour lesquelles l’immobilisation a occupé une place importante de ce traumatisme, on peut observer une distorsion sévère de la capacité de détecter l’environnement en quête de signes du danger.

L’une des fonctions de ce système est que la personne ne puisse plus se situer dans une position vulnérable. En effet, le corps fera le nécessaire pour l’éviter. Cela peut augmenter considérablement la sensibilité, en interprétant comme de faux positifs des signes qui sont neutres.

Ainsi, nombre des signes qui sont interprétés comme inoffensifs, voire bénins par d’autres personnes, sont lus comme synonymes de menace par les personnes qui ont subi un traumatisme. Un changement de l’expression faciale, un ton particulier de voix ou certaines postures corporelles peuvent les mettre inconsciemment dans une posture de protection.

Le nerf vague et la théorie polyvagale

Notre nerf vague est ramifié par de nombreuses zones de notre corps. Il a un rôle fondamental dans l’influence des nerfs crâniens qui régulent l’engagement social à travers de l’expression faciale et la vocalisation.

En tant qu’êtres humains, nous aspirons aux sentiments de sécurité et de confiance dans nos interactions avec les autres. En outre, nous apprenons rapidement à interpréter les signes qui nous disent que nous ne sommes pas en sécurité. C’est précisément pour cela qu’au fur et à mesure que nous consolidons nos relations avec d’autres personnes, nous pouvons établir plus facilement des liens plus sains. Et vivre une intimité d’une meilleure qualité avec les autres.

 

Clarke, Jodi (2019) Polyvagal Theory and How It Relates to Social Cues. How the Body and Brain Are Impacted by Your Environment. Verywell Mind

Porges S. W. (2009). The polyvagal theory: new insights into adaptive reactions of the autonomic nervous system. Cleveland Clinic journal of medicine, 76 Suppl 2(Suppl 2), S86–S90. doi:10.3949/ccjm.76.s2.17

Maercker, A., & Hecker, T. (2016). Broadening perspectives on trauma and recovery: a socio-interpersonal view of PTSD. European journal of psychotraumatology, 7, 29303. doi:10.3402/ejpt.v7.29303