La relation entre l’ego et le bouddhisme

8 décembre 2019
Quelle est la relation entre l'ego et le bouddhisme? Le bouddhisme est l'un des rares courants psychologiques et philosophiques qui nient l'existence inhérente de l'ego. En pratiquant le bouddhisme, on peut changer la relation que nous avons avec nous-mêmes et avec les autres.

L’ego et le bouddhisme sont deux termes indissociables. Pour celui qui veut s’initier au bouddhisme, l’un des premiers thèmes abordé est celui de l’ego. Pour celui qui veut travailler son ego, l’un des courants philosophiques et psychologiques les plus profonds qu’il trouvera est le bouddhisme.

Mais quelle est la différence de point de vue entre le bouddhisme et les autres religions majeures en ce qui concerne l’ego ? C’est principalement l’absence de son existence inhérente. En d’autres termes, pour le bouddhisme, nous n’existons pas comme nous semblons le faire. Intéressant, n’est-ce pas ?

Une grande partie de la connaissance bouddhiste est centrée sur le détrônement de l’ego de sa position de roi. Certains croient que l’ego doit être détruit, mais ce n’est pas complètement vrai.

L’ego occupe actuellement une position centrale qui contrôle et domine notre vie. Le bouddhisme conseille de le mettre en position de ministre ou de conseiller. Il est incontestable que nous avons un nom, des croyances, des coutumes, etc. Par contre, si l’ego nous domine, nous en ferons une identité fixe. Cependant, si nous le mettons dans la bonne position, nous serons des gens davantage dénués de conditionnement, et donc plus heureux.

Qu’est-ce que l’ego ? Quelle est sa relation avec le bouddhisme ?

Dès notre naissance, notre ego commence à germer. Tout ce que nous sommes et tout ce à quoi nous nous identifions forme notre ego. Notre nationalité, notre nom, notre appartenance à différents groupes, nos croyances, etc, tout ceci forge notre identité. Nous accumulons toutes ces informations grâce à notre mémoire et nous en faisons notre « Moi ». Cependant, le bouddhisme nous dit que ce n’est pas exactement le cas.

Selon le bouddhisme, l’ego est la conception erronée du « Moi » comme une entité qui existe par elle-même. C’est l’idée de la nature inhérente de l’ego. Ce serait la vision du « Moi » détenue par une mentalité qui n’a pas compris le concept du vacuité. Qu’est-ce que la vacuité ? C’est le manque inhérent d’existence de tous les phénomènes.

Une statue de bouddhisme

 

Comme l’a dit le maître bouddhiste zen Linji à ses disciples : « Mes amis, ne vous y trompez pas. Tous les phénomènes, qu’ils soient ordinaires ou extraordinaires, n’ont pas leur propre nature. Tous les phénomènes sont non-nés et par conséquent sont des désignations pures, des noms vides. L’expression « désignation pure » est en soi vide. Pourquoi considérez-vous le nom comme la vérité ? Si vous le faites, vous vous trompez peut-être ? »

Si vous découvrez le concept de vacuité pour la première fois, vous aurez peut-être un peu de difficulté à le comprendre. Étudier la relation entre l’ego et le bouddhisme est une aventure qui nous invite à découvrir de nouveaux termes et à changer ou clarifier un peu le sens de certains mots que nous connaissons déjà. Nous allons donc nous intéresser à l’ego pour mieux comprendre ces deux concepts.

A la recherche de l’ego : où est-il ? Qui suis-je ?

  • L’ego est-il dans mon nom ? La réponse est non. Je pourrais m’appeler moi-même d’une façon différente et ça n’aurait aucune influence sur ma façon d’être
  • Est-il dans ma nationalité ? Il ne l’est pas non plus. J’aurais pu naître dans un pays ou un autre
  • Est-il dans mes pensées ? Ici, la situation se complique… Beaucoup prétendent que nous sommes ce que nous pensons parce que de nos pensées naissent nos actions. Cependant, aujourd’hui je peux penser une chose et demain une autre. Par conséquent, une pensée peut être plus ou moins durable, mais je ne suis pas cette pensée. Combien de fois avons-nous changé d’avis ? Combien de fois avons-nous pensé que nous ne valions pas grand chose, mais que notre environnement nous fait voir et croire le contraire ?
  • Est-il dans mes actions ? Nous ne menons pas toujours les mêmes actions. En effet, nous pouvons faire des erreurs et apprendre. Nous pouvons répéter la même action maintes fois, mais nous avons aussi le potentiel de changer notre comportement. Il n’y a donc pas d’action inhérente qui nous définit parce qu’elle aussi est variable
  • Est-il dans ma culture ou dans ma société ? J’aurais pu naître dans une culture ou une autre. C’est un hasard. De plus, malgré notre culture, nous avons aussi notre propre façon d’être, notre propre façon de penser. Quand nous voyageons, lisons, méditons, étudions… il peut y avoir un changement en nous qui modifie notre conditionnement social et culturel
  • Est-il dans mon corps ? Dans quelle partie de mon corps est l’ego ? Suis-je mon propre corps ? Si un jour j’ai un accident et que je n’ai plus de jambes, est-ce toujours moi ? En principe, oui, mais sans jambes. L’ego n’est pas censé changer même si la personne n’a plus de jambes. Donc ce n’est pas dans mon corps non plus
  • Alors, où est mon ego ? Qui suis-je ?

