La rancœur est-elle mauvaise pour la santé ?

· 13 mai 2018

Qui s’est senti plus ou moins maltraité à l’occasion ? Qui a plus ou moins ressenti de la rancœur, du ressentiment? Un ami peut vous avoir fait un enfant dans le dos, ou s’être mis à vous critiquer . Vous avez peut-être eu besoin de quelqu’un mais celui-ci vous plaçait au bas son échelle de priorités.

Peut-être est-ce votre professeur qui n’a pas reconnu vos efforts, vos parents qui n’ont pas vu vos difficultés à survivre dans le monde actuel ou que votre conjoint est tombé amoureux de quelqu’un d’autre. Nous avons tous une fois été dans une de ces situations.

Émotions et santé

Il serait bon que les émotions négatives soient accompagnées de messages d’avertissement, que dans les programmes d’enseignement, on consacre certains passages pour apprendre à les maîtriser. Nous parlons d’un matériau dangereux. Et il existe des preuves irréfutables que des émotions négatives mal gérées peuvent constituer le plus grand danger pour notre santé.

La psychologie de la rancœur

Par exemple, la dépression s’accompagne de changements mesurables du fonctionnement du système immunitaire. Les personnes atteintes de dépression majeure sont plus susceptibles d’avoir une crise cardiaque que les personnes sans antécédents de dépression. D’un autre côté, chez les femmes, la dépression semble accroître le risque d’ostéoporose. Chez les hommes, la dépression induit une diminution de la force musculaire à une échéance de trois ans.

L’anxiété semble également être associée au développement de problèmes cardiaques. En outre, elle semble retarder la récupération après une chirurgie. D’autre part, il est bien documenté que l’hostilité chronique puisse être un facteur de prédisposition envers les maladies cardiaques et même la mort. L’exemple le plus connu est la directive de comportement de type A.

Qu’entendons-nous par rancœur ?

La rancœur, le ressentiment sont un sentiment qui représente le mieux l’état émotionnel de nombreuses personnes. Il se distingue, comme tous les états émotionnels, par la génération des comportements qui ont tendance à maintenir la personne dans cet état. D’autre part, il s’accompagne souvent d’un degré d’obstination ou d’aveuglement qui le rend très résistant aux mesures que nous essayons de prendre pour nous en débarrasser.

Vu sous cet angle, le ressentiment parle d’une personne blessée. Soit parce qu’elle s’est sentie traitée injustement, parce que ses attentes ont été frustrées ou que sa confiance a été trahie, la personne peut ressentir de la colère et du ressentiment. C’est-à-dire, un sentiment de rejet envers celui qui est la cause du mal être.
D’un autre côté, si nous exprimons cela comme une tendance, nous pourrions dire qu’une personne rancunière est quelqu’un qui a du mal à oublier les différences après une discussion de couple ou avec un ami ou qui a besoin de beaucoup de temps pour assimiler ce qui est arrivé, pardonner et oublier.

couple en colère ressentant de la rancoeur
Comment le ressentiment affecte-t-il la santé ?

Pour analyser ce sujet, Witvliet et al. (2002) ont étudié les conséquences émotionnelles et physiologiques de l’action motivée par le ressentiment. C’est ce qu’ils ont fait à travers une expérience. Des étudiants universitaires ont été invités à choisir de vraies offenses interpersonnelles. Ils devaient les avoir rencontrées par le passé. La plupart de ces outrages venaient d’amis, de petits amis, de frères et sœurs ou de parents.

Il s’agissait de circonstances telles que le rejet, le mensonge ou l’insulte. Par la suite, les chercheurs ont recueilli des auto-évaluations et des données psychophysiologiques. Ces données comprenaient la fréquence cardiaque, la pression artérielle et la tension des muscles du visage.

Les données et les auto-évaluations ont été recueillis alors que les étudiants imaginaient une réponse à ces offenses, soit avec indulgence ou avec rancune. Dans la situation indulgente, les étudiants devaient penser à des sentiments de pitié ou d’empathie envers ceux qui les avaient offensés. Dans l’état de ressentiment, on leur a demandé de rester dans le rôle des victimes. On leur a demandé de se concentrer sur les dégâts et d’essayer de se montrer rancuniers.

La façon dont nous pensons influence la santé

Est-il possible que les deux façons d’appréhender un même problème puissent modifier l’humeur et les états physiologiques des participants à l’étude? La réponse est oui. Lorsqu’on leur a demandé d’être indulgents, les participants avaient d’avantage de sentiments d’empathie et de clémence. Cependant, lorsqu’on leur a demandé d’être méchants et rancuniers, ils ont affiché des sentiments plus négatifs, hostiles, tristes et une perte de contrôle.

On a également observé une augmentation de la tension dans les sourcils, une augmentation de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle et de la conductivité électrique de la peau. Il faut savoir que l’augmentation de la conductivité dans la peau indique une plus grande activation du système nerveux autonome, ce qui nous prépare à agir lorsque nous percevons une menace.

amies fachées ressentant de la rancoeur

Une autre conclusion s’est avérée encore plus surprenante. A la fin de l’expérience, les étudiants ont été invités à se détendre. Eh bien, les sujets qui avaient fomenté des sentiments de ressentiment étaient incapables de se détendre. L’état d’activation physiologique élevé qu’ils avaient atteint en pensant aux offenses passées était très difficile à éliminer. Autrement dit, ils étaient toujours contrariés ou anxieux longtemps après.

Le ressentiment: une attitude dangereuse

Quelles sont les implications des résultats de cette étude? Vivre des sentiments passagers d’hostilité n’est certainement pas suffisant pour nuire à notre santé. Cependant, les personnes qui ont tendance à ruminer des offenses indéfiniment alourdissent une habitude très dangereuse pour elles-mêmes. Nourrir de la colère, avec les réactions physiologiques qui en découlent, peut avoir des conséquences négatives sur le fonctionnement du système cardiovasculaire et immunitaire.

C’est pourquoi entretenir des ressentiments rancuniers peut être dangereux pour notre santé. Bien que ce ne soit pas toujours facile, pardonner à ceux qui nous offensent peut réduire notre stress et augmenter notre bien-être. Nous pourrions comparer les effets du ressentiment à la présence d’une dalle, un poids qui affecte notre santé physique, jusqu’à nous rendre malades. Pour cette raison, par pur égoïsme et santé émotionnelle, il est important d’accorder la priorité au bien-être, en décidant de façon consciente de ne pas continuer à nourrir de ressentiment par rapport à ce qui s’est passé.