Ego et attachement, quel lien avec le bouddhisme

Comme le dit le sage indien Shantideva dans le livre Bodhisatvacharyavatara : « Quand les êtres ordinaires perçoivent des phénomènes, ils les considèrent comme réels et non illusoires. C’est ce sur quoi les méditants et les gens ordinaires ne sont pas d’accord. » Ainsi, peu à peu, nous comprenons les concepts plus exactement de Vacuité et d’Ego.

Le relatif et l’absolu

Si nous regardons une table, nous pouvons penser : « C’est une table ». Deux niveaux d’analyse entrent en jeu. Le niveau relatif et le niveau absolu. À un niveau relatif, nous pouvons dire que oui, nous avons une table devant nous. Au niveau absolu, le discours change.

Si nous regardons attentivement la table, nous pouvons commencer à la décomposer. Il s’agit simplement de quatre pieds tenant une planche. Si on démonte la table, où est la table ? Il n’y a plus de table. Si nous réunissons à nouveau les pièces, en théorie, nous avons de nouveau la table.

Cet exemple montre que l’ensemble de quatre pieds et d’une planche placés et montés dans une position spécifique reçoit l’identité d’une table. Mais ce sont quand même quatre pieds et une planche. Et cet exemple simple est applicable à l’ego. Quand nous nous percevons de forme statique et invariable, nous nous accrochons à notre ego.

Autrement dit, on s’y attache. L’ego et l’attachement vont de pair. Par exemple, nous entendons souvent des gens dire « Je suis comme ça ». Cela démontre en effet le peu de conscience du changement que nous possédons tous.

Lorsque nous nous attachons à l’ego, notre identité inflexible naît avec peu de possibilités de changement. Cependant, tout change. Lorsque nous libérons l’esprit d’une identité statique, nous sommes ouverts au changement et aux circonstances extérieures. De cette façon, l’intensité de notre souffrance diminue.

Une femme qui se libère grâce au bouddhisme

 

Ego, égoïsme et égocentrisme

Un autre aspect important est que l’égoïsme et l’égocentrisme naissent de l’ego. Quand nous percevons le monde à partir de notre ego statique, nous voulons que tout ce qui arrive corresponde à nos attentes, avec les attentes que nous avons de ce qui devrait arriver. « Je suis comme ça et les choses devraient être comme je pense qu’elles devraient être ». De l’ego naît l’égocentrisme.

Autrement dit, tout doit être comme je crois que cela devrait être. Si quelque chose est différent de mes attentes, je souffre, je m’énerve, la colère se manifeste, etc. De plus, l’égoïsme apparaît, c’est-à-dire que dans notre carte mentale, nous devenons le Soleil. Nous considérons tout ce qui nous entoure comme des éléments gravitant autour de nous.

La théorie de Enrique Martínez Lozano

Comme le dit le psychothérapeute, sociologue et théologien Enrique Martínez Lozano : « La vigne et les sarments, l’arbre et les branches, sont ils un ou deux ? Une branche peut dire à juste titre : « Je suis une branche », et aussi : « Je suis un arbre« . L’arbre et les branches ne sont ni un ni deux ; ils sont « non deux ».

Martínez Lozano postule également que « étant donné l’incapacité du mental à comprendre le « non-deux », si l’on veut accéder à la non-dualité, il est nécessaire de faire taire le mental, en passant de « la pensée à l’attention ». On comprend alors que « la séparation est seulement une création mentale », et que « rien n’est séparé de rien ».

Que veut nous dire Martínez Lozano ? Il explique que l’ego perçoit tout de manière séparée : « Moi et les autres ». Alors qu’en réalité, il n’y a pas d’observateur, pas d’action d’observation, pas d’objet observé. Tout est conscience, mais à cause de nos pensées, nous contaminerions notre perception de la réalité.

De cette façon, en raison de toutes nos pensées et conditionnements, nous percevons le monde à partir d’un Ego que nous avons créé petit à petit. Mais c’est un ego artificiel. C’est donc un ego qui n’existe pas en tant que tel. Cependant, il forme un ensemble de multiples aspects qui peuvent, d’ailleurs, tous changer.

L’ego et le bouddhisme : réflexion finale

Antonio Blay a commenté : « Il n’y a qu’une seule Réalité. Nous ne le vivons pas directement, mais nous la vivons à travers le mental, et le mental la divise. Quand il la voit à l’intérieur, il l’appelle « moi »; quand il la voit à l’extérieur, il l’appelle « monde » ; et quand il la voit en haut, il l’appelle « Dieu ».

Face à cela, Martínez Lozano nous donne un indice. « Essayez de lâcher prise à la constriction qui vous a conduit à vous enfermer ou à vous réduire à votre esprit. Qui êtes-vous quand, au lieu de penser à vous-même, vous prenez simplement soin de vous-même ? Votre Moi est né du mental. Faites taire le mental et vous remarquerez comment le Moi se dissout ; ce n’était qu’une forme ».

L’ego et le bouddhisme, sans aucun doute, sont deux concepts qui vont de pair. Si nous souhaitons approfondir ces concepts, nous découvrirons de nouveaux horizons dans notre vie. Par exemple, nous aurons une nouvelle façon d’entrer en relation avec nous-mêmes et avec les autres. Ainsi, envisagerons nous un chemin pour se connaître d’une manière différente, nouvelle et enrichissante